Selon l’accusation, les trois inculpés, Alex Tamba Brima, Brima Bazzy Kamara et Santigie Borbor Kanu, étaient membres de l’organe dirigeant de l’AFRC (Armed Forces Revolutionary Council - Conseil révolutionnaire des forces armées) qui a renversé le président Ahmad Tejan Kabbah en 1997 pendant la guerre civile et dirigé le pays pendant 10 mois.
Sous le régime de la junte militaire et bien après qu’elle eut été chassée du pouvoir, un groupe de militaires de l’AFRC s’est rallié au mouvement rebelle du RUF (Revolutionary United Front – Front uni révolutionnaire). Cette alliance s’est signalée par l’opération tristement célèbre "No Living Thing" (Destruction totale), une attaque dévastatrice lancée sur la capitale en 1999 et qui a transformé la ville en un véritable charnier.
"Descendus des collines qui entourent Freetown, ces mouvements rebelles ont, en l’espace de quelques semaines, violé, mutilé et tué des civils innocents, brûlé leur maison et réduit à l’esclavage des personnes vulnérables, des femmes et des enfants", a indiqué à la cour David Crane, le procureur du tribunal, lors de l’ouverture du procès.
"Les civils ont été les cibles de ces attaques qui étaient destinées à terroriser la population et à la punir pour n’avoir pas soutenu l’alliance du AFRC/RUF ou pour avoir soutenu les forces gouvernementales ou pro-gouvernementales" a ajouté Crane.
Le procès de l’AFRC est le dernier de la cour spéciale de Sierra Leone, le premier tribunal international où des juges étrangers et locaux nommés par les Nations unies siègent dans le pays où les atrocités ont été commises.
La mission de la cour est de poursuivre et de punir les personnes ayant une très "lourde responsabilité" dans les crimes de guerre commis en Sierra Leone, même si certains protagonistes ont réussi à échapper à la justice.
Il s’agit notamment de Johnny Paul Koroma, le chef de file de l’AFRC, qui a réussi à prendre la fuite il y a deux ans, et de deux autres leaders du RUF, Foday Sankoh et Sam Bockarie, tous deux décédés.
L’ancien président libérien Charles Taylor, poursuivi pour crimes de guerre en Sierra Leone, vit aujourd’hui en exil au Nigeria et n’a pas encore été remis aux mains de la justice.
Pour certains Sierra léonais, ces absences remarquées ont un peu réduit l’intérêt des procès en cours. Pour d’autres, justice doit être rendue, même si toutes les conditions ne sont pas réunies.
Lundi, à l’ouverture du procès dans la deuxième chambre de la cour, le procureur a promis de citer à la barre plusieurs témoins qui sont la preuve vivante des atrocités commises ou commanditées directement par les trois inculpés de l’AFRC.
Un jeune homme racontera comment il a été arrêté et transféré dans une école primaire servant de base aux combattants du mouvement rebelle, a indiqué Crane.
"ils ont demandé à chaque personne de tendre leurs mains avant de les leur trancher à l’aide d’une hache. Et lorsque l’opération n’était pas réussie du premier coup, ils recommençaient jusqu’à ce que la main tombe", a t-il commenté devant les trois magistrats de la cour présidée par la Nord-irlandaise Teresa Doherty.
Des femmes viendront témoigner des viols horribles dont elles ont été victimes. Elles expliqueront comment des bâtons étaient introduits dans leur vagin jusqu’à ce qu’elles saignent et comment elles ont eu les fesses lacérées par des coups de baïonnette. Des enfants expliqueront également à la cour comment les initiales AFRC ont été marquées sur leur poitrine à l’aide de lame de rasoir, a indiqué Crane.
Les trois inculpés de la junte militaire qui ont passé plus d’un an en prison sont accusés de 14 crimes contre l’humanité, mais ont rejeté toutes les charges retenues contre eux.
Selon certains observateurs, le procès de l’AFRC devrait se terminer en fin d’année, mais les deux autres procès qui ont lieu dans la première chambre de la cour spéciale devraient se poursuivre en 2006.
Le premier procès des leaders du CDF (Civil Defence Force – Force de défense civile) et impliquant l’ancien ministre de l’intérieur Sam Hinga Norman, a démarré en juin dernier. Le deuxième procès des dignitaires du RUF a démarré en juillet dernier.
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