M. Bagosora et trois autres commandants en chef de l'ancienne armée rwandaise - le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, le major Aloys Ntabakuze et le général de brigade Gratien Kabiligi - sont tous accusés de génocide et de crimes contre l'humanité pour leur participation présumée aux massacres d'environ 800 000 Tutsis ethniques et Hutus modérés.
Cependant, ayant été baptisé par certains comme le "Milosevic du Rwanda", c'est sur M. Bagosora - poursuivi pour 12 chefs d'accusation, y compris le génocide, l'entente en vue de commettre le génocide et l'incitation publique à commettre le génocide, parmi d'autres crimes de guerre - que se porteront tous les regards.
A l'époque du génocide, M. Bagosora était directeur de cabinet au ministère de la défense. Selon l'acte d'accusation préparé par le procureur, M. Bagosora a "de facto" pris le contrôle des affaires militaires et politiques du Rwanda après l'attentat sur l'avion transportant l'ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.
Immédiatement après la mort de M. Habyarimana, des soldats et des miliciens ont érigé des barrages routiers à travers le Rwanda, et après avoir consulté les listes des "ennemis" déjà établies, ils se sont mis à tuer des Tutsis et des membres de l'opposition hutue.
Le parquet allègue que depuis la fin de 1990 jusqu'en 1994, M. Bagosora et ses coaccusés "se sont entendus avec d'autres pour élaborer un plan visant à exterminer la population civile tutsie et à éliminer les membres de l'opposition, afin de se maintenir au pouvoir".
Selon l'acte d'accusation, M. Bagosora a prôné l'abolition de la discussion politique et l'extermination de tous les Tutsis, comme la seule solution aux problèmes politiques du Rwanda en 1994 - quittant à un moment donné la table des négociations pour la paix à Arusha, affirmant qu'il retournait au Rwanda "pour préparer l'apocalypse".
M. Bagosora est inculpé d'avoir utilisé les bases logistiques de l'armée pour armer les Interahamwe - les milices hutues organisées pour appliquer le plan d'extermination - ainsi que d'avoir participé à l'élaboration des listes des personnes classifiées comme des ennemis.
Le porte-parole du TPIR, Kingsley Moghalu, a souligné l'importance de ce procès pour le peuple rwandais, mais aussi pour le tribunal puisqu'il permettra d'examiner en détail la question de la planification du génocide.
"M. Bagosora est accusé d'avoir été l'un des principaux instigateurs du génocide, par conséquent ce procès devrait permettre d'analyser en profondeur la façon dont le génocide a été effectivement planifié et exécuté au plus haut niveau de la hiérarchie politique et militaire", a-t-il confié mardi à IRIN.
Toutefois, à l'heure à laquelle le "procès militaire" tant attendu devait commencer, aucun des accusés n'était encore arrivé au tribunal, car les avocats de la défense se plaignaient du fait que leurs clients n'auraient pas de procès équitable tant qu'ils n'auraient pas reçu au préalable une copie des déclarations des témoins à charge, ont indiqué à IRIN des sources.
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