Après des années de conflit marquées par le recours massif à la violence sexuelle comme arme de guerre, le processus de démobilisation et de réintégration des ex-combattants en République démocratique du Congo (RDC) pouvait difficilement faire l’économie d’un programme de lutte contre le VIH/SIDA.
Pour mettre fin aux affrontements qui ont fait, directement ou indirectement, entre trois et quatre millions de victimes, des centaines de milliers de déplacés et impliqué cinq armées étrangères, l’armée congolaise et de nombreuses milices, un accord de paix a été signé fin 2002, suivi un an et demi plus tard du lancement officiel du programme national de Désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants (DDR).
Selon la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (Conader), l’organisme étatique chargé de cette opération financée par la Banque mondiale et de nombreuses coopérations bilatérales, quelque 150 000 ex-combattants, dont des milliers d’enfants, sont concernés par ce processus.
Beaucoup d’ex-combattants sont issus des forces armées ou de sécurité et se sont rendus coupables d’exactions, dont des viols, ou ont été exposés, de par leur mode de vie, au risque d’infection au VIH.
Officiellement, les taux de prévalence du VIH dans les forces armées congolaises et les forces de sécurité en général ne sont pas connus, mais ils varieraient entre 30 et 60 pour cent, selon les sources.
Par ailleurs, d’après le Programme national de lutte contre le sida, 20 pour cent des victimes de viol ont été infectées au VIH.
Conscients de cette réalité, les autorités en charge du processus de DDR et leurs partenaires ont inclus un volet VIH/SIDA dans le programme.
«La sensibilisation se fait en amont comme en aval, lorsque l’ex-combattant est encore dans son milieu, dans sa garnison, on l’informe sur l’épidémie, en lui parlant du dépistage, du préservatif, des antirétroviraux [ARV]», a expliqué Jibrill Kasongo, assistant en réinsertion de la Conader à Lubumbashi, dans la province du Katanga, dans le sud-est du pays.
Au moment où le combattant intègre le programme DDR, le test volontaire du dépistage du VIH lui est proposé, puis «dans le kit de sortie donné à chaque ex-combattant avant son retour à la vie civile ou son départ vers les centres de brassage, pour ceux qui ont choisi de rester dans l’armée, il y a des préservatifs», a-t-il ajouté.
Le programme DDR, soutenu par de nombreux partenaires, notamment les Forces armées congolaises (FARDC), la mission des Nations unies au Congo (MONUC), ainsi que d’autres agences des Nations unies et des ONG, concerne également les enfants associés aux groupes armés, et ils sont nombreux.
Mafundi Pasy est l’un d’entre eux. Enlevé en 1997, à l’âge de neuf ans, par les FARDC dans son village de la province de Bandundu, à l’est de Kinshasa, la capitale, il a participé aux combats pour la prise du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila et reconnaît avoir commis de nombreuses exactions.
«On nous a dit qu’il fallait progresser vers Kinshasa pour récupérer le pays et que pour ça, tous les moyens étaient permis, alors on a pillé, on a fait beaucoup de violences», a-t-il raconté, ajoutant qu’il «regrette d’avoir tué tant de gens pour rien.»
Mafundi fait partie des enfants qui ont pu profiter du programme de DDR et de la sensibilisation au VIH. Après avoir suivi une formation, il travaille depuis peu dans une entreprise de menuiserie de Lubumbashi, où il a choisi de rester.
Pour des combattants habitués à utiliser la force, et en particulier pour les enfants enrôlés très jeunes dans les groupes armés, une information sur le VIH/SIDA seule n’est pas toujours suffisante : une sensibilisation beaucoup plus large à la question des violences, notamment sexuelles, est nécessaire, ont constaté les partenaires de la Conader.
«Ces enfants ont vécu dans des environnements où la violence est le principal mode d’expression», a expliqué Mushayuma Bony, chargé de la protection au Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), l’un des principaux partenaires du DDR, au Katanga. «Certains ont des problèmes de toxicomanie, d’alcoolisme, ils ont une activité sexuelle assez désordonnée. Il y a des problèmes de bagarres, de tentatives de viol même».
Malgré les efforts déployés par les autorités et leurs partenaires pour sortir les enfants des groupes armés, il y en aurait encore beaucoup, y compris dans les forces régulières. Un constat encore plus vrai pour les filles.
«Les filles sont la catégorie invisible, elles sont très difficiles à atteindre : quand on va dans les unités de combattants, les chefs les cachent», a dit M. Bony.
Utilisées comme esclaves sexuelles, puis, pour certaines, devenues épouses des combattants et mères de leurs enfants, ces filles sont particulièrement exposées au VIH.
«Les chefs de troupes ne voient pas d’un bon oeil qu’elles s’en aillent», a constaté M. Bony. «Elles servent à ‘l’équilibre psychologique’ des combattants, mais je pense aussi que c’est parce qu’elles les ont vu agir, elles ont recueilli leurs confidences, ils ont peur qu’elles parlent».
Fin novembre 2005, soit environ un an après le début effectif du programme DDR, près de 28 000 ex-combattants adultes, ainsi que 16 600 enfants, dont 2 600 filles, ont été démobilisés. Le nombre de ceux qui ont accepté le test de dépistage du VIH n’est officiellement pas connu, selon la Conader.
Mais pour ceux qui ont accepté le test de dépistage du VIH et ont découvert à cette occasion qu’ils étaient infectés au VIH, un suivi est prévu, a dit M. Kasongo, de la Conader.
«Nous [la Conader] servons simplement de couloir de sortie des groupes armés vers les communautés où les ex-combattants ont choisi de s’installer, donc nous ne faisons pas de prise en charge aux ARV [antirétroviraux]», a dit M. Kasongo. «Mais nous transmettons le dossier médical au centre de santé du district sanitaire où il retourne pour lui permettre d’être suivi, et éventuellement d’avoir accès aux ARV».
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