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La forte hausse des prix suscite l’inquiétude

Millet in the Diffa region is scarce and extremely expensive after the closure of Niger's border with Nigeria
(Jaspreet Kindra/IRIN)

Déjà touchées par la sécheresse, bon nombre de populations vulnérables des pays du Sahel pourraient avoir du mal à se nourrir après la forte hausse en avril des prix des céréales locales, comme le millet, le riz et le maïs, dans certaines régions du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad.

Les prix élevés des denrées alimentaires de base sont une des caractéristiques les plus alarmantes de la crise qui secoue actuellement le Sahel, selon le Réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS NET), mis au point par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Les prix devraient continuer à augmenter jusqu’à la fin du mois d’août – pendant la période de soudure – mais l’ampleur des dernières hausses enregistrées a surpris les experts des prix des denrées alimentaires et le personnel d’aide humanitaire.

À Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, le prix du millet produit localement était 85 pour cent plus élevé que la moyenne des cinq dernières années, et à Bamako, la capitale du Mali, il a plus que doublé, a dit Jean-Martin Bauer, responsable des systèmes de surveillance de la sécurité alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.

À Ouagadougou, un sac de 100 kg de millet coûte 26 000 francs CFA (49 dollars) en mai 2012 contre 15 000 francs CFA (28 dollars) en mai 2011, tandis qu’à Bamako, un sac de 100 kg de millet coûte 28 500 francs CFA (53 dollars) cette année contre seulement 14 000 francs CFA (26 dollars) il y a un an, selon les rapports mensuels de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Cette volatilité – les prix s’éloignent des augmentations historiques minimales ou maximales, comme cela a été le cas en avril – est un facteur aussi important à surveiller que l’augmentation régulière des niveaux, a dit Gary Eilerts, responsable des programmes de l’USAID pour FEWS NET. Les agences d’aide humanitaires indiquent que les populations les plus pauvres, celles qui ne possèdent ni terre, ni bétail et doivent acheter une grande partie de leur nourriture, sont les plus touchées.

Pourquoi le prix des céréales locales est-il si élevé ?

Les prix des denrées alimentaires de base demeurent très élevés dans le monde. En février 2011, ils ont atteint un sommet historique, en raison notamment de l’augmentation du prix des biocarburants, de l’impact de la spéculation et du prix du pétrole, avant de reculer de six pour cent en mars 2012.

Les experts se sont demandé pourquoi la tendance globale des prix avait affecté le millet et le sorgho – des céréales consommées dans la région du Sahel, mais pas à l’échelle planétaire.

Si chaque pays de la région du Sahel a sa propre dynamique de prix – les marchés maliens sont perturbés, notamment en raison des conflits et des déplacements – le Nigéria, qui répond à la moitié des besoins en céréales de l’Afrique de l’Ouest, offre bon nombre de réponses, a noté M. Bauer.

La croissance économique enregistrée par le Nigéria a entraîné une augmentation de la demande de céréales nationales destinées à l’alimentation humaine, à l’alimentation animale, à la production de bière et à d’autres usages, mais la forte augmentation de la production – le Mali et le Niger ont produit 5 millions de tonnes de ces céréales et d’autres variétés de céréales en 2010 – se révèle insuffisante pour répondre à la demande.

Le Ghana enregistre également une hausse des taux de consommation de ces variétés de céréales. Le pétrole est le moteur de cette économie en pleine expansion, mais le pays promeut aussi désormais le développement du secteur agro-industriel, y compris les grandes exploitations avicoles qui ont besoin de céréales pour nourrir les animaux.

L’écart de prix relevé entre le Niger et le Nigéria pour les céréales « est ce qu’il devrait être », a dit M. Bauer. Un kilo de millet coûte 222 francs CFA (45 cents) au marché aux céréales de Maradi, situé dans le sud du Niger, et 200 francs CFA (40 cents) au Nigéria, ce qui veut dire que les exportations sont acheminées normalement. Toutefois, la capacité du Nigéria à répondre à la demande dans la région du Sahel s’est affaiblie.

L’augmentation de 50 pour cent des prix du carburant en janvier 2012 a entraîné une augmentation du coût de transport des denrées alimentaires. Boko Haram – un groupe djihadiste qui a recours à la violence pour établir la loi islamique dans le nord du Nigéria – a forcé le gouvernement à fermer la frontière orientale, ce qui a provoqué un ralentissement de l’activité dans l’ouest du Tchad et au Niger. Toutefois, le Tchad, le nord du Cameroun et le Niger s’approvisionnent toujours auprès des mêmes fournisseurs.

Tendance des prix des céréales dans les pays du Sahel
En octobre 2011, les prix étaient plus élevés que les prix saisonniers suite à des récoltes tardives et à une demande particulièrement élevée, et les négociateurs – anticipant un problème – ont acheté de grandes quantités de céréales ensuite vendues aux gouvernements et aux agences d’aide humanitaire, selon FEWS NET.

Dans une grande partie du Mali et du Burkina Faso, les prix ont enregistré une augmentation mensuelle depuis octobre 2011, à l’exception d’un bref fléchissement en janvier 2012, indique Jean-Martin Bauer, le responsable des Systèmes de surveillance de la sécurité alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.

Au Niger, la tendance était différente : de fortes hausses ont été enregistrées en novembre et décembre 2011 avant un bref fléchissement en janvier 2012, et une légère augmentation en février et en mars. Le Tchad a connu une relative stabilité des prix au début de l’année 2012 après de fortes augmentations en 2011.

« La demande s’accroît chaque jour, tandis que le Sahel voit ses provisions s’amenuiser à l’approche de la saison maigre », a dit M. Bauer.

Combler l’écart

La dynamique est inhabituelle. Le prix des céréales importées est traditionnellement beaucoup plus élevé que celui des céréales locales, mais l’écart « est vraiment en train de se combler », a dit M. Bauer. Par exemple, le riz importé coûte en général deux fois plus cher environ que le millet produit localement – comme cela a été le cas en mai 2011 – mais aujourd’hui, un sac de 50 kg de millet se vend 28 500 francs CFA (54 dollars) à Bamako, tandis qu’un sac de riz importé coûte 35 000 francs CFA (66 dollars), et un sac de 50 kg de riz produit localement coûte 42 500 francs CFA (81 dollars).

M. Eilert de FEWS NET a dit que l’augmentation rapide des prix en avril pouvait également être liée au fait que les négociateurs pensent que les institutions (gouvernements, agences d’aide humanitaire) sont toujours intéressées par l’achat de grandes quantités de céréales, mais « les pluies risquent d’arriver, ce qui entraînera une baisse des prix », a-t-il dit.

Achats prudents

FEWS NET prévient que dans ce contexte, « l’approvisionnement local et régional [par les agences d’aide humanitaire] devrait être prudent ». Les gouvernements sont de loin les plus grands acheteurs de céréales en Afrique de l’Ouest, mais le PAM, un acheteur important, prend garde à n’acheter que des céréales hors marché provenant des stocks nationaux du Nigéria afin de limiter les risques pour les marchés locaux.

Plutôt que d’acheter des céréales pour les distribuer, le PAM a décidé de renforcer ses distributions d’argent et de coupons au Niger, au Mali, au Sénégal, dans le nord du Cameroun et au Burkina Faso. Les montants donnés ne seront pas suffisants pour faire face à la montée des prix, mais un petit stock de sécurité est constitué pour absorber certaines des augmentations de prix mensuelles anticipées pendant la saison maigre, a dit Margie Rehm, responsable du programme « cash-for-change » du PAM. Le PAM a calculé qu’un foyer nigérien recevrait l’équivalent de 32 500 francs CFA (62 dollars) par mois sous forme de coupons, et qu’un foyer malien recevrait entre 25 000 et 36 000 francs CFA (entre 47 et 68 dollars) par mois en fonction de son lieu de résidence.

Interventions sur le marché

Nombre d’agences, y compris l’organisation non gouvernementale (ONG) internationale Oxfam, indiquent que si les conditions de marché sont adéquates, les coupons peuvent constituer un mécanisme de protection sociale important pour les foyers pauvres. Plusieurs autres personnes interrogées ont dit que les mesures moins ciblées – comme les subventions ou les taxes réduites sur les céréales que le gouvernement met en place pour essayer de contrôler les prix – sont coûteuses et inefficaces, car les personnes aisées en bénéficient également.

Le Mali a baissé les taxes sur le riz importé. Le Niger, le Tchad et la Mauritanie ont mis à disposition des denrées subventionnées. Le nouveau gouvernement sénégalais essaye de faire baisser les prix des céréales en concertation avec les importateurs, les distributeurs et les groupes de consommateurs. Le Burkina Faso a essayé de financer certains négociateurs chargés de vendre des céréales de base à prix réduits, mais ces derniers n’ont pas respecté le contrat passé et le gouvernement a désormais pour objectif d’ouvrir des commerces dans 182 communes pour vendre des sacs de 25 kg de riz au prix de 14 dollars.

Ces mesures temporaires qui visent à contrôler les coûts « ont un rôle à jouer », mais elles ont toujours été « très difficiles à mettre en place – les subventions ont rarement du succès en Afrique de l’Ouest – elles aggravent parfois la situation » a dit un expert des prix des denrées alimentaires.

Les gouvernements du Mali et du Burkina Faso ont également interdit les exportations de céréales, mais le blocage des frontières est rarement efficace, a dit M. Eilerts. « Les gens font tout ce qu’ils peuvent, ils payent davantage pour les contourner ; les fermiers confrontés à la fermeture des marchés risquent de perdre toute envie de produire, ce qui entraînera une réduction de la production », et pourra avoir un effet inverse à l’effet escompté, a-t-il dit à IRIN.

Confrontés au manque chronique de nourriture et à la malnutrition dans le Sahel, les gouvernements doivent mettre en place des filets de sécurité qui seront efficaces à long terme et qui pourront être améliorés en cas d’urgence, ont dit plusieurs personnes interrogées par IRIN. « Si des mesures sont mises en place avant l’arrivée de la sécheresse, alors les gouvernements devraient être capables de réagir », a dit M. Bauer.

Les efforts d’aide aux pays du Sahel permettent de sauver des millions de vies, mais l’aide « demeure insuffisante et ne nous permet pas vraiment de réduire l’insécurité alimentaire dans le nord du Mali, dans certaines région du Burkina Faso et dans l’ouest du Niger », a dit FEWS NET dans son compte-rendu de mai.

« Nous pouvons faire davantage pour éviter que la situation ne devienne catastrophique », a dit Valérie Amos, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d'urgence, lors d’une conférence de presse à Dakar, capitale du Sénégal, le 24 mai. « Nous avons besoin d’un leadership fort, d’un plan de réponse global dans chaque pays affecté, d’une action coordonnée et rapide et de la générosité continue de la communauté régionale et internationale ».

Environ 715 millions de dollars sur le milliard de dollars nécessaire au financement de l’aide alimentaire et nutritionnelle dans la région du Sahel ont été engagés, selon l’analyse publiée le 18 mai par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qui estime que les secteurs non alimentaires tels que la santé, l’eau, l’éducation et la protection font passer les besoins à au moins 1,5 milliard de dollars.

L’agriculture, le bétail et les secteurs non alimentaires restent sévèrement sous-financés. Dans l’appel d’urgence pour le Tchad, le secteur de l’éducation n’a reçu que 6 pour cent des fonds demandés, les secteurs de l’eau et de l’assainissement seulement 8 pour cent, tandis que dans l’appel pour le Niger, le secteur de l’éducation n’a pas reçu les fonds demandés, et les secteurs de l’eau et de l’assainissement ont reçu 18 pour cent des fonds demandés, selon OCHA.

« Il faut une réponse intégrée », a dit Mme Amos à IRIN. « Le secteur de la santé est particulièrement important, les secteurs de l’eau et de l’assainissement sont cruciaux, et il faut voir au-delà des efforts d’urgence immédiats pour soutenir les moyens de subsistance des populations à long terme ».

aj/bo/he-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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