BISSAU
Depuis le saccage de son bureau, en pleine guerre civile, Paulo Mendes, l’unique médecin du programme national de lutte contre le sida, ne possède plus qu’une vieille machine à écrire et du papier carbone sur une table nue.
«Voir les efforts de tant d’années détruits en quelques minutes a été traumatisant. Nous avons dû tout recommencer à zéro», a confié Paulo Mendes à PlusNews.
Outre les locaux du programme national de lutte contre le sida, les soldats qui se battaient pour le contrôle de la capitale, Bissau, ont saccagé à l’artillerie lourde le laboratoire national, la banque de sang, un grand hôpital et le ministère de la Santé.
Le conflit a provoqué le déplacement de 350 000 personnes, 20 pour cent du 1,4 million d’habitants que compte ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest. Les professionnels de la santé ont fui le pays pour se rendre au Portugal, l’ancienne puissance coloniale.
Selon le docteur Serifo Embalo, du Secrétariat national de lutte contre le sida (SNLCS en portugais), près d’un quart de l’ensemble des infirmiers et des médecins avait définitivement quitté la Guinée-Bissau.
«A cause de la guerre, la lutte contre la sida a pris 10 ans de retard», a expliqué le docteur Mendes.
Après la guerre, le pays est entré dans une longue période d’instabilité politique et sociale, de corruption, d’absence de croissance économique et de mouvements de grève dénonçant les arriérés de salaire de la fonction publique.
Après le coup d’Etat de septembre 2003 et des élections en juillet 2005, un nouveau gouvernement a pu s’installer en octobre. Un an plus tard, en juin 2006, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest aidait les autorités bissau-guinéennes à régler trois mois d’arriérés de salaire aux enseignants, aux médecins et aux militaires.
Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), la crise provient d’un «Etat faible et en dysfonctionnement, d’une gouvernance inefficace, d’une élite politique affaiblie et d’une armée fortement divisée et interventionniste.»
Dans de telles conditions, comment organiser la lutte contre le VIH ?
En Guinée-Bissau, la séroprévalence de l’infection à VIH-2 est estimée à quatre pour cent, un taux qui atteint les sept pour cent lorsque les infections à VIH-1 sont prises en compte.
Dans les années 1980 et au début des années 1990, au Sénégal comme en Guinée-Bissau, les infections à VIH-2 étaient plus répandues que celles à VIH-1. Puis, après la guerre, le nombre de personnes porteuses du VIH-1 a augmenté.
Le VIH-2 est moins virulent et moins infectieux que le VIH-1, qui a une période d’incubation plus courte et conduit plus rapidement à la mort.
Selon les estimations épidémiologiques, en 2001, la Guinée-Bissau a enregistré 33 900 cas d’infections à VIH-1 et 13 500 autres à VIH-2. D’ici 2008, 100 000 personnes devraient être porteuses du VIH-1 et 11 000 du VIH-2.
«Ces chiffres sont alarmants», a résumé Paulo Mendes, qui est désormais à la tête du SNLCS.
Selon Maloke Efimba, un épidémiologiste américain qui travaille à la Banque mondiale, «compte tenu des ravages causés par le sida, mais également par le paludisme et la tuberculose, le développement de la Guinée-Bissau est fortement menacé».
Désormais, les choses semblent prendre une meilleure tournure: dès 2003, un plan stratégique national a établi une feuille de route de l’action de lutte contre le sida, tandis que le groupe thématique des Nations unies sur le VIH/SIDA, mené par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), commençait à coordonner le travail effectué par les agences.
Apprendre à dépenser l’argent à bon escient
Aujourd’hui, l’argent en faveur de la lutte contre le sida afflue: la Banque mondiale a versé sept millions de dollars et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la paludisme a, quant à lui, alloué plus de cinq millions de dollars sur cinq années.
Mais l’argent est difficile à dépenser : les programmes sont mal rédigés, les fonctionnaires sont démotivés, les techniciens et les institutions gouvernementales font défaut et les infrastructures sont en piteux état.
Seules 80 personnes suivent un traitement antirétroviral (ARV) en Guinée-Bissau, des médicaments distribués gratuitement par le Brésil. Ces traitements, comme les services de conseil et de dépistage, sont uniquement disponibles à Bissau.
A l’hôpital de Gabu, dans l’est du pays, des ONG et l’Eglise gèrent des centres de traitement destinés aux patients atteints de la tuberculose, aux femmes enceintes présentant une anémie et aux bébés souffrant de malnutrition.
Cependant, comme aucun de ces patients ne subit de test de dépistage du VIH, ils sont renvoyés chez eux une fois rétablis, sans soins médicaux adaptés ni protection pour leur entourage.
Pour les patients, la seule solution est de se rendre jusqu’à la capitale, située à trois heures de Gabu, pour s’y faire dépister. Le premier centre de conseil et de dépistage en dehors de Bissau ouvrira ses portes d’ici la fin du mois de juillet, à Bafata, une ville localisée entre Gabu et Bissau.
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