Peu de temps après la mort de son père, Dieudonné, 10 ans, a quitté Zakpota, au Bénin, pour aller travailler dans les champs d’un oncle au Nigeria. Au bout d’une semaine, cet oncle l’a envoyé travailler dans une carrière.
Alors que Zenabou avait 8 ans, sa grande sœur, qui travaillait au Gabon, a envoyé un ami pour la retirer du domicile parental, à Sokode, dans le centre du Togo. Alors qu’on lui avait fait miroiter qu’elle poursuivrait ses études, Zenabou a été contrainte d’exercer des travaux ménagers chez sa sœur, puis de vendre des beignets au marché.
Zakpota et Sokode sont des régions pauvres au cœur de deux pays parmi les plus défavorisés du monde. Selon les estimations de l’ONU, la majorité de la population y vivrait avec moins d’un dollar par jour.
Les gouvernements du Bénin et du Togo travaillent en collaboration avec les ONG et l’agence des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) pour lutter contre le trafic des enfants, mais la tâche est complexe.
En Afrique de l’Ouest, il est fréquent qu’un parent confie son enfant à un proche pour qu’il poursuive son éducation ou apprenne un métier.
Mais cette tradition est souvent utilisée de manière abusive, explique Rogatien Biaou, ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine. Selon lui, la pauvreté croissante oblige les familles à accepter de livrer leurs enfants aux trafiquants, et la perméabilité des frontières facilite l’impunité des trafiquants.
Dieudonné
Dieudonné est originaire de Zakpota, une ville située à deux heures de route de Cotonou, la capitale béninoise. Devenue veuve, sa mère l’a livré aux trafiquants en échange d’une rétribution nécessaire à la subsistance de la famille.
« Le séjour de mon fils au Nigeria m’a procuré une somme de 20 000 CFA (40 dollars américains), des pagnes, des chaussures et un petit poste de radio de la part de celui qui l’a emmené », explique la mère de Dieudonné.
Il y a deux ans, Zakpota a été au centre d’un scandale de trafic d’enfants après que plusieurs enfants de la région eurent été découverts dans une carrière nigériane.
Dieudonné faisait partie des 250 enfants béninois victimes du trafic. Agé de 14 ans et après des années de dur labeur qui ont rendu ses mains rugueuses, il est maintenant de retour au domicile parental. Grâce à l’ONG française Terre des Hommes, il est heureux de retourner à l’école.
Il exhorte les parents crédules à ne pas céder au chantage et aux offres alléchantes des trafiquants, comme sa propre mère.
Le travail dans la carrière était pénible, se souvient-il.
« Nous étions trois enfants à remplir un camion de gravier », explique Dieudonné, vêtu d’un pantalon usé et rougi par les pierres qu’il convoyait et chaussé de sandales en plastique.
Dieudonné et d’autres enfants de son âge travaillaient 12 heures par jour pour extraire le gravier nécessaire aux chantiers de construction nigérian.
« Les frais de chargement d’un camion s’élèvent à 7 000 nairas (53 dollars américains), qu’empoche le maître, mais il n’y avait rien pour nous ».
En plus d’un travail éprouvant, les jeunes garçons devaient se contenter d’une alimentation et d’un abri de fortune.
Selon lui, les deux repas quotidiens offerts aux mineurs était constitués de « pâte de maïs ou de semoule de manioc (gari) accompagnée de piment et de sel ».
Après une journée de travail, Dieudonné dormait sur le sol de la carrière, recouvert d’une toile plastique, a-t-il dit.
Zenabou
« Ma grande sœur vit au Gabon depuis 1993. Un jour, nous avons reçu la visite d’un monsieur qui nous apportait une commission de la part de ma sœur », raconte Zenabou, âgée de 18 ans.
L’homme a expliqué à la famille que la grande sœur désirait que Zenabou, qui n’avait à l’époque que 8 ans, vienne auprès d’elle au Gabon pour y poursuivre ses études.
« Ma pauvre mère ! Si elle avait pu s’imaginer un seul instant que sa propre fille pourrait abuser de sa confiance, elle n’aurait pas accepté que moi, sa fille chérie, je m’éloigne d’elle ».
Peu après cette visite, Zenabou, comme d’autres enfants, a pris le chemin du Gabon.
« Je ne me rappelle pas du nombre, mais nous étions nombreuses à quitter Sokode. Nous sommes parties à destination du Gabon à bord d’un bateau ».
« Après une escale de deux semaines au Nigeria où chacun n’avait droit qu’à un seul repas par jour, nous sommes arrivés au Gabon tout épuisés par la faim et la fatigue ».
Zenabou pensait être au bout de ses peines une fois arrivée chez sa sœur, mais les études promises ne se sont jamais concrétisées. Pendant quatre ans, elle a effectué des travaux ménagers.
« C’est à partir de 1999 [alors que Zenabou avait 12 ans] que j’ai commencé le commerce avec elle et c’était le début de mon calvaire au Gabon ». Zenabou devait maintenant se rendre quotidiennement au marché.
« Je me levais à 3 heures du matin pour frire et emballer les beignets jusqu’à 10 heures ».
« Par jour, je réalisais un bénéfice de 30 000 CFA (60 dollars américains). Je n’étais ni payée, ni encouragée de quelque façon que ce soit. Ma sœur m’a dit une fois qu’elle envoyait régulièrement de l’argent à nos parents au Togo, ce qui était archi-faux », a-t-elle confié.
« Un jour, en faisant les comptes au retour du marché, 100 F (0,20 dollars américains) manquaient. Pour être franche, je les avais utilisés parce que j’avais tellement faim, mais je n’ai pas eu le courage de lui avouer, sachant, de toute façon, que je serais punie ».
« Ma sœur m’a infligé ce jour-là une bonne correction corporelle que même un voleur de poulet n’aurait pas méritée ».
C’est après cet incident que Zenabou a décidé de retourner chez ses parents.
Un jour, dans la rue, la jeune fille a entendu dire que l’Ambassade du Togo aidait au rapatriement d’enfants comme elle.
Après avoir entendu l’histoire de Zenabou, l’Ambassadeur du Togo est intervenu en la faveur de la petite fille et sa sœur a dû lui payer le billet d’avion pour retourner à la maison.
Zenabou est maintenant de retour à Sokode, où elle apprend la couture auprès de PASEORSC, une ONG locale qui a permis à la jeune togolaise de retrouver sa famille.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions