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Oxfam tire la sonnette d’alarme sur le manque de fonds

Lactib, a pastoralist in northern Mali who says his animals are small and weak because of poor rainfalls
(Nicholas Reader/IRIN)

Le gouvernement et quelques organisations non gouvernementales (ONG) disent manquer de fonds pour pouvoir déployer comme il le faudrait leur intervention d’urgence, afin de pourvoir aux besoins de 629 000 personnes menacées par l’insécurité alimentaire dans plusieurs régions de l’ouest, du nord et du nord-est du Mali.



Le gouvernement a besoin de 59 millions de dollars supplémentaires, en plus des 69 millions de dollars déjà promis, pour mettre en œuvre son intervention, selon Lansry Nana Yaya Haidara, commissaire à la sécurité alimentaire.



Oxfam doit récolter 4,5 millions de dollars pour mettre en œuvre son projet de distribution alimentaire aux familles les plus pauvres de Gao et des alentours, dans le nord-est du Mali, et déstocker 6 000 moutons et chèvres, a expliqué à IRIN Abdoul Kadri, directeur des services de sécurité alimentaire de l’organisme.



Les populations les plus menacées sont les 258 000 habitants des 23 communes de Kayes dans l’ouest, de Tombouctou, dans le centre-nord, et de Gao et Kidal dans le nord et le nord-est, selon l’enquête gouvernementale la plus récente.



Les pluies sont tombées tard en 2009 - en juillet - et de manière erratique dans l’ensemble du pays, entraînant des récoltes inégales. En novembre, des précipitations inattendues ont également détruit certaines réserves de céréales, selon l’état des lieux du gouvernement. Aujourd’hui, les éleveurs se déplacent en masse vers le sud en quête de pâturages pour leurs troupeaux, laissant les femmes, les enfants et quelques bêtes derrière eux, dans le nord.



Situation « critique » à Gao



« La situation est tout à fait critique à Gao », a dit à IRIN Abdoul Kadri, responsable de la sécurité alimentaire à Oxfam. « Il y a trop peu d’acteurs prêts à intervenir, ici… Le gouvernement compte sur les ONG pour intervenir dans le nord, mais nous ne sommes pas assez nombreux, ici », a-t-il ajouté.



Les prix des céréales ont augmenté de 45 pour cent depuis deux ans, selon Moussa, enseignant à Bamako, et à Kidal, le prix du bétail a diminué de 61 dollars à la fin de l’année dernière à seulement 10 dollars aujourd’hui, d’après Rousmane Ag Assilaken, directeur de l’ONG locale Azhar.



Environ 6,6 millions de têtes de bétail risquent de mourir, selon Mary Diallo, directrice du système malien d’alerte précoce.



On compte, parmi les organisations humanitaires opérant dans le nord du pays, le Programme alimentaire mondial (PAM), qui intervient via les autorités locales, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Oxfam, Action contre la faim et Save the children, qui opèrent essentiellement par le biais d’ONG locales, telles que la Croix-Rouge malienne.



« Les bailleurs semblent attendre qu'une urgence éclate ici… mais nous devons prévenir cette situation d’urgence. Nous devons agir dès maintenant », a dit à IRIN M. Kadri, représentant d’Oxfam. « Si nous n’agissons pas, nous risquons la catastrophe ».



Mais tous les organismes ne manquent pas de fonds. Saadatou Malam Barmou, directrice de communication du CICR pour le Niger et le Mali, a dit à IRIN que l’organisme disposait de fonds suffisants pour poursuivre les distributions alimentaires, soutenir les banques de céréales communautaires dans le nord du Mali et commencer à déstocker environ 20 000 animaux au cours des prochaines semaines. Quant à l’UNICEF, il a déjà récolté les 11,5 millions de dollars nécessaires pour soigner 83 000 enfants atteints de malnutrition dans le nord, selon Martin Dawes, porte-parole.



Environ 38 pour cent des enfants maliens de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique ou présentent un retard de croissance, et environ 15 pour cent sont « émaciés » par la malnutrition aiguë, d’après les statistiques de l’UNICEF.



Les bailleurs de fonds



La Commission européenne (EC), premier bailleur du Mali, lutte depuis plusieurs années contre l’insécurité alimentaire chronique et les problèmes de malnutrition dans le cadre d’un programme doté d’un budget de 21 millions de dollars.



ECHO, l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne, consacrera entre 2,6 et quatre millions de dollars à la lutte contre la malnutrition dans le nord, a dit à IRIN Cyprien Fabre, directeur régional de l’organisme, bien que la somme exacte ne soit pas encore connue. « Nous allons nous focaliser sur les populations restées dans le nord, pour nous assurer que leurs besoins nutritionnels soient satisfaits », a-t-il dit.



Tout en reconnaissant que la situation de sécurité alimentaire est « critique », M. Fabre a expliqué que le gouvernement était mieux en mesure de réagir que d’autres autorités du Sahel. « Beaucoup de projets de sécurité alimentaire sont déjà menés sur place ; le gouvernement a commencé à intervenir ; et la population est habituée à faire face à l’insécurité alimentaire répétée dans ces régions », a-t-il indiqué.



En outre, des réserves importantes de céréales ont été constituées dans l’ensemble du pays. Il s’agit à présent de les acheminer d’un point A à un point B, a-t-il fait remarquer.



Lansry Nana Yaya Haidara, commissaire à la sécurité alimentaire, a indiqué que le gouvernement disposait de 35 000 tonnes de céréales dans les banques de céréales et les réserves d’urgence du pays ; le PAM dispose également de réserves d’urgence supplémentaires, selon Alice Martin Daihirou, directrice du PAM au Mali.



Se préparer



Le gouvernement prévoit de déstocker des milliers de têtes de bétail ; et de distribuer 7 000 tonnes de vivres à Gao et Kidal, a dit Modibo Sidibé, le Premier ministre, à la presse, la semaine dernière. A ce jour, 2 000 tonnes de riz et 1 000 tonnes de fourrage ont été distribuées.



Le riz est subventionné depuis que la crise du prix des vivres a touché le Mali en 2008, mais le gouvernement prévoit, cette année, de subventionner également le mil et le sorgo.



L’unité gouvernementale de sécurité alimentaire, le PAM, l’UNICEF et les ONG se réunissent régulièrement pour planifier leur intervention.



Environ 1,5 million de dollars de fonds d’urgence ont été versés par le Fonds central de réserve d’urgence du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à l’UNICEF, au PAM et à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) afin de les aider à se préparer rapidement.



Le PAM doublera son programme de cantines scolaires dans les régions touchées, pour offrir désormais deux repas par jour aux écoliers, et procèdera à des distributions généralisées de produits alimentaires en faveur des enfants de moins de deux ans.



Les organisations humanitaires ont pour objectifs prioritaires de réhabiliter les points d’eau actuels et d’en construire de nouveaux ; de veiller à la nutrition des enfants de moins de cinq ans, un domaine dans lequel l’UNICEF poursuivra ses efforts ; et de fournir du fourrage pour le bétail, planche de salut des éleveurs.



« Pour l’instant, la réponse est appropriée : le gouvernement agit déjà. Si nous devons développer collectivement notre intervention, nous le ferons », a dit Mme Daihirou à IRIN.



M. Kadri d’Oxfam s’inquiète néanmoins de constater que l’urgence de la situation n’a pas été bien comprise. « Les éleveurs du nord subissent une pression énorme. Nous devons agir rapidement pour les aider à faire face à cette situation ».



sd/aj/cb/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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