Le lieutenant M'hamed Ould Didi, qui a fui au Sénégal peu après l'échec de la rébellion militaire du 8 juin dernier, a été renvoyé vendredi dans la capitale mauritanienne Nouakchott.
Le jude Mohamed Ould Babana, membre de la Commission africaine des droits de l'Homme sise en Gambie, a indiqué que M. Didi et tous les autres susceptibles d'être inculpés dans le cadre de la tentative de coup de force, seraient jugés en vertu du droit civil.
Des militants des droits de l'Homme avaient exprimé leurs craintes que les conspirateurs soient déférés devant un tribunal militaire qui risquerait d'imposer des sentences de mort - comme ce fut le cas précédemment - ou qu'ils subissent une exécution sommaire.
Des sources militaires ont indiqué qu'environ 150 officiers et soldats, en service ou à la retraite, ont été arrêtés pour être interrogés au sujet de la tentative de putsch, qui a été suivie de deux jours d'intenses combats dans la capitale. Vingt-neuf personnes au moins ont été tuées durant l'insurrection au cours de laquelle des chars rebelles ont bombardé le palais présidentiel.
Le juge Babana a informé que M. Didi a été extradé conformément à la Convention d'Antananarivo (1962), permettant aux pays africains de renvoyer des criminels présumés dans leur pays d'origine.
"Le procès sera juste et en conformité avec le droit mauritanien ", a-t-il assuré, ajoutant que tout sera fait conformément aux procédures judiciaires et aux conventions internationales.
Les trois principaux cerveaux du putsch sont encore en fuite, et le gouvernement fait pression sur les pays voisins pour les renvoyer s'ils tentent de se réfugier à l'étranger.
Alioune Tine, secrétaire général de RADDHO, une association des droits de l'Homme basée à Dakar, qui s'était opposé à l'extradition de l'officier mauritanien, a réaffirmé que le retour de M. Didi en Mauritanie équivalait à une sentence de mort. Il a noté que, par le passé, M. Ould Taya n'a eu aucune merci pour les dirigeants des tentatives de putsch.
M. Brahima Ould Ebetty, avocat et militant des droits de l'Homme en Mauritanie, abonde dans le même sens. " Qu'il s'agisse d'un procès civil ou militaire, il ne sera pas juste car le système judiciaire n'est pas indépendant ", a-t-il affirmé à IRIN dans un entretien téléphonique depuis Nouakchott.
M. Ebetty a condamné les journaux mauritaniens pro-gouvernementaux ayant appelé à l'exécution des chefs du putsch.
Le président Ould Taya, qui dirige depuis dix-neuf ans d'une main de fer cette nation sahélienne peuplée de 2,5 millions d'habitants, s'était emparé du pouvoir à l'issue d'un coup d'Etat militaire en 1984.
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