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Inquiétante aggravation de la crise humanitaire

An elderly IDP holds his voting card in Haradh District, north Yemen. Some 70 families are reported to have fled to Haradh due to clashes between Houthis and Salafis Adel Yahya/IRIN
Une importante crise humanitaire menace le Yémen. Pour l’éviter, il faudrait que les organisations d’aide humanitaire accroissent rapidement leur capacité d’intervention et que les bailleurs de fonds – y compris les riches pays voisins – apportent les financements indispensables pour contenir la malnutrition, les maladies et la pauvreté qui ne cessent d’augmenter.

« La crise humanitaire au Yémen a atteint un tel niveau qu’elle touche des millions de personnes. Elle affecte non seulement des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP), des réfugiés et des migrants, mais aussi des familles yéménites ordinaires de toutes les régions », ont dit des acteurs humanitaires internationaux, dont des agences des Nations Unies, la Ligue des États arabes et l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), dans une déclaration commune faite à la suite d’une réunion organisée au Caire, la capitale égyptienne, le 6 mai dernier.

Au cours des deux derniers mois, deux nouveaux conflits ont forcé près de 95 000 personnes à quitter leur maison. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), environ 56 000 personnes (soit 8 000 familles) ont dû fuir le gouvernorat d’Abyan, dans le sud du pays, depuis la mi-février. Dans le Nord, on estime que 38 000 personnes (5 500 familles) ont été déplacées dans le seul gouvernorat de Hajjah.

« Il est essentiel de répondre aux besoins humanitaires de ces familles pour rétablir la stabilité au Yémen et éviter que la situation ne se détériore », soulignait la déclaration.

Raul Rosende, responsable de l’OCHA au Yémen, a dit à IRIN : « En 2011, la situation humanitaire était mauvaise au Yémen. En 2012, les choses ont empiré. Les principaux indicateurs se sont détériorés et c’est pour cette raison que nous devons améliorer notre réponse humanitaire. »

Selon l’OCHA, environ 44 pour cent de la population yéménite – soit plus de dix millions de personnes – est en situation d’insécurité alimentaire. Cinq millions d’entre eux ne peuvent pas produire ou acheter suffisamment de nourriture. Dans le gouvernorat de Beida, plus de 60 pour cent de la population vit dans l’insécurité alimentaire.

Sonnette d’alarme

Les travailleurs humanitaires attribuent en partie cette situation à l’insécurité ambiante. Plus de 900 écoles ont fermé et un grand nombre d’enfants sont rendus vulnérables aux maladies comme la diarrhée, le choléra, la polio et la rougeole en raison des dégâts causés aux infrastructures de santé et de la pénurie de vaccins et de médicaments.

« Il s’agit d’une crise humanitaire majeure », a dit Lubna Alaman, directrice nationale du Programme alimentaire mondial (PAM). « Nous ne voulons pas voir ces enfants mourir. »

La plupart des familles récemment déplacées ont dû quitter leur maison de manière précipitée lorsque les affrontements se sont rapprochés de leur communauté. « Il est probable que ces 13 500 nouvelles PDIP... ne rentrent pas chez elles avant longtemps, peut-être même des années », a déclaré l’OCHA.

« Il est grand temps que les riches voisins du Yémen se manifestent et apportent leur contribution. S’ils ne le font pas, la crise humanitaire pourrait aggraver l’instabilité politique »
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les combats entre les forces gouvernementales et les militants d’Ansar Al Sharia se sont intensifiés à Abyan. Récemment, des affrontements ont fait des centaines de blessés à Lawdar (Abyan) et déclenché une nouvelle vague de déplacements. À Khanfar, les habitants quittent leur maison par crainte de nouvelles violences.

« L’insécurité actuelle a entravé notre accès à certaines zones, principalement à Abyan, et rendu notre travail plus difficile », a dit Yehia Khalil, chef de la sous-délégation du CICR à Aden, le 3 mai. « Des combats intenses ont ralenti la distribution d’aide humanitaire à Abyan. La situation à Lawdar nous préoccupe et nous espérons y avoir bientôt accès afin de répondre aux besoins humanitaires. »

Le rôle de la société civile

Lors de la réunion du Caire, les acteurs humanitaires ont appelé la société civile yéménite à participer activement au programme de développement humanitaire. Mais les militants de la société civile ont dit qu’ils avaient été largement ignorés par les bailleurs de fonds internationaux et les organisations humanitaires.

« Ces organisations préfèrent avoir directement à faire avec les bénéficiaires sur le terrain », a dit Ahmed Al Sharaji, un militant de la société civile yéménite. « Non seulement cela affaiblit les organisations non gouvernementales (ONG) locales, mais cela contribue aussi à accentuer les problèmes humanitaires au Yémen ».

Selon M. Al Sharaji, les ONG locales sont mieux à même de connaître les besoins des Yéménites et, pour cette raison, elles devraient s’associer aux organisations internationales. Il a illustré ses propos en évoquant une organisation humanitaire qui avait dépensé d’importantes sommes d’argent pour la distribution de couches pour bébés, ignorant que les Yéménites utilisent rarement des couches.

Les financements destinés à l’intervention humanitaire restent faibles. Le pays n’a reçu qu’une petite fraction des 1,5 milliard de dollars nécessaires pour répondre aux besoins humanitaires, a dit Hany Al Bana, président du Forum humanitaire, qui coorganisait la réunion du Caire.

Selon l’OCHA, le plan d’intervention humanitaire pour le Yémen a été financé à hauteur de 20 pour cent, soit environ 88 millions de dollars. Il reste donc un déficit de financement de 360 millions de dollars à combler.

« Je pense qu’il est grand temps que les riches voisins du Yémen se manifestent et apportent leur contribution », a dit Naveed Hussain, représentant du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Yémen. « S’ils ne le font pas, la crise humanitaire pourrait aggraver l’instabilité politique ».

Les participants à la réunion du Caire ont dressé une liste de recommandations qui sera présentée aux gouvernements lors d’une conférence des Amis du Yémen qui aura lieu le 23 mai à Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite.

« Nous, la communauté humanitaire, nous engageons à poursuivre et à renforcer nos activités afin de ne pas reproduire l’erreur du ‘trop peu, trop tard’ commise dans la Corne de l’Afrique », ont-ils promis.

ay/eo/he-gd/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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