De l’eau jusqu’aux genoux, les chercheurs de diamants travaillent sans relâche dans les mines de Koidu, dans l’est de la Sierra Leone, dans l’espoir de trouver ces pierres qui transformeraient leur vie.
Les exploitations minières s’étendent sur des kilomètres et de nombreux villages se sont implantés à proximité, avec leur lot de commerçants véreux, à l’affût d’affaires juteuses.
Dans ce pays au riche sous-sol, qui regorge de minéraux, l’industrie minière fait vivre près de cinq pour cent de la population, et attire des aventuriers venus de toute l’Afrique de l’Ouest, de la Guinée, du Liberia, du Sénégal ou de la Gambie.
Cette situation ne cesse d’inquiéter les acteurs de la lutte contre le sida dans un pays où l’information sur le VIH circule peu.
«Les régions qui abritent le plus de personnes infectées par le VIH sont toujours les régions où l’industrie minière bat son plein», a expliqué Sylvester Samba, le responsable du Centre de conseils et de dépistage volontaire de l’hôpital de Koidu.
«Les cas d’infections sexuellement transmissibles (IST) sont également extrêmement élevés. Mais je n’ai vu personne jusqu’à présent s’occuper de cette population à risques», a-t-il déploré.
La présence d’hommes potentiellement riches dans cette région appauvrie après des années de conflits fait prospérer une industrie du sexe déjà lucrative, selon les activistes et les médecins.
En Sierra Leone, un pays dominé par une culture fortement machiste, souffrir d’une IST est un signe de virilité : par conséquent, rares sont les personnes qui utilisent des préservatifs ou qui suivent un traitement médical.
Aucune étude n’a été menée afin d’évaluer le taux de prévalence du VIH/SIDA parmi les communautés minières. Néanmoins, selon les résultats d’une étude nationale menée en 2005, les districts de Kono et de Kenema, où se trouvent les plus grandes exploitations minières du pays, affichent des taux d’infection respectivement d’un et de 1,9 pour cent.
En moyenne, le taux de séroprévalence en Sierra Leone est estimé à 1,5 pour cent de la population, mais le VIH touche davantage ceux qui vivent en zone urbaine (2,1 pour cent), que les ruraux (1,3 pour cent), d’après l’étude du Secrétariat national de lutte contre le sida (NAS).
Des taux d’infection au VIH sous estimés
Selon son directeur adjoint, Abdul Rahman Sessay, ces chiffres sont sous-estimés, notamment en ce qui concerne les régions minières.
«A mon avis, le taux de prévalence [autour des exploitations] est plus élevé que la moyenne nationale. Si l’on regarde la population dans son ensemble, les gens sont pauvres et les chercheurs de diamants ont de l’argent et les moyens de s’amuser et d’avoir des rapports sexuels non protégés», a-t-il expliqué.
Le NAS s’est ainsi inquiété du taux très faible d'utilisation du préservatif, qui frôle les 16 pour cent en milieu urbain et quatre pour cent en zone rurale.
Koidu, dans le nord est, près de Sefadu, attire des aventuriers venus des pays voisins
«Le soir, les gens sont fatigués d’avoir creuser et leur récréation consiste à avoir des rapports sexuels … Il n’y a rien d’autre à faire», a ajouté Abdul Sessay, qui a estimé qu’une réaction conjointe des syndicats, des compagnies minières et des districts sanitaires était devenue indispensable.
L’hôpital de Koidu, un établissement délabré et notoirement sous-équipé -- l’eau vient de pompes à main et les patients sont hospitalisés sous des tentes, à l’extérieur -- abrite l’un des quatre centres de dépistage volontaire du district de Kono.
Sur les 1 229 personnes qui s’y sont faites dépistées en 2005, 84 d’entre elles, soit 6,8 pour cent, étaient séropositives. Plus de 30 pour cent des personnes infectées avaient entre 12 et 24 ans.
«Ces chiffres sont très inquiétants et rendent compte de la gravité du problème qui touche les jeunes de la région», a déclaré Sylvester Samba, le responsable du centre.
Selon le Plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA pour 2006-2010, les deux tiers des Sierra-léonais vivent en zone rurale, la plupart dans le secteur agricole et minier, des milieux où les pratiques traditionnelles sont courantes : mariage précoce, polygamie, mutilations génitales sur les filles et les garçons.
A cette situation, il faut ajouter une pauvreté endémique et omniprésente, qui incite la population à avoir de multiples partenaires et des rapports sexuels très tôt.
La Sierra Leone se situe au 176e rang de l’Index de développement humain des Nations unies, qui évalue les progrès réalisés par 177 pays dans le monde ; 80 pour cent de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.
Se prostituer pour survivre
«Nous nous adressons aux personnes qui travaillent dans les mines, mais ces dernières ont des clients, des professionnelles du sexe», a expliqué Abdul Rahman Sessay, justifiant ainsi le besoin d’un programme «qui s’adresse à ces deux populations».
Après dix années de conflit civil, au cours desquelles les sévices sexuels et le viol ont été utilisés comme arme de guerre, et un demi million de déplacés, nombreux sont les Sierra-Léonais qui se sont retrouvés sans abri ou orphelins : la prostitution s’est rapidement présentée comme un moyen de gagner de l’argent.
«Cette question devient critique en Sierra Leone», a admis Abdul Sessay, «Ce n’est pas organisé, les gens s’engagent dans ce type d’activité entretiennent par ailleurs des relations plus stables… Il faut par conséquent faire très attention à la stigmatisation.»
Millicent Suaray est infirmière et assistante sociale à Kono et la plupart des professionnelles du sexe qu’elle a rencontrées étaient des anciennes combattantes ou des victimes du conflit.
«Un grand nombre de filles ont été victimes de sévices sexuels pendant la guerre et pour survivre, elle doivent se prostituer, c’est la seule solution», a-t-elle commenté.
Selon l’Association sierra-léonaise des femmes progressistes (Progressive Women's Association, PROWA), qui défend les droits des femmes, 45 pour cent des femmes du district de Kono travaillent dans l’industrie du sexe et dépendent des mineurs pour leur survie.
«Il faut éduquer les communautés pour qu’elles accèdent à nos services et qu’elles comprennent le lien qui existe entre avoir différents partenaires sexuels, les IST et le VIH/SIDA», a expliqué le docteur Yvonne Harding, qui dirige le centre Marie Stopes dans le district de Kono.
Le centre, qui a ouvert ses potes il y a un an, propose des traitements, des conseils et de l’information sur les IST et le planning familial.
«Ce dont nous nous sommes aperçus à Koidu, c’est que les femmes ont désespérément besoin de services de planning familial», a raconté le docteur Harding.
«Selon la tradition, les femmes sierra-léonaises ne sont pas en position de négocier leur vie sexuelle ou d’utiliser un préservatif et encore moins de décider si elles veulent ou non un dixième ou onzième enfant.»
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