L’organisation non gouvernementale (ONG), HelpAge Kenya, propose une formation aux personnes âgées afin que celles-ci informent leurs pairs des modes de transmission du VIH et de l’usage du préservatif, qu’elles les incitent à se faire dépister et à suivre un traitement, et qu’elles leur expliquent comment mener une vie plus saine tout en étant séropositif.
« Lorsqu’un vieil homme de 65 ans parle ouvertement de sa séropositivité, ses pairs se mettent à réfléchir et se rendent compte qu’eux aussi peuvent être infectés », a dit Erastus Maina, agent de programme auprès de HelpAge Kenya. « Bon nombre d’entre eux considèrent toujours le VIH comme une maladie qui touche les jeunes et les personnes surexcitées, oubliant que beaucoup d’entre eux ont des rapports sexuels avec des jeunes », a-t-il poursuivi.
Selon l’enquête sur les indicateurs du sida réalisée au Kenya en 2007, le taux de prévalence du VIH chez les Kényans âgés de 50 à 64 ans s’élève à cinq pour cent. On estime que 3,4 pour cent des personnes de cette tranche d’âge sont atteintes de syphilis, soit le taux le plus élevé enregistré au niveau national.
M. Maina a souligné que les personnes âgées se trouvaient reléguées au rôle de gardiens chargés de prendre soin des enfants orphelins du sida et que peu d’attention était accordée au fait que bon nombre d’aînés étaient sexuellement actifs. En effet, les hommes âgés ont souvent des relations sexuelles avec des femmes beaucoup plus jeunes qu’eux, tout en continuant d’avoir des rapports avec leurs femmes plus âgées.
« L’intrus »
Lorsque Douglas Nasirembe, âgé de 66 ans, est tombé malade il y a quatre ans, il ne pensait pas un seul instant pouvoir avoir contracté le VIH, même s’il avait hérité de deux veuves plusieurs années auparavant.
« Je tombais malade, puis je me sentais mieux, puis je rechutais… je pensais juste qu’il s’agissait d’une de ces maladies que l’on attrape lorsqu’on devient vieux et pauvre », a-t-il dit à IRIN/PlusNews alors qu’il se trouvait à son domicile, dans la ville de Kakamega, dans l’ouest du Kenya.
| « Je ne peux pas me rendre dans les lieux où ils apprennent aux jeunes à se servir d’un préservatif… les gens me regarderaient et parleraient du vieil homme qui fait encore ces choses-là » |
« J’ai donc décidé d’en parler à mon médecin qui m’a expliqué qu’il pouvait me fournir lui-même les médicaments, que je n’avais pas à faire la queue », a-t-il ajouté.
M. Nasirembe sait ce qu’est un préservatif, mais n’en a jamais utilisé. « Je ne peux pas me rendre dans les lieux où ils apprennent aux jeunes à se servir d’un préservatif… les gens me regarderaient et parleraient du vieil homme qui fait encore ces choses-là », a-t-il dit.
Jusqu’à présent, HelpAge Kenya a formé 313 pairs éducateurs dans la province du Centre du Kenya et a ciblé les aînés. De concert avec le Programme national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (NASCOP en anglais), l’ONG a également élaboré un manuel sur les soins à domicile qui s’intéresse en particulier à la prise en charge des personnes âgées séropositives.
M. Nasirembe a dit que parler du VIH avec ses pairs ne le dérangerait pas.
Selon Charles Okal, coordinateur du Programme de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles dans la province du Nyanza, les personnes âgées étant perçues comme peu exposées au risque VIH, elles sont négligées non seulement par les programmes de prévention, mais également par les programmes d’accès au traitement.
« Les programmes anti-VIH devraient se montrer avenants à l’égard des [personnes âgées], pour que celles-ci ne se sentent pas mises de côté. En effet, si elles croient qu’elles ne sont pas exposées [aux dangers du virus], cela signifie que bon nombre d’entre elles tarderont à se faire dépister et négligeront de suivre un traitement ou de recevoir des soins », a-t-il conclu.
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