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Les femmes sont sur le devant de la scène à l’approche des élections

Plus de femmes que d’hommes se sont inscrits sur les listes électorales libériennes en vue du scrutin qui aura lieu la semaine prochaine, ce qui devrait assurer qu’elles aient le dernier mot dans les urnes.

Les Libériens pourraient bien élire la première femme présidente de leur histoire et de celle du continent à l’issue du scrutin qui clôturera 14 années de guerre civile.

Il n’est pas surprenant, dès lors, que les femmes de ce pays d’Afrique de l’ouest exultent.

« Pour la première fois dans l’histoire, les femmes sont au centre des élections », a déclaré Leymah Gbowee, la présidente du Réseau des femmes pour la construction de la paix.

« Vers la fin des hostilités, les femmes libériennes ont manifesté pour la paix et c’est là que la fondation a été créée pour que les femmes jouent un rôle plus actif ».

La femme qui domine est Ellen Johnson-Sirleaf, surnommée « la dame de fer » par ses partisans, en référence à Margaret Thatcher, l’ancienne première ministre britannique.

Mme Sirleaf, une économiste formée à Harvard qui a travaillé notamment pour les Nations unies, la Banque mondiale et Citibank, veut mettre un terme à 160 années de domination masculine.

Durant la guerre civile, les dirigeants des différentes factions avaient coutume de rallier leurs troupes au son de chants décrivant leurs ennemis comme des femmes.

Aujourd’hui, les partisans de Mme Sirleaf se rallient derrière cette femme de 66 ans au cri de « Ellen est notre homme ».

Cette mère de quatre enfants met volontiers sa sensibilité en avant, tout en prenant garde de ne pas exclure les hommes. Elle se dépeint comme « une présidente qui se trouve être une femme ».

C’est la seconde fois que Mme Sirleaf se présente aux élections présidentielles ; elle avait été largement battue par Charles Taylor en 1997, lorsqu’une trêve dans la guerre civile avait permis la tenue d’élections. Cette fois-ci, elle émerge comme l’une des favorites des 1,35 millions de Libériens inscrits sur les listes électorales.

« Les hommes vont travailler avec nous, les hommes vont nous aider à marquer l’histoire », a-t-elle déclaré jeudi devant des milliers de partisans venus l’écouter dans un stade de football du centre ville de Monrovia.

« Le Liberia va élire la première femme présidente d’Afrique », a-t-elle déclaré, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements. « Mais le principal n’est pas de se faire élire, c’est de tenir les promesses faites au peuple libérien ».

Les hommes se mobilisent autour d’elle

Anthony Philips, un étudiant de 29 ans à l’université du Liberia a été conquis.

« Les hommes qui ont été présidents n’ont amené que guerre, souffrance et chômage. Nous devons essayer une femme pour voir ce qu’elle peut faire », s’est-il écrié, en indiquant les autocollants Sirleaf collés sur ses joues et le long de ses bras.

Pour d’autres, comme James Hallowanger, un fonctionnaire sous un gouvernement de transition largement accusé de corruption, le genre n’est pas un facteur décisif pour les élections.

« Ce n’est pas une question d’hommes ou de femmes au pouvoir. C’est une question de personnes au pouvoir qui ont à cœur l’intérêt de leur pays », a déclaré cet homme de 40 ans. « Je vais voter pour Ellen parce qu’elle représente la transparence, la responsabilité et la bonne gouvernance”.

Mais pour beaucoup de femmes, c’est avant tout la percée d’une consoeur qui leur plaît.

« Une femme peut faire tout ce qu’un homme peut faire », a déclaré Kamah Newton, une vendeuse de 36 ans au marché. « Et cela veut dire être présidente aussi » !

Mais même si elles ne votent pas pour Ellen, on attend une très grande participation féminine aux élections du 11 octobre, considérées comme le chapitre final de la transition vers la paix et la démocratie au Liberia.

Katarina Fabiansson a été très impliquée dans les élections d’après crise en Afghanistan et au Timor oriental, elle travaille maintenant pour la division de l’assistance électorale des Nations unies à Monrovia.

« Ce que je trouve remarquable ici, c’est le nombre de femmes qui se sont inscrites pour voter », a-t-elle expliqué. « Il y a autant de femmes que d’hommes inscrits en terme de pourcentage, mais en termes réels, il y a 50 femmes de plus que d’hommes sur les listes électorales. Je crois que ce qu’on est en train de voir, c’est l’engagement des femmes dans la construction du processus de paix ».

Mais tout n’est pas rose.

« La participation des femmes est moindre à d’autres égards, en particulier lorsqu’on examine la hiérarchie des partis », a déclaré Ashley Barr, la directrice du Centre Carter dans le pays, qui fournit des observateurs pour les élections.

Encore du travail à accomplir

Une seconde candidate du nom de Margaret Tor Thompson brigue également le poste de présidente tandis que 108 autres femmes briguent des sièges au sénat et au parlement.

Mais elles ne représentent que 14 pour cent des candidats, bien en dessous de l’objectif de 30 pour cent fixé par la Commission électorale.

Mme Gbowee, du réseau de femmes, affirme que la stigmatisation des femmes en politique s’est atténuée. En revanche, estime-t-elle, les contraintes temporelles et financières demeurent pour les politiciennes ou électrices potentielles.

Ainsi, durant les opérations d’inscription des votants, par exemple, certaines commerçantes du marché de Monrovia n’ont pas voulu quitter leurs étals de peur de perdre de l’argent.

« Elles n’avaient personne à qui confier leurs étals ou leurs enfants », a-t-elle indiqué. « Il était important qu’elles participent, et nous avons du, dans certains cas, leur tenir la main jusqu’au centre ».

Certains analystes craignent que la participation active dans l’arène politique soit principalement symbolique.

« Très souvent, les femmes qui s’impliquent servent de vitrine et sont confinées à l’unité des femmes », a déclaré Mme Barr, du Centre Carter. « Elles n’ont pas pris la parole lors des réunions organisées avec les partis politiques ».

Et les femmes qui parviennent à s’imposer sont rares.

Une femme libérienne a réussi à accéder au pouvoir par le passé. Bien qu’elle n’ait pas été élue, Ruth Sando Perry a été cheffe par intérim pendant pratiquement une année, durant une trêve dans la guerre civile au milieu des années 1990.

Assise en retrait de la mobilisation de Mme Sirleaf, c’est avec une expression lasse que Mme Perry a confié à IRIN le conseil qu’elle avait pour celle qui pourrait bientôt devenir la première présidente élue du continent.

« De femme à femme, je voudrais lui dire… le charme et l’intelligence devraient être ses armes de prédilection ».


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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