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Le Tribunal spécial inculpe le président libérien Charles Taylor

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, associé à l'ONU, a inculpé mercredi le président libérien Charles Ghankay Taylor pour son rôle présumé dans des crimes commis durant les dix ans de guerre civile en Sierra Leone, et a envoyé un mandat d'arrêt aux autorités ghanéennes et à l'INTERPOL.

L'annonce a suscité une panique générale dans la capitale libérienne, Monrovia, paralysant totalement la ville. La sécurité a été renforcée avec la mise en place de barrages routiers dressés par des militaires lourdement armés. Dans l'après-midi, M. Taylor a appelé une station de radio et a exhorté la population à rester calme. Il a donné l'ordre à tous les militaires de rentrer dans leurs casernes jusqu'à nouvel ordre.

David Crane, premier procureur du tribunal, a indiqué que M.Taylor était inculpé parce qu'il " porte la plus grande responsabilité " des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et graves violations du droit humanitaire international en Sierra Leone depuis le 30 novembre 1996.

"L'inculpation a été juridiquement approuvée le 7 mars et jusqu'à ce jour, était scellée par le Tribunal à ma demande ", a révélé M. Crane dans un communiqué. " Mon bureau avait reçu un mandat international de l'ONU et de la Sierra Leone pour suivre impartialement les preuves où qu'elles mènent. Elles nous ont mené sans équivoque à M. Taylor ".

M. Crane a également averti toutes les factions belligérantes au Liberia qu'il fallait qu'elles respectent le droit humanitaire international. Leurs commandants, a-t-il souligné, ont l'obligation juridique internationale d'empêcher leurs membres de violer les règles de la guerre et de commettre des crimes contre l'humanité.

Les deux groupes rebelles, Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), se battent contre M. Taylor au Liberia. Des organisations des droits de l'Homme ont indiqué que tant le gouvernement que les rebelles avaient commis des abus contre les civils.

M. Taylor se trouvait au Ghana pour des négociations de paix avec les rebelles au moment de son inculpation. " En apprenant que M. Taylor se rendait au Ghana, le greffier du Tribunal spécial a envoyé aux autorités ghanéennes le mandat de son arrestation en suspens, et a transmis le mandat d'arrêt à l'INTERPOL ", a précisé M. Crane.

Le tribunal a souligné que l'inculpation était destinée à garantir la légitimité des négociations [d'Accra]. " Il est impératif que les participants sachent qu'ils traitent avec un criminel de guerre inculpé. Ces négociations peuvent aller de l'avant, mais elles doivent le faire sans la participation de cet inculpé ", a-t-il estimé. La cérémonie d'ouverture s'est néanmoins déroulée comme prévu.

Créé par un accord international entre l'ONU et la Sierra Leone pour juger les personnes portant la plus grande responsabilité des crimes commis pendant la guerre sierra léonaise, le tribunal a déjà inculpé neuf individus, notamment les anciens chefs rebelles Foday Sankoh, Issa Sessay et le défunt Sam Bockarie. Les autres sont Morris Kallon, Augustine Gbao, Johnny Paul Koroma, Alex Tamba Brima, Brima Bazzy Kamara et Samuel Hinga Norman. Sur ces individus, sept sont détenus. Koroma est encore en fuite.

La guerre en Sierra Leone a été lancée par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF), épaulés par M. Taylor. Le RUF a fait une des guerres les plus brutales jamais connues, pillant, violant et amputant des milliers de Sierra Léonais. En 2001, le Conseil de sécurité de l'ONU a invité M. Taylor à cesser son appui au RUF ainsi qu'à mettre fin au commerce des diamants de la Sierra Leone.

Une réponse insatisfaisante de sa part a incité le Conseil à imposer un embargo sur les exportations de diamants, à restreindre les déplacements à l'étranger de certains dignitaires libériens, ainsi qu'à imposer un embargo sur la vente ou la fourniture d'armes au gouvernement de M. Taylor. Les sanctions ont été renouvelées il y a un mois pour un an et assorties d'un embargo sur les exportations de bois d'œuvre.

Le RUF reste proche de M. Taylor. Certains de ses combattants ont été incorporés dans l'Unité d'élite anti-terroriste de M. Taylor. D'autres, comme son ancien commandant, Sam Bockarie, ont combattu aux côtés de M. Taylor, mais Bockarie a été tué le 6 mai au Liberia. Le gouvernement a indiqué qu'il a été tué alors qu'il résistait à une arrestation, après son inculpation par le tribunal. Mais des diplomates rétorquent qu'il a été tué sur l'ordre de Taylor après une altercation entre les deux hommes à Monrovia.

Même après la fin de la guerre en Sierra Leone, Taylor était toujours l'homme à craindre. En août 2002, le président Ahmad Tejan Kabbah de la Sierra Leone a demandé à l'ONU de proroger le mandat de sa force de maintien de la paix dans son pays, la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL), " car l'escalade du conflit au Liberia menace encore une fois de déstabiliser la région toute entière ".

M. Taylor a dirigé une insurrection armée, avec l'appui de la Côte d'Ivoire, contre le gouvernement libérien de Samuel Doe, à partir de 1989, et a pris le contrôle d'une majeure partie du Liberia en 1992. Il a remporté des élections acceptées par les factions belligérantes en 1997. Mais ses opposants ont pris les armes, déclenchant en 1999 la vague actuelle d'hostilités.

Les combats ont dévasté le Liberia. Environ 200 000 Libériens ont été déplacés par le conflit en cours, et des milliers d'autres ont été forcés à se réfugier dans des pays voisins. Plus des deux tiers du pays sont hors d'accès, affirment des travailleurs humanitaires.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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