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La spirale du non-droit dans le 'Far West'

Women in western Côte d'Ivoire are at risk of attack when they go to and from the market
In western Côte d'Ivoire criminal gangs attack women on their way to and from the market (file photo) (Wikimedia)

Les habitants de l’ouest de la Côte d’Ivoire sont soumis de façon incessante à des brutalités et des violences sexuelles de la part de groupes armés, tandis que la région se désintègre, dans un état de quasi anarchie, selon un rapport de l’organisme de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) publié le 22 octobre.



Le rapport peint un tableau désolant dans lequel les droits humains sont assujettis aux droits des armes, alors que les autorités de l’Etat sont incapables de réagir à cette réalité inquiétante : « Les gangs criminels, les policiers, les gendarmes et les forces rebelles infligent à la population un flux incessant d'exactions, notamment des actes de banditisme, des agressions, des extorsions et le viol de femmes, de filles et même de bébés… »



« Les institutions de l'État chargées de la prévention et de faire rendre des comptes aux auteurs de ces violences se sont largement abstenues d'agir, permettant à une dangereuse culture de l'impunité de s'installer, » a ajouté le rapport.



Abandonnés



Alors que la nation ouest-africaine se prépare une fois encore pour des élections qui devaient avoir lieu il y a cinq ans, ces élections ratées continuent à détruire la vie des citoyens ordinaires dans les régions occidentales de Moyen Cavally et des Dix-Huit Montagnes où l’autorité gouvernementale n’a pas été restaurée.



« Tandis que les politiciens et les diplomates étrangers débattent au sujet des préparatifs de l’élection, les habitants de l’ouest de la Côte d’Ivoire sont consumés par la peur d’être victime d’un vol commis avec violence, ou d’être tirée hors d’un bus et violée », a dit Corinne Dufka, chercheuse pour l’Afrique de l’Ouest à HRW.



Ces deux régions font partie de celles qui ont été laissées sous le contrôle des rebelles des Forces Nouvelles, après l’insurrection armée en 2002. Après le conflit, les armes ont proliféré dans l’ouest le long de la frontière du Liberia, tombant entre les mains des rebelles, des milices pro-gouvernementales, des combattants irréguliers ou des criminels ordinaires.



Quoique les autorités de l’Etat aient été redéployées dans ces régions suite à l’accord de paix de 2007, ce sont les Forces Nouvelles qui, dans les Dix-Huit Montagnes, continuent en réalité à contrôler la région. Le Moyen Cavally est géré par les forces de sécurité gouvernementales, mais des milices pro-gouvernementales et indépendantes y circulent toujours librement. Tous s’attaquent aux citoyens ordinaires qui se battent pour reconstruire leur vie.



Violence sexuelle



Des gangs criminels attaquent régulièrement les gens chez eux, dans les champs ou sur la route, créant une existence dominée par la peur. Les attaques augmentent les jours de marché, où les femmes portent des marchandises et ont de l’argent sur elles, et où les hommes ont de l’argent pour acheter ou vendre du cacao.



Des miliciens armés, des criminels, des soldats et des rebelles installent des barrages sur les routes pour collecter des pots de vin, qui atteignent entre 200 et 300 millions de dollars par an, selon une étude de la Banque mondiale.



Les barrages routiers sont aussi utilisés pour arrêter les véhicules et agresser les passagers, a dit HWR : « Les assaillants travaillent méticuleusement, dépouillant souvent leurs victimes pour trouver jusqu’à la dernière pièce de monnaie, leur font subir des agressions physiques, et, parfois, tuent les personnes qui refusent de se séparer de leur argent ou qui tentent d’identifier leurs agresseurs ».



L’incident de janvier 2010 au cours duquel 20 femmes et jeunes filles ont été violées souligne que ce sont bien souvent les femmes qui sont les victimes : selon le rapport, « Les assaillants procèdent habituellement en tirant les femmes et les filles hors des camions, une par une, les entraînent dans la brousse et les violent, tandis que d’autres bandits montent la garde ».



Même chez elles, les femmes, depuis les bébés jusqu’à celles de plus de 70 ans, sont vulnérables à ce genre d’attaque, a dit HWR.



Impunité et défaillance de la justice



La situation est aggravée par le fait que les autorités font peu, voire pas du tout, d’efforts pour poursuivre les criminels : « Les victimes ont unanimement indiqué avoir été accueillies avec peu d’intérêt ou des réactions dédaigneuses et, dans presque chaque cas, les policiers ou les gendarmes ont refusé de quitter leurs postes de contrôle ou bien d’appeler des renforts par téléphone ou par radio ».



Dans un des cas rapportés, cinq femmes qui avaient réussi à échapper à leurs assaillants armés, se sont vu refuser assistance à un poste de contrôle. Les gendarmes ont ignoré leur appel à l’aide, en disant : « Ce n’est pas notre travail ; notre travail se limite à la garde du poste de contrôle ».



Les rares cas qui arrivent jusqu’aux tribunaux languissent dans un système judiciaire en déliquescence, sur fond de corruption et de dysfonctionnements, a noté le rapport.



« En même temps, des lacunes dramatiques au sein du système carcéral, notamment la corruption ainsi que des installations et un nombre de gardiens insuffisants, ont conduit à la libération prématurée ou illégale des auteurs présumés qui sont en détention provisoire ou même de criminels condamnés ».



L’étude a fait remarquer qu’à elle seule, l’Union européenne allait débourser 350 millions de dollars pour réhabiliter le système judiciaire dans l’ouest du pays, mais le manque de volonté politique a bridé tout effort pour établir un système opérationnel.



Sans programmes de protection des témoins, les criminels une fois relâchés peuvent se venger de leurs victimes. Au Moyen Cavally, ceux qui sont traduits en justice sont envoyés dans les Dix-Huit Montagnes, toujours contrôlées par les Forces Nouvelles, où aucun tribunal ne fonctionne, ou bien au palais de justice le plus proche à Daloa, à plus de 100 kilomètres, ont expliqué les habitants.



Une fausse image



Le commissaire de police Anet, responsable des forces de sécurité dans la zone du Moyen Cavally, a affirmé que le rapport donnait une fausse image de la réalité.



« Il est possible que l’anarchie règne dans les Dix-huit Montagnes. C’était le cas ici il y a deux ans, mais ça ne l’est plus. Les cas de vols, de viols, ça n’existe quasiment pas », a-t-il dit à IRIN.



« Pour nous, la preuve en est le nombre de personnes qui portent plainte contre nous. Sur nos six brigades, nous n’avons jamais eu une seule plainte déposée contre nous », a-t-il ajouté.



Un habitant du Moyen Cavally, qui a demandé l’anonymat, a confirmé ses dires : « C’est parfaitement vrai, les forces de sécurité par ici sont une illusion totale, et c’est pour ça qu’ils ne reçoivent pas de dépôts de plaintes ».



« Ils sont eux-mêmes de mèche avec les criminels. Ceux qui sont envoyés à Daloa reviennent ici en un rien de temps ; et qu’est-ce qu’on peut faire alors ? Souvent, on est obligé de déménager pour leur échapper ».



Dans la ville de Duékoué, dans les Dix-Huit Montagnes, un porte-parole des Forces Nouvelles a répété le même refrain : « Personne n’a déposé plainte chez nous pour viol ou vol. Ce rapport dont vous parlez, est-ce qu’il donnait des noms ? Vous n’avez qu’à demander aux personnes qui étaient nommées ».



« Si vous voulez mon opinion, tout va bien ici, mais je suggère que vous veniez vous rendre compte par vous-mêmes », a-t-il dit à IRIN.



Des brigades mixtes et des permanences téléphoniques



HRW recommande notamment d’augmenter de façon importante le personnel et les moyens logistiques de la police, des gendarmes et des brigades mixtes, d’émettre à l’intention des autorités des directives claires contre les pratiques de corruption, d’établir un point focal dans les stations de police et de gendarmerie et de mettre en place une ‘hotline’ pour enregistrer les signalements concernant les pratiques abusives des forces de sécurité de l’Etat.



L’enquête de HRW coïncide avec un rapport du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui concluait : « Le Conseil de Sécurité note avec inquiétude que, malgré l’amélioration générale des droits humains, dans certaines régions du pays, les violations des droits humains, y compris les cas de violences sexuelles, continuent chez les civils ».



« La situation en Côte d’ivoire continue à mettre en danger la paix et la sécurité de la région », a dit le rapport, qui exhorte le gouvernement à garantir le respect des droits humains.



mm/aj/cb/og/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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