Un groupe de citoyens tchadiens qui se disent victimes de torture sous le régime Habré ont prévu de s’envoler jeudi pour Dakar, la capitale Sénégalaise, afin de demander l’arrestation de l’ancien chef d’Etat et son extradition vers une cour de justice belge.
« Le cas de M. Habré constitue un symbole d’impunité en Afrique », a déclaré Boucounta Diallo, le président de l’Organisation nationale des droits de l’homme du Sénégal et le coordinateur du Collectif des victimes tchadiennes.
“ Le Sénégal ne peut plus se dérober à ses responsabilités de juger ou d’extrader Hissène Habré. Sinon, ce serait une violation de la convention internationale sur la torture ”, a t-il ajouté.
La venue du collectif tchadien fait suite à la délivrance d’un mandat d’arrêt international par un juge belge le 19 septembre. Pour Human Rights Watch, cette décision représente “une action innovatrice qui rappelle le mandat d’arrêt lancé par l’Espagne contre le Général Augusto Pinochet du Chili”.
M. Habré est poursuivi selon la loi belge de " compétence universelle " qui permettait aux juges de poursuivre les responsables des pires violations des droits de l’homme quel que soit le lieu où elles avaient été commises.
Cette loi a été abrogée en 2003, mais ces modifications n’affectent en rien l’affaire Habré.
M. Habré, aujourd’hui âgé de 63 ans, a dirigé l’Etat tchadien de 1982 à 1990, date à laquelle il a été renversé par l’actuel président Idriss Deby.
Deux années après s’être réfugié au Sénégal, la commission vérité tchadienne a accusé M. Habré d’être responsable de 40 000 assassinats politiques, d’actes systématiques de torture et du détournement de plus de 11 millions de dollars américains des caisses de l’Etat.
Les défenseurs des droits de l’homme espèrent que les jours d’impunité de M. Habré tirent à leur fin.
En 2000, une cour sénégalaise a inculpé M. Habré de torture et de crimes contre l’humanité, mais peu après, la plus haute cour du Sénégal a jugé qu’il ne pouvait être poursuivi pour des crimes commis dans son pays.
Lorsque M. Wade a entamé les démarches nécessaires pour expulser M. Habré, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies a demandé que le Sénégal retienne M. Habré jusqu'à ce qu’une demande d’extradition soit déposée.
Depuis, M. Wade n’a cessé de répéter qu’il ne voyait aucune objection à l’extradition de M. Habré vers la Belgique.
Lors d’une conférence de presse lundi, le ministre sénégalais des affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a déclaré que la décision finale revenait à la justice sénégalaise.
" Les autorités devront attendre pour voir ce que le système judiciaire décide ", a dit M. Gadio.
" C’est une question très sensible qui pose la question de la justice en Afrique. Je connais la position du gouvernement, mais nous devons attendre pour entendre ce que les autorités judiciaires ont à dire ", a t–il ajouté.
Les défenseurs des droits de l’homme accusent certains chefs religieux sénégalais – des marabouts - de protéger M. Habré en mettant sous pression le gouvernement et le système judiciaire.
" Ce sont les victimes [et non M. Habré] qui ont besoin de la protection de nos chefs religieux ", a déclaré Alioune Tine, du groupe Pan-africain de défense des droits de l’homme Rencontre africaine des droits de l'homme (RADDHO). " Ceux parmi ces chefs religieux qui défendent M. Habré tournent le dos aux préceptes de l’Islam ".
" Les Sénégalais ont horreur de l’injustice. C’est pourquoi nous avons besoin de nos chefs religieux pour combattre l’impunité et ne pas protéger les dictateurs ", a dit M. Tine.
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