« De nombreuses plaintes pour privation du droit de vote ont été enregistrées et concernent notamment le refus d’inscription de certains électeurs sur les listes électorales, le redécoupage arbitraire des circonscriptions électorale pour bourrer les urnes, et les actes de violence perpétrés par les autorités ou les partis visant à intimider les électeurs», a indiqué le rapport de la Société juridique publié à la suite d’une mission effectuée en mai sur les îles de Pemba et Unguja, dans l’archipel de Zanzibar.
Les élections générales en Tanzanie se tiendront le 30 octobre, même si aucune date n’a encore été fixée pour Zanzibar.
Selon le rapport, la police à Zanzibar fait un usage « injustifié de la force » et leurs actes sont « anticonstitutionnelles ». Leur comportement effraye de nombreux électeurs potentiels, particulièrement les femmes, note le rapport.
« Ce climat d’intimidation fait obstacle au processus d’inscription et peut, à terme, remettre en question la légitimité et les résultats du scrutin », a ajouté l’organisation.
Les opérations menées par la police contre la criminalité, affirme-t-il, « semblent cibler les banlieues et les quartiers perçus comme des bastions de l’opposition ». Le rapport accuse Omar Makungu, adjoint du procureur général de Zanzibar, « qui a révélé avoir été le témoin oculaire d’une opération policière entreprise en début de soirée. Les policiers étaient descendus sans prévenir dans la zone commerciale d’un quartier résidentiel et s’étaient mis à tabasser indifféremment toutes les personnes qu’ils croisaient, sans même les interroger ».
Le rapport remet en question l’indépendance et l’efficacité de la Commission électorale de Zanzibar et affirme que, selon toute vraisemblance, certains cas de refus d’inscription ont été résolus grâce à la corruption de certains agents.
« Nous recommandons vivement que les plaintes pour privation du droit de vote soient traitées comme une urgence nationale pour assurer l’impartialité du scrutin », a conclu le rapport.
L’impartialité est particulièrement importante, selon le rapport, car au cours des deux dernières élections, les suffrages obtenus par les deux candidats à la présidence de Zanzibar « étaient si serrés que chaque voix comptait ».
La mission dépêchée par la Société juridique a fait savoir qu’on lui avait fait part à plusieurs reprises de « traitement discriminatoire » à l’égard du principal parti d’opposition, le Front civique uni (CUF). Les autorités auraient, par exemple, interdit au CUF de tenir des réunions, alors qu’elle aurait accordé ce droit au Chama cha Mapinduzi (CCM), le parti au pouvoir.
Toujours selon la mission, les deux partis n’auraient pas bénéficié des mêmes droits d’« accès » aux médias.
La mission a aussi mis en évidence des fraudes commises par le parti au pouvoir et l’opposition. Tous deux ont « fait inscrire » des électeurs d’autres localités dans les circonscriptions où leurs candidats étaient donnés perdants, une pratique qualifiée de « bourrage d’urne » dans le rapport.
Elle affirme que « des électeurs ont été amenés de zones aussi éloignées que la Tanzanie continentale, ou des régions côtières du Kenya et du Mozambique… Le CCM, au pouvoir, accuse le CUF d’avoir fait venir à Unguja des électeurs de Pemba (une région où les suffrages lui sont acquis)».
Le rapport fait également état d’allégations répétées selon lesquelles chacun des partis disposerait d’une milice qui suivrait une formation paramilitaire. « Le CCM, indique le rapport, a en son sein des jeunes cadres du parti, appelés ironiquement Janjaweed par l’opposition. Le CUF, de son côté, compte aussi en son sein des jeunes cadres appelés parfois la Garde bleue », a-t-il dit.
La mission affirme aussi qu’il existe des zones «de non droit » sur l’île où les membres des différents partis n’oseraient pas s’aventurer.
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