Elles se dirigent pour la plupart vers Paynesville, un quartier qui n'a pratiquement pas souffert de batailles, où quelques boutiques et le marché sont restés ouverts. Le pénible parcours dure plusieurs heures et tout le long du chemin, les civils doivent subir les tracasseries des barrages de fortune tenus par les milices du gouvernement promptes à piller.
"Nous devons le faire autrement nous mourrons de faim. C'est plus douloureux que de mourir par balles," a exprimé Benedict Johnson, un instituteur faisant les poubelles à la recherche de son prochain repas.
Deux semaines après les derniers assauts contre la ville par les rebelles du Lurd (Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocratie), un nombre croissant d'habitants de Monrovia, qui en compte 1 million, demeure sans nourriture. Et pratiquement personne n'a accès à l'eau potable.
Le choléra se propage rapidement et les agents de santé se plaignent qu'il devient presque impossible à contrôler. Médecins Sans Frontières (MSF) a rapporté qu'elle traitait 300 cas par semaine.
Les rebelles ont attaqué la capitale 3 fois durant les deux mois écoulés, et plusieurs citadins ont été chaque fois contraints de fuir leur demeure. Malgré les plans présageant l'envoi de troupes nigérianes en avant-garde de la force internationale de maintien de la paix, le crépitement des armes à feu et le bruit sourd des mortiers continuaient de retentir dans la cité jeudi matin.
Plusieurs parmi ceux qui sont retournés dans leur maison, après la première incursion rebelle, ont constaté qu’ils avaient été victimes de pillages commis par les combattants du gouvernement après le départ du LURD.
Le peu de nourriture encore disponible à Monrovia est vendu à des prix exorbitants, au-dessus des moyens de la majorité de la population. Beaucoup ont dépensé le peu d'argent dont ils disposaient, et n’ont aucun moyen d’en gagner. Le coût d'un sac de riz de 50 kg, nourriture de base au Liberia, a quintuplé allant de 20 à 100 dollars US, et malgré cela, il n'est toujours pas évident de s'approvisionner.
Les gens vont grappiller des feuilles et des racines sous la pluie torrentielle qu'ils font bouillir pour faire la soupe. Les plus chanceux qui réussissent à prendre un chat ou un chien, peuvent se targuer d'avoir des morceaux de viande au menu.
Dans le quartier diplomatique de Mamba Point où des dizaines de milliers de déplacés ont trouvé refuge, près de l'ambassade des Etats-Unis placée sous haute sécurité et les bureaux des Nations-Unies, plusieurs sont déjà mourants de faim.
Les locaux du Bureau des Nations Unies pour la Coordination Humanitaire (UNOCHA) sont bondés de monde dormant à même le sol. Beaucoup d'autres s'entassent dans les escaliers chaque nuit, du crépuscule à l'aube.
Mohammed Siryon, le Chargé de Bureau de OCHA-Liberia, a averti qu'une catastrophe planait à l'horizon. " La nourriture de base n'est plus disponible. Le taux de malnutrition est élevé parmi les enfants. Si rien n'est fait immédiatement pour parer à cette pénurie alimentaire, les résidents de Monrovia feront bientôt face à la famine," a-t-il observé.
Mamie, une jeune fille de 16 ans qui expliquait qu'elle avait été séparée de ses parents au plus fort d'une bataille, a révélé : « Mes deux petits frères et moi avons dormi le ventre creux deux nuits de suite. Dieu merci, j'ai rencontré un de mes amis qui m'a donné des biscuits pour manger aujourd'hui ".
La plupart des déplacés interviewés par IRIN se plaignaient qu'ils avaient passé plusieurs jours sans manger.
"Que le gouvernement et les rebelles arrêtent les combats ! C'est la seule manière pour nous d'aller librement chercher à manger," a proposé Solo, membre de la pathétique armée d'affamés de Mamba Point. "Ils doivent penser à nous, nous sommes fatiguer de souffrir. Nous n'avons ni eau, ni nourriture," ajoutait-t-il.
Le Responsable de l'organisation caritative française Action Contre la Faim (ACF), Frédéric Bardou, a prévenu que la disette gagnerait la ville si les combats ne prenaient pas fin.
Il a commenté que ACF avait commencé la distribution de suppléments de nourriture à 51.000 déplacés vivant dans des conditions déplorables, rassemblés au complexe sportif Samuel K. Doe situé à l'est de la ville, ainsi que dans d'autres centres de refuge.
Mais très peu d'agences de secours, ayant la possibilité d'offrir un service réduit à l'armée de 200.000 à 300.000 déplacés à Monrovia, sont en fait incapables de fournir suffisament de nourriture. La majeure partie des stocks de riz était conservée dans des entrepôts au port, maintenant aux mains des rebelles.
Il n'y a plus d'eau potable parce que l'approvisionnement en eau de Monrovia n'était plus opérationnel depuis des années, obligeant les autorités à distribuer l'eau par l’entremise des citernes. Cependant le distributeur d'eau est situé dans la zone nord de la ville sous contrôle rebelles, et les camions-citernes ne peuvent transporter le précieux liquide et traverser la ligne de front jusqu'au centre-ville.
Elizabeth Stewart, l'une des réfugiés parmi les à 20.000 personnes rassemblées dans l'enceinte de Greystone, une résidence annexe de l'ambassade des Etats-Unis, a raconté que ses enfants et elle s'abreuvaient d'eau de pluie.
"Nous ne sommes pas habitués à ce genre de vie, mais nous devons nous débrouiller pour survivre" a-t-elle ajouté.
La proximité de Greystone à l'ambassade des USA n'offre aucune garantie de protection. La semaine dernière, plus de 20 personnes qui s'abritaient dans cette enceinte surpeuplée, avaient été tuées par l'obus d'un mortier rebelle.
La situation à l'intérieur de Monrovia est tellement désespérée que beaucoup de civils se déversent à Harbel, une ville située à 30 km au Sud-Est de la capitale. Elle est située près de l'aéroport International du Liberia et du siège de l'immense plantation de caoutchouc de Firestone.
Des flots de personnes déplacées ont également atteint Harbel pour échapper aux combats autour de Buchanan, la seconde ville du Liberia, qui est tombée en début de semaine entre les mains des rebelles du Mouvement pour la Démocratie au Liberia (MODEL).
Samuel Browne, le Responsable de la Commission pour le Rapatriement et la Réinstallation des Réfugiés du Liberia, (LRRRC), l'agence gouvernementale en charge de la coordination des secours aux déplacés, a déclaré jeudi, que près de 20.000 personnes s’étaient enfuies à Harbel et ses environs.
"C'est difficile de donner des chiffres exacts en ce moment parce que des centaines de gens arrivent tous les jours de Grand Bassa (le comté dont Buchanan est la capitale)," a affirmé Browne.
Un correspondant de IRIN qui a visité Harbel, a constaté que la ville grouillait de déplacés, dont beaucoup s'étaient mis à l'abri des averses tropicales quotidiennes dans une école et dans des bâtiments du complexe industriel de caoutchouc de Firestone.
Smell-No-Taste, un quartier résidentiel proche de l'aéroport, était également bourré de déplacés. Cependant les avions pouvaient toujours y atterrir et décoller.
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