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La terre promise ne se trouve pas après la frontière

[South Africa] Sex-worker. IRIN
Street-based sex work more risky under existing laws
A 34 ans, Sonia revient de loin. Mère de jumeaux âgés de neuf mois, cette jeune femme séropositive, partie pleine d’espoir il y a trois ans chercher du travail en Afrique du Sud, a cru qu’elle ne reverrait jamais son pays. Son cauchemar a commencé lorsqu’on lui a proposé de travailler comme domestique chez une amie de sa sœur qui habitait en Afrique du Sud – une occasion que cette Mozambicaine sans emploi s’est empressée de saisir. Elle devait gagner 1 000 rands (166 dollars) par mois, une coquette somme pour une personne qui n’est pas allée au lycée et qui provient d’un pays où le salaire moyen s’élève à 1,2 millions de méticais (48 dollars). Elle n’avait ni passeport ni permis de travail, mais «ils m’avaient dit qu’ils s’occuperaient de tout», a-t-elle expliqué. «Un Mozambicain m’a indiqué où on allait venir me chercher, je n’avais donc qu’à attendre au bord de la route.» A proximité de la frontière sud-africaine, à environ 19 heures, «un homme est arrivé et nous sommes allés en direction de la colline, à travers la brousse.» «J’avais peur, mais que pouvais-je bien faire ?», a-t-elle poursuivi. «J’étais terrifiée quand les chiens se sont mis à nous aboyer dessus, puis on s’est fait arrêtés par la police sud-africaine. Mais l’homme a donné de l’argent aux policiers et on a pu repartir.» Une fois arrivée en bus à Johannesburg, la capitale commerciale sud-africaine, elle commence à travailler, comme prévu, chez l’amie de sa sœur, une Mozambicaine mère d’un garçon de 11 ans. Mais le salaire qu’elle reçoit ne correspond pas à celui convenu. Elle finit par s’enfuir bien, toujours sans passeport. Afin de joindre les deux bouts, Sonia rejoint alors un groupe de professionnelles du sexe. «J’ai fait ça juste pour pouvoir survivre», a-t-elle expliqué. Sans papiers officiels, illégale sur le territoire, elle est extrêmement vulnérable. Lorsqu’elle se fait violer par quatre hommes, elle ne peut donc même pas aller porter plainte à la police. C’est un groupe religieux qui aide Sonia, enceinte et très malade. A l’hôpital, elle apprend qu’elle est séropositive. «Je leur ai dit que je voulais juste rentrer à la maison», a-t-elle raconté. Le groupe prend contact avec l’Organisation internationale pour les migrations: c’est cette dernière qui s’est occupée du rapatriement de Sonia. Cela va faire un an que Sonia est de retour au Mozambique, où elle vend du poisson et des glaces à emporter. Ses jumeaux, un garçon et une fille pèsent à peine cinq kilos et perdent du poids. Sonia, qui vient juste de rentrer de l’hôpital, est très inquiète: «Je ne veux pas trop y penser.» Comme Sonia, de nombreuse femmes et jeunes filles mozambicaines tombent entre les mains des passeurs, car elles sont pauvres et peu éduquées, et pensent qu’elles peuvent mener une vie décente en Afrique du Sud, un pays riche. C’est rarement le cas mais les passeurs alimentent le trafic d’êtres humains, qui consiste en l’exploitation sexuelle ou professionnelle de personnes détenues comme esclaves. Des campagnes contre le trafic d’êtres humains sont régulièrement menées par Rede Came, une ONG locale créée pour aider les victimes de trafic et de sévices sexuels à surmonter leurs traumatismes, et d’autres agences, comme la Fédération Internationale Terres des Hommes ou Save the Children. Mais en dépit de ces opérations de sensibilisation, aucune loi n’a été votée afin d’interdire cette pratique au Mozambique : il est par conséquent difficile d’entamer des démarches juridiques contre les passeurs. En 2004, selon Carlos Manjate, coordinateur de Rede Came, la police a enregistré 237 cas de trafic d’enfants. «C’est la partie émergée de l’iceberg», a-t-il commenté. «La plupart des cas n’est pas répertoriée et les auteurs de ces crimes ne sont généralement pas poursuivis.» Cette année, deux passeurs ont été arrêtés pour avoir essayé de faire venir en Afrique du Sud 43 Mozambicains en provenance des régions rurales des provinces centrales de Sofala et de Manica. «Ce sont des régions très pauvres, où sévit la sécheresse», a expliqué Carlos Manjate. Une grande partie des migrants illégaux en Afrique du Sud est d’origine mozambicaine. Les personnes arrêtées par la police sont placées en détention dans le centre Lindela, situé en dehors de Johannesburg, avant d’être renvoyées à la frontière dans un train scellé. La plupart de ces personnes essaient plusieurs fois de passer la frontière, tout en connaissant les risques d’exploitation qui les attentent une fois arrivés en Afrique du Sud. Sonia, elle, a retrouvé l’espoir depuis qu’elle est rentrée. Rede Came lui a construit une maison de deux pièces en briques dans la banlieue de Maputo. Il n’y a pas l’eau mais une fois que l’électricité sera installée, Sonia pourra travailler chez elle. «Je veux oublier le passé, aujourd’hui je veux essayer d’améliorer ma vie», a-t-elle affirmé en regardant avec fierté son nouveau domicile.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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