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Le combat de l’Amérique latine contre la « guerre urbaine »

Policeman in Colombia with rifle Colombian National Police/IRIN
La semaine dernière, alors que les dirigeants politiques et du monde des affaires se réunissaient au Forum économique mondial sur l’Amérique latine, au milieu des palmiers de la Riviera Maya, au Mexique, la police militaire était occupée à défendre la deuxième ville du pays face à un gang de trafiquants de drogue qui venait d’abattre un hélicoptère de l’armée à l’aide d’une roquette.

Outre cette attaque au lance-roquette sans précédent, le cartel de Jalisco nouvelle génération, qui n’existe que depuis cinq ans, a tué 15 personnes, dont un agent de la fonction publique et six soldats, et mis le feu à onze banques et cinq stations-essence de la région de Guadalajara.

Vues depuis le forum économique mondial, qui s’est tenu de mercredi à vendredi dans une station balnéaire protégée et privilégiée de la côte caribéenne du Mexique, le problème des villes latino-américaines gangrénées par le crime pouvait sembler bien distant.

« L’impact et les conséquences ne sont pas différents de ceux d’un conflit de grande ampleur. »
Il est cependant difficile pour les dirigeants latino-américains d’ignorer cette question dans un tel contexte de croissance urbaine sans pareil et de nouvelles difficultés associées à la violence endémique qui sévit dans ces métropoles en pleine modernisation.

Voir : La nouvelle expression à la mode dans les cercles humanitaires

Plusieurs séminaires et ateliers du forum ont analysé les problèmes, étroitement liés, de la corruption dans les milieux politiques et du crime en Amérique latine. Des intervenants issus de grandes organisations humanitaires internationales et de groupes de défense des droits de l’homme ont participé aux débats et souligné le rôle croissant joué par les humanitaires dans la région.

Lors d’une session sur le rétablissement de la confiance de la population envers les institutions, le secrétaire général d’Amnesty International, Salil Shetty, a dit au public que la région comptait les villes les plus violentes du monde, mais que seulement 24 pour cent des meurtres débouchaient sur une condamnation.

« De mon point de vue, les villes d’Amérique latine sont dans un état permanent de guerre de faible intensité », a dit M. Shetty à IRIN en marge de l’évènement. « L’impact et les conséquences ne sont pas différents de ceux d’un conflit de grande ampleur. »

M. Shetty a également critiqué la répression musclée des manifestations de masse par les gouvernements, ce qui, selon lui, contribue à la violence urbaine.

« Les forces de police et de sécurité ne savent pas comment réagir à la multiplication des manifestations », a-t-il dit lors d’un débat et faisant référence aux récentes manifestations qui on eu lieu dans des pays comme le Brésil, le Mexique et le Vénézuéla. « Elles ont l’habitude d’avoir affaire à des gangs de trafiquants [les cartels de la drogue latino-américains], et elles réagissent presque de la même manière. »

Signe de l’intérêt croissant pour la violence urbaine en Amérique latine, Amnesty International a ouvert un bureau régional à Mexico début mai et prévoit également de s’installer à Lima, au Pérou.

La cause des jeunes

« Le Mexique est stigmatisé par les questions de crime, d’insécurité et de narcotrafic », a dit le président mexicain, Enrique Peña Nieto, dans le cadre du forum. Il a souligné que la moitié de la population avait moins de 27 ans et que le chômage de masse et les fortes inégalités incitaient les jeunes à intégrer des gangs criminels et à commettre des crimes violents.

Dans une autre discussion du forum relative à la résilience urbaine, le maire de Mexico, Miguel Ángel Mancera Espinosa, a souligné l’importance pour les groupes de la société civile de faire participer les jeunes à des programmes éducatifs et à des activités sportives.

« Les jeunes n’ont pas autant de patience que les générations plus âgées, alors ils ont davantage de colère et d’attentes », a remarqué M. Shetty.

La question de l’espace public

Aníbal Gaviria, maire de Medellín, la deuxième ville de Colombie, a expliqué lors du Forum à quel point la réappropriation de l’espace public par la création de parcs et la modernisation du système de transport avait changé les choses dans ce qui était autrefois l’une des principales plaques tournantes du trafic de drogue en Amérique latine.

Depuis vingt ans, Medellín, qui était la ville du baron de la drogue Pablo Escobar, a fait des progrès de taille en matière de sécurité publique. Le taux d’homicide a ainsi chuté de près de 80 pour cent. M. Gaviria a attribué ce succès aux investissements dans l’intégration de la périphérie, plus pauvre, au centre, plus aisé.

En 2004, Medellín a installé le premier système de transport en commun urbain par câble, appelé metrocable, dans le but de permettre aux habitants pauvres des bidonvilles des collines qui surplombent la ville de se rendre à l’école et au travail dans le centre-ville sans avoir à emprunter de longs itinéraires traversant des territoires contrôlés par les gangs. Un nouveau système de tramway devrait également être installé en septembre.

« En Amérique latine, l’un des principaux problèmes est l’inégalité. Pour y remédier, nous avons cherché à promouvoir l’égalité dans les espaces publics », a expliqué M. Gaviria. « Le nouveau réseau de transport de Medellín est sûr et peu coûteux et nous avons rétabli l’ordre dans des zones très éloignées. »

Intégrer les nouvelles technologies

Le rôle des nouvelles technologies est souvent revenu dans les débats du forum. Plusieurs intervenants ont souligné comment l’utilisation des réseaux sociaux et des applications internet pouvait à la fois favoriser les crimes violents et aider à les combattre.

Un participant a cité la multiplication des enlèvements à l’aide de Facebook au Vénézuéla. Les auteurs utilisent le réseau social pour localiser leurs victimes, mais aussi pour faire part de leurs demandes de rançon aux membres de leur famille.

D’autres ont vanté l’utilisation des technologies pour lutter contre l’insécurité grâce à la collecte de données sur les activités criminelles et à la cartographie des zones sensibles.

Robert Muggah, de l’institut Igarapé, a annoncé le lancement de l’Homicide Monitor, une nouvelle application internet conçue pour inventorier les meurtres commis à travers le monde.

 Voir : Au-delà du nombre de morts : l’intérêt humanitaire des taux d’homicides 

Les défis à venir

À mesure que les organisations internationales multiplient leurs actions pour lutter contre les conflits urbains en Amérique latine, de nouvelles difficultés font cependant leur apparition.
Les gouvernements ont tendance à se méfier des groupes de la société civile et réciproquement, a dit Duncan Wood, directeur du Mexico Institute du Woodrow Wilson Center. « L’un des plus grands obstacles pour faire travailler ces institutions ensemble c’est le niveau de confiance », a dit M. Wood à IRIN. « C’est une relation très conflictuelle ».

« La société civile va jouer un grand rôle, y compris les organisations humanitaires et les universités. »
Selon M. Wood, la hausse de la violence urbaine dans certains des principaux centres économiques de la région nécessite de développer la coordination entre les différents acteurs. La crise de Guadalajara constituerait une sorte de test décisif.

« Guadalajara sera un test très intéressant de la capacité de la société mexicaine à se rétablir après une flambée de violence, » a dit M. Wood. Il a en outre remarqué que d’autres villes pauvres et sujettes aux violences de l’ouest du Mexique et le long de la frontière avec les États-Unis avaient moins d’avantages économiques.

« Il va falloir des mesures fortes de la part des autorités fédérales et une grande coordination entre les différents niveaux de gouvernement pour que Guadalajara se remette sur ses pieds, mais la société civile va jouer un grand rôle, y compris les organisations humanitaires et les universités. »

as/ag-ld/amz 

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