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Offrir de meilleurs soins après un viol en période de conflit - étude

Photo on the cover of the MSF report on sexual violence (Victim of sexual violence in the DRC)
Women are especially at risk of sexual violence during conflict (Jodi Bieber/MSF)

Une récente étude sur l’impact des viols de masse sur l’incidence du VIH dans les pays touchés par des conflits a souligné le besoin d’offrir de meilleurs soins de santé aux victimes de viols.



Publiée dans AIDS, la revue officielle de l’International AIDS Society, l’étude, intitulée « Assessing the Impact of Mass Rape on the Incidence of HIV in Conflict-affected Countries », a montré que les viols de masse pouvaient entraîner environ cinq nouvelles contaminations au VIH pour 100 000 femmes par an en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan, en Somalie et en Sierra Leone, le double au Burundi et au Rwanda, et 20 en Ouganda.



Selon Sally Blower, l’une des auteurs de la nouvelle étude, l’infection des femmes et des filles lors de viols de masse pourrait entraîner une propagation du VIH au sein de la population générale par le biais de l’infection de leurs partenaires sexuels ou de leurs enfants en cas de transmission mère-enfant.



L’étude a indiqué que dans des conditions extrêmes, les viols de masse pourraient conduire à l’infection au VIH de jusqu’à 10 000 femmes et filles chaque année en RDC, le chiffre atteignant 20 000 en Ouganda.



Il est notoirement difficile d’estimer l’incidence du VIH dans les situations de conflit en raison du peu de données disponibles. Les auteurs ont eu recours à la modélisation mathématique afin d’évaluer le nombre de nouvelles infections en fonction de quatre facteurs - le nombre de femmes et de filles non infectées âgées de 15 à 49 ans ; la proportion de la population qui a subi un viol pendant le conflit ; la prévalence du VIH chez les agresseurs et la probabilité de la transmission du VIH pour chaque cas de viol.



En 2007, une autre étude réalisée, entre autres, par Paul Spiegel, le coordonnateur de la santé publique et le VIH auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a révélé des données insuffisantes pour appuyer la sagesse conventionnelle selon laquelle les conflits, les déplacements forcés et les viols de masse entraînent une augmentation de la prévalence du VIH dans la population générale, ou celle selon laquelle les réfugiés propagent le VIH au sein des communautés dans lesquelles ils s’installent.



« Nous avons utilisé les mêmes données et la même modélisation mathématique que l’étude de M. Spiegel, mais nous avons découvert que, bien qu’il y ait peu de risques que la prévalence du VIH dans la population générale soit affectée par les viols de masse, ces viols pourraient affecter de manière significative l’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouvelles infections », a dit Mme Blower à IRIN/PlusNews.



Les auteurs sont arrivés à la conclusion que les opérations et les soins, comme les médicaments prophylactiques post-exposition – un traitement d’antirétroviraux administré aux survivantes d’un viol pour prévenir l’infection au VIH – ainsi que l’aide psychosociale destinée aux survivantes d’un viol en situation de conflit armé pourraient réduire l’incidence du VIH.



« Pendant les conflits, de nombreuses femmes peuvent être forcées à partir et à chercher un abri dans un camp, se séparant ainsi souvent de leurs réseaux social et de sécurité, et s’exposant aux violences sexuelles », ont noté les auteurs. « Concentrer des interventions ciblées dans les camps de réfugiés pourrait être un moyen efficace d’atteindre les survivantes de viol ».



Elle a suggéré que les conclusions de l’étude de M. Spiegel ont peut-être été trompeuses pour les programmes dont l’objectif était de prévenir la propagation du VIH dans certains pays touchés par les conflits.



« Lorsque nous avons conduit notre étude, notre objectif était de démontrer que la croyance largement répandue selon laquelle les femmes violées pendant les conflits étaient très probablement séropositives est erronée », a dit M. Spiegel à IRIN/PlusNews. « Une fausse statistique souvent citée voulait qu’un fort pourcentage des femmes violées lors du génocide rwandais étaient séropositives, ce qui a conduit à la stigmatisation de ce groupe de femmes ».



« La disponibilité des soins de santé dispensés après un viol est un droit humain fondamental et une question de santé publique – les femmes et les filles violées pendant les conflits doivent avoir accès à des médicaments prophylactiques adaptés après l’exposition, à un diagnostic des infections sexuellement transmissibles et à une aide psychosociale », a-t-il ajouté. « Nous espérons que les nouvelles études vont permettre d’accroître les efforts pour offrir des services adaptés aux femmes touchées ».



Obstacles à la prestation de soins de santé après un viol



L’étude a été effectuée à la suite de rapports faisant état de viols de masse subis par plus de 300 femmes dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC. Touchée par les conflits, cette région de la RDC est fortement affectée par les violences sexuelles, mais plusieurs obstacles ont empêché la fourniture efficace de soins de santé après un viol.



De nombreux viols ont lieu dans des lieux isolés où les femmes ont peu ou pas d’accès à des soins de santé adaptés après un viol ou ne savent ce qu’elles doivent faire en cas de viol. Selon une étude sur la violence sexuelle réalisée dans le Sud-Kivu par l’organisation non gouvernementale (ONG) Malteser International en 2009, de nombreuses femmes ne se font jamais connaître de peur d’être stigmatisées par leur famille et leur communauté, et parce qu’elles craignent des représailles de leurs agresseurs.



L’insécurité prolongée et les enlèvements peuvent également retarder l’accès des femmes aux soins de santé d’urgence après un viol, selon les résultats de l’étude conduite par Malteser. Pour être efficaces, les médicaments prophylactiques doivent être donnés aussi vite que possible après l’exposition – et pas plus de 72 heures après un viol.



« Les services ne sont pas toujours disponibles uniformément, et la stigmatisation suscite toujours de vives inquiétudes – de nombreuses femmes vont très loin de chez elles pour profiter des services dans des endroits où on ne les reconnaîtra pas », a dit Banu Altunbas, chef de mission pour l’ONG médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) en RDC. « Si les femmes se font connaître, le système de santé n’est pas toujours en mesure de répondre à toutes leurs inquiétudes – la PTME [prévention de la transmission de la mère à l’enfant], par exemple, n’est pas disponible partout dans le cadre des soins de santé après un viol ».



MSF, qui dispose de cliniques au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, a fait état pour cette seule année de milliers de personnes déplacées prises dans les conflits et n’ayant pas la possibilité d’accéder à des soins de santé, et a vu un de ses hôpitaux attaqué par des soldats congolais qui ont enlevé des patients blessés.



Selon Mme Altunbas, l’un des problèmes les plus importants concernant les viols dans la région est l’impunité ; peu d’agresseurs sont amenés devant la justice.



« Continuer à soigner les femmes sans amener devant la justice les agresseurs, c’est comme soigner les gens contre le choléra sans s’occuper des eaux contaminées qui sont à l’origine de l’infection », a-t-elle dit. « Nous allons devoir continuer à les soigner, mais ce n’est pas une solution en soi ».



kr/ks/cb/gd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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