Plusieurs hélicoptères de la force spéciale de la marine de guerre américaine stationnée au large de Monrovia avec 2 300 Marines à bord, volaient au-dessus du port pour observer la mêlée. Ils n'ont pas essayé d'atterrir ou d'intervenir.
Le mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), supposé se replier de Monrovia jeudi à midi (12H00GMT) et remettre le port aux militaires nigérians, a déclaré qu'il a renoncé à contrôler la situation.
Sekou Fofana, le plus haut responsable du mouvement rebelle à Monrovia, a indiqué à IRIN par téléphone : " Nous ne pouvons pas contrôler les civils pillant le port. Un peu avant, on les avait stoppés à l'entrée principale, mais plus tard ils ont utilisé des voies détournées pour entrer ".
Cependant, des dizaines de combattants du LURD et même certains de leurs commandants se sont joints au pillage frénétique.
Un correspondant d'IRIN qui se trouvait au port, a aperçu des soldats du LURD tirant à l'arme automatique sur les portes des conteneurs pour les ouvrir, tandis que d'autres chargaient des sacs de nourriture dans des pick-ups. Un commandant rebelle est parti à bord d'une Toyota Landcruiser flambant neuve bourrée de bidons d'huile végétale du Programme alimentaire mondial (PAM).
Un entrepôt alimentaire appartenant à la plantation Firestone de caoutchouc, qui contenait des stocks de riz, était vide.
Les entrepôts du PAM ont constitué les principales cibles des pilleurs. Ils contenaient plus de 9 000 tonnes de vivres avant que les forces rebelles ne capturent Freeport le 19 juillet, et ne commencent à piocher dans les ravitaillements, qu'ils ont en partie distribués aux civils affamés dans les quartiers de la ville sous contrôle rebelle.
Des milliers de personnes quittaient le port à la hâte, portant sur leur tête des sacs de maïs, de pois chiches concassés et de bourgou, tandis que d'autres se ruaient à l'intérieur pour prendre ce qu'elles pouvaient.
Les scènes de chaos ont affligé les travailleurs humanitaires coincés dans le centre-ville contrôlé par le gouvernement. Ils espéraient avoir rapidement accès à la nourriture entreposée dans le port et la distribuer à environ 450 000 déplacés et nécessiteux dans la ville assiégée.
Beaucoup d'entre eux, campant dans des écoles, dans des bâtiments à l'abandon et dans le principal stade sportif de Monrovia, n'ont pas eu un seul repas décent depuis plusieurs semaines.
A l'issue d'une visite de deux jours à Monrovia, la Coordinatrice adjointe des Nations Unies pour l'aide d'urgence, Carolyn McAskie, a décrit la situation humanitaire d' " épouvantable ". Elle a appelé à l'envoi rapide au Liberia davantage de soldats nigérians.
"Il faut davantage de sécurité. Nous voulons également des soldats de maintien de la paix en nombre suffisant pour nous permettre de nous déplacer hors de Monrovia ", a-t-elle déclaré aux journalistes. " En tant que personnel humanitaire, nous insistons que la tâche des soldats de la paix n'est pas juste de remédier à l'action rebelle mais d'assurer également la sécurité pour la livraison de l'aide humanitaire ".
Mme McAskie a souligné que la priorité immédiate des agences de secours consistait à avoir un accès sûr au port.
"Si le port est ouvert et si nous pouvons y avoir accès, nous sommes assez sûrs de pouvoir commencer la distribution alimentaire d'ici deux jours. L'UNICEF, l'OMS et le PAM apporteront du matériel médical ainsi que de la nourriture dans les prochaines quarante-huit heures ", a-t-elle poursuivi.
Intervenant avant d'être informée de la vague de pillage dans le port, Mme McAskie a déclaré : " On espère encore disposer de plusieurs milliers de tonnes de maïs bloquées dans le port. On sait qu'il y a eu des pillages, nous avons perdu du matériel et des produits alimentaires. Nous savons que nous allons ajouter à ce repas à base de maïs une alimentation à haute teneur en protéines, de l'huile, dont nous disposons dans des pays voisins comme à Freetown, en Sierra Leone, pouvant être acheminés en quelques heures ".
Des scènes de chaos ont surgi au port de Monrovia quarante-huit heures après le départ en exil de l'ex-président Charles Taylor au Nigeria. Les Etats-Unis et de nombreux gouvernements d'Afrique de l'Ouest tiennent M.Taylor pour responsable des quatorze années de guerre civile au Liberia et de l'appui à des mouvements rebelles dans les pays voisins, la Sierra Leone, la Côte d'Ivoire et la Guinée. Washington surtout a fait pression pour son départ afin de favoriser une solution pacifique du conflit.
Or les Etats-Unis, lourdement engagés militairement en Irak et en Afghanistan, ont été réticents à envoyer des troupes au Liberia pour assister les quelque 800 soldats de maintien de la paix nigérians, arrivés au cours des dix derniers jours.
Des diplomates ont confié que Washington escomptait que la seule présence de trois grands navires de guerre, stationnés au large de Monrovia, suffirait à dissuader les combattants gouvernementaux et rebelles libériens de créer des difficultés au moment où les militaires nigérians prennent le contrôle de la ville de plus d'un million d'habitants.
Des commandants militaires nigérians au Liberia se sont plaints depuis plusieurs jours en privé de ne pas disposer d'hommes en nombre suffisant sur place pour prendre le contrôle total de Monrovia. La capitale a été le théâtre d'intenses combats entre le LURD et les forces loyalistes depuis début-juin.
Des renforts nigérians devraient arriver jeudi. A Abuja, un porte-parole de l'armée a fait savoir qu'un deuxième bataillon de 770 hommes serait affrété par avion de Sokoto, une ville du nord-ouest du Nigeria. " Ils sont tout à fait préparés et prêts à partir tôt dans la matinée de jeudi ", a annoncé à IRIN le colonel Chukwuemeka Onwauamaegbu.
Il a refusé de dire comment ces troupes seront transportées au Liberia, mais des sources militaires nigérianes à Monrovia ont informé que les Etats-Unis mettraient à disposition un avion transbordeur pour transporter une bonne partie de leur matériel.
Les militaires nigérians constituent l'avant-garde de la force ouest-africaine de maintien de la paix, l'ECOMIL, dont le dispositif devrait atteindre 3 250 hommes à la fin août, notamment des contingents du Ghana, du Mali et du Sénégal.
Mercredi, le commandant de la force nigériane, le général Festus Okonkwo, et le commandant de la force spéciale américaine, le général Thomas Turner, ont négocié un accord avec les commandants du LURD prévoyant un repli jeudi à 12h00 GMT des forces rebelles jusqu'à la rivière Po, dans les faubourgs Nord de Monrovia.
Nigérians et Américains avaient négocié un arrangement similaire avec Moses Blah, le vice-président de M.Taylor, institué chef-d'Etat provisoire après le départ de M. Taylor.
Le général Benjamin Yeaten, chef de l'état-major de l'armée, a déclaré mercredi à IRIN que tous les soldats et les miliciens gouvernementaux allaient se retirer de Monrovia, mais que la force de police restera pour aider les soldats nigérians à maintenir l'ordre.
M. Yeaten a précisé à IRIN: "On en a parlé avec l'ECOMIL et on va retirer des rues nos soldats et les transporter dans plusieurs casernes à l'extérieur de Monrovia… il a également été convenu que seule une force spéciale, composée d'officiers de police et autre personnel de la sécurité, patrouillerait aux côtés de l'ECOMIL dans la ville ".
M. Blah démissionnera en octobre pour laisser la place à un président civil, devant être nommé sous peu par la conférence inter-libérienne de paix qui se tient dans la capitale ghanéenne, Accra.
Des diplomates ayant étroitement suivi les pourparlers ont révélé que le nouveau chef d'Etat devait atterrir à Accra mercredi pour une réunion au sommet avec les dirigeants des deux mouvements rebelles libériens dans l'objectif d'aplanir les derniers obstacles en vue de la signature d'un accord de paix global.
Pourtant, même si le chef du LURD, Sekou Conneh, est arrivé, en revanche Thomas Nimley, chef du Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), qui contrôle l'Est du pays, et M. Blach, qui contrôle un peu moins de la moitié de Monrovia et quelques localités voisines, ne sont pas venus, ont-ils constaté.
Les sources ont indiqué que tous les côtés sont convenus que le gouvernement intérimaire chargé d'organiser des élections d'ici deux ans serait dirigé par une personnalité civile indépendante n'ayant aucun lien avec les trois parties belligérantes, mais certaines factions du LURD insistent pour que le LURD nomme le vice-président.
"L'accord est prêt à être signé. Il reste juste ce point épineux de la branche exécutive du gouvernement ", a commenté une source.
Il n'en reste pas moins que les trois factions belligérantes et les dix-huit formations politiques prenant part aux pourparlers de paix, sous l'égide de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), n'ont pas encore décidé qui sera le président par intérim. Les sources notaient que mercredi, il restait encore dix candidats en lice.
Les candidats considérés comme les plus sérieux sont : Ellen Johnson-Sirleaf, du Parti de l'Unité, ex-fonctionnaire de l'ONU et adversaire malheureuse de Taylor aux élections présidentielles de 1997 ; George Toe Washington, un officier retraité de l'armée et ancien chef de l'état-major de l'armée dans les années soixante ; Togba Nah Tipoteh, du Liberian People's Party; Marcus Jones, président de l'Association des avocats libériens, qui se décrit comme un indépendant ; Harry Fumba Moniba, qui a été le vice-président de Samuel Doe dans les années quatre-vingt ; Wesley Johnson, du United People's Party' ; et Bishop Marweh, représentant les Eglises chrétiennes du Liberia.
Le président et le vice-président du gouvernement intérimaire seront choisis une semaine après la signature de l'accord de paix.
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