L'organisation internationale a lancé l'appel jeudi dans un rapport de 16 pages intitulé: 'Côte d'Ivoire: Government Abuses in Response to Army Revolt' (Abus du Gouvernment en réponse au soulèvement militaire). Le rapport contient des informations sur les opérations des forces de sécurité dans les bidonvilles à l'issue de la tentative de Coup d'état, survenue le 19 septembre 2002 et transformée en soulèvement. Lors des opérations de ratissage, des originaires du nord et des immigrés ouest-africains ont été arbitrairement arrêtés et leurs habitations rasées, a informé HRW.
Les défenseurs des droits de l'homme vivent dans la peur
Le rapport, basé sur une recherche durant une visite en Côte d'Ivoire effectuée en octobre, indique que des personnes ont été ciblées juste parce qu'elles appartenaient à un parti de l'opposition ou parce qu'elles étaient soupçonnées d'appuyer les insurgés. Les défenseurs locaux des droits de l'homme vivent dans la peur, est-il ajouté.
"Des mesures légitimes de sécurité sont une chose, mais viser des individus juste sur la base de leur ethnie ou de leur religion est complètement inacceptable", a souligné Peter Takirambudde, le directeur exécutif de la Division de Human Rights Watch pour l'Afrique. "Même dans une période d'urgence, les droits fondamentaux doivent être respectés ".
Human Rights Watch a également exprimé son inquiétude devant les abus qui auraient été commis par les insurgés du Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), qui contrôlent une bonne partie du nord et du centre de la Côte d'Ivoire. Elle a poursuivi qu'en dépit du fait que les chercheurs n'ont pas été en mesure de visiter les zones occupées par les rebelles pour des raisons de sécurité, des informations crédibles dans ces zones font état d'exécutions et de détentions illégales.
D'après des associations des droits de l'homme, la politique du Gouvernement a délibérément exacerbé les tensions entre les Ivoiriens de différentes souches ethniques et religieuses au fil des dernières années écoulées. Elles ont aussi indiqué que le Gouvernement n'a rien fait pour remédier à la violence et à l'intimidation qui a marqué les élections présidentielles et législatives en octobre et décembre 2000.
Il faut poursuivre les auteurs des abus
"Cette spirale galopante contre les droits de l'homme n'est pas inévitable", a noté M. Takirambudde. "Une façon de stopper cette spirale serait d'amener devant la justice les personnes responsables de ces abus. Sans une telle action, la Côte d'Ivoire risque de sombrer dans le type de guerre brutale que ses voisins, le Liberia et la Sierra Leone, connaissent trop bien".
Parmi les abus commis depuis le 19 septembre, HRW a mentionné les exécutions perpétrées à la mi-octobre lorsque les forces loyalistes ont repris le contrôle de Daloa, une ville de l'ouest, brièvement occupée par les insurgés. "Des personnes vêtues de treillis ont tué plusieurs douzaines de civils (Ivoiriens musulmans, Maliens et Burkinabé) à Daloa, peu après que le Gouvernement ait repris le contrôle de la ville ". Et HRW d'ajouter: "Face aux récriminations internationales, le Gouvernement a ordonné une enquête au sujet des massacres ".
Human Rights Watch a invité le Gouvernement ivoirien à prendre immédiatement des mesures pour faire cesser les abus, en reconnaissant et en condamnant publiquement les exécutions illégales des "assaillants" présumés et des sympathisants de l'opposition, en fournissant une information détaillée à l'opinion publique sur les massacres ainsi qu'une indemnisation aux familles, et en facilitant l'accès des familles au système de justice pénale".
Action requise contre les contrevenants aux droits
Il faudrait également que le Gouvernement fasse des déclarations publiques stipulant que nul ne devrait être interpellé ou attaqué sur la base de son identité nationale, religieuse et ethnique, a ajouté HRW.
L'organisation a prié les autorités ivoiriennes de " suspendre de leurs fonctions, d'enquêter et de poursuivre, le cas échéant, tous les membres des forces de sécurité accusés d'exécutions, d'arrestations ou d'extorsions illégales ", et de veiller à ce que le système de justice pénale réponde effectivement aux plaintes dénonçant des abus, en "accordant une attention particulière au fait d'amener devant la justice les responsables des agressions motivées par la suspicion d'être des étrangers, des musulmans ou des originaires du nord ".
Human Rights Watch a invité le MPCI de s'assurer que tous ses combattants soient formés au respect des droits de l'homme de tous les civils et de traiter tous les captifs conformément au droit humanitaire international.
Le rapport intégral est disponible à l'adresse : http://www.hrw.org/reports/2002/cotedivoire/.
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