“Dans l’intérêt de la paix et de la stabilité de la nation de Guinée Bissau, j’accepte les résultats du premier tour de l’élection présidentielle”, a déclaré Yala lundi soir, lors d’une conférence de presse dans la capitale sénégalaise.
Toutefois, tout en acceptant de reconnaître les résultats de l’élection "tels qu’ils ont été annoncés," Yala a continué d’affirmer qu’il était le vrai vainqueur du premier tour de l’élection du 19 juin.
"Je sais que j’ai gagné les élections avec 38 pour cent contre 28 pour cent pour Malam Bacai Sanha et 26 pour cent pour Nino Vieira. Ils ont changé les résultats et mon résultat a été donné à Malam Bacai, et son résultat accordé à Nino," a déclaré Yala à la presse après que tous les trois candidats aient eu un nouvel entretien avec le président Abdoulaye Wade du Sénégal voisin.
Les résultats officiels des élections présidentielles qui ont été qualifiées de libres, justes et bien organisées par de nombreux observateurs internationaux, plaçaient Bacai Sanha en tête du première tour avec 35,45 pour cent des suffrages, suivi de Vieira avec 28,87 pour cent et de Yala avec 25 pour cent.
En annonçant les résultats définitifs samedi dernier, Malam Mane, le président de la Commission nationale électorale de Guinée Bissau a indiqué que le deuxième tour qui opposera Bacai Sanha à Vieira aurait lieu le 17 ou le 24 juillet.
Yala, qui a dirigé ce petit pays d’Afrique de l’ouest depuis 2000 jusqu’à son renversement en 2003, est à présent écarté de la course à la présidence.
Toutefois, il pèsera de tout son poids dans le second tour des élections.
Selon certains observateurs politiques à Bissau, Yala devrait être en mesure de négocier des concessions importantes avec le candidat qu’il soutiendra en définitive.
Agé de 52 ans, Yala, professeur de philosophie, peut toujours compter sur la loyauté indéfectible des Balantes, son groupe ethnique.
Ce groupe ethnique représente près de 30 pour cent des 1,3 millions de habitants que compte la Guinée Bissau et constitue l’ossature de l’armée nationale.
C’est également au sein de ce groupe ethnique que le Parti de la rénovation sociale (PRS) de Yala, le principal parti d’opposition à l’Assemblée nationale, puise son principal électorat.
Dans sa conférence de presse, Yala a clairement fait savoir qu’il envisageait toujours de revenir au pouvoir un jour.
"Je suis jeune et tous les autres sont des vieux et dès demain il vont partir", a-t-il dit dans un bref discours au palais présidentiel du Sénégal, au côté de Wade.
Mais il également promis de ne pas créer des difficultés au nouveau chef d’Etat de la Guinée Bissau en indiquant qu’il "rejetait la violence par principe".
Vendredi dernier, trois personnes ont trouvé la mort lorsque la police a ouvert le feu sur des centaines de partisans de Yala, au cours d’une manifestation interdite.
Les forces de l’ordre ont ensuite arrête Artur Sanha, le secrétaire général du PRS, qui se trouvait en tête de la marche de protestation. Artur Sanha était porteur d’une arme de point et de deux cartouches de balles.
Wade a une grande influence sur Yala, pour l’avoir soutenu pendant trois ans lorsqu’il était chef d’Etat de la Guinée Bissau.
Mais pour certains diplomates, le chef d’Etat sénégalais est disposé à négocier un accord ferme avec le prochain président de l’ancienne colonie portugaise, quel qu’il soit, pour éviter que la Guinée Bissau ne redevienne une base arrière pour les maquisards séparatistes qui se battent pour l’indépendance de la Casamance, la région sud du Sénégal.
Bacai Sanha, candidat officiel du parti au pouvoir, le PAIGC, et Vieira, ancien chef d’Etat militaire ont également pris part aux entretiens avec Wade pour s’assurer qu’ils respecteront les résultats du deuxième tour des élections présidentielles.
Wade a indiqué à la presse qu’il a eu trois entretiens différents avec chacun des principaux leaders, depuis samedi dernier, et qu’il les a vivement exhorté a négocier un compromis.
"Je peux vous assurer que je vais respecter le verdict des urnes, quel qu’il soit", a indiqué Vieira dans son intervention, lundi soir.
"Je suis prêt à aider mon pays pour la reconstruction nationale".
Agé de 67 ans, l’ancien général d’armée a accéder au pouvoir à la faveur du coup d’état de 1980 et en a été évincé 19 années plus tard à la fin de la guerre civile.
Depuis lors, il vivait en exil au Portugal.Bacai Sanha, ancien président de l’Assemblée nationale, a, très brièvement, été président de la République par intérim après le renversement de Vieira en 1999.
Dans son intervention de lundi soir, il s’est également fait passer pour un démocrate, et un "homme de paix, garant de la stabilité".
Ce vieux politicien qui frise la soixantaine a, lui aussi, indiqué qu’il respecterait les résultats du scrutin présidentiel.
A plusieurs reprises, Wade a insisté sur le fait qu’il n’essayait pas d’interférer dans les affaires internes de la Guinée Bissau, mais qu’il agissait en tant que médiateur à la demande des 15 membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest(CEDEAO) pour s’assurer de la transition pacifique du pays vers un gouvernement constitutionnel.
L’actuel chef d’Etat par intérim du pays est le président Henrique Rosa. Il a été nommé à ce poste peu de temps après le coup d’état de 2003 pour restaurer la démocratie en Guinée Bissau. Il quittera ses fonctions et laissera la place au président élu démocratiquement.
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