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Les travailleurs du sexe veulent « des droits, pas de l’aide »

Maureen is a sex worker in the coastal city of Mombasa, in Kenya.
(Julius Mwelu/IRIN)

Quand Macklean Kyomya est arrivée à Kampala, la capitale ougandaise, à l’âge de 19 ans, elle a trouvé du travail comme danseuse dans une boîte de nuit et a fini par accepter de l’argent de ses clients en échange de relations sexuelles.



« J’aimais le sentiment de pouvoir que j’avais sur les hommes ; j’avais un ‘maquereau’ qui me protégeait et je n’étais jamais forcée de faire des choses que je ne voulais pas faire », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews. « J’étais encore au baccalauréat, et l’argent me permettait de continuer mes études ».



Quelques années plus tard, un de ses clients l’a présentée à une ONG qui tentait d’offrir des alternatives d’emploi aux travailleuses du sexe, mais Mme Kyomya avait l’impression que l’homme qui dirigeait l’organisation ne comprenait pas bien les besoins des travailleuses du sexe. Mme Kyomya – aujourd’hui âgée de 27 ans - et deux anciennes travailleuses du sexe - Daisy Nakato et Zam Namagembe – ont fondé la Women's Organization Network for Human Rights Advocacy (WONETHA).



« Avant, personne ne demandait aux travailleuses du sexe ce qu’elles voulaient – [les organisations existantes] se contentaient de leur donner un petit montant d’argent pour leur permettre de se réorienter », a indiqué Mme Kyomya. « Nombre d’entre elles finissaient par revenir à leur premier métier, soit parce qu’elles ne voulaient pas vraiment changer au départ ou parce que les emplois qu’elles occupaient ne leur permettaient pas de faire autant d’argent que ce qu’elles gagnaient auparavant ».



Parmi les objectifs poursuivis par WONETHA, on peut notamment citer la décriminalisation du travail du sexe en Ouganda, le développement d’une distinction entre la prostitution forcée et volontaire ainsi que la sensibilisation et la prévention du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. L’organisation compte près de 1 000 membres et représente les travailleurs du sexe masculins, féminins, homosexuels et hétérosexuels.



Négation des droits



« Le travail du sexe est toujours illégal en Ouganda, mais les travailleurs du sexe sont des gens comme les autres et ils ont les mêmes droits que tout le monde », a dit Agaba Maguru, membre de la Commission ougandaise des droits de l’homme (UHRC). « On les traite de manière hypocrite... Les gens font semblant qu’ils n’existent pas durant la journée, mais sous le couvert de la nuit, tout le monde connaît quelqu’un dans le domaine ».



« De nombreux travailleurs du sexe doivent composer avec le harcèlement incessant des policiers. Ils sont régulièrement arrêtés pour ‘oisiveté ou conduite contraire aux bonnes mœurs’ », a indiqué Mme Kyomya. « Et nombre d’entre eux font ce métier contre leur volonté ou travaillent dans des conditions dangereuses, notamment parce qu’ils sont incapables d’obtenir que leur client utilise un préservatif ou de négocier un prix décent pour les relations sexuelles ».



Selon une analyse des modes de transmission réalisée en 2009, seuls 58 pour cent des clients des travailleurs du sexe commerciaux utilisent un préservatif.



« Personne ne devrait être forcé au travail du sexe, et ces femmes ont besoin d’aide pour parvenir à survivre en faisant autre chose. Mais pour celles qui le font de leur plein gré, il faut créer des espaces sûrs pour qu’elles puissent faire leur travail », a-t-elle ajouté.



Exclus du dialogue



Mme Kyomya fait remarquer que l’exclusion des travailleurs du sexe des discussions qui les concernent directement – notamment l’élaboration d’une politique nationale sur la question du VIH/SIDA et la rédaction de la très controversée Loi de prévention et de contrôle du VIH/SIDA, actuellement devant le Parlement – montre à quel point les autorités sont déconnectées de la réalité. « Si vous dites que les travailleurs du sexe sont responsables de la transmission du VIH, ne serait-il pas normal de les impliquer dans les discussions ? »



D’après l’analyse des modes de transmission, les travailleurs du sexe commerciaux, leurs clients et leurs partenaires contribuent à hauteur de 10 pour cent aux nouvelles infections au VIH en Ouganda.



« Pour les besoins de l’enquête criminelle, la Loi exige un dépistage obligatoire pour une personne déclarée coupable de prostitution ou d’obscénité », a dit M. Maguru, de l’UHRC. « Ce genre de loi discriminatoire ne peut qu’entraîner encore plus dans l’ombre les communautés déjà marginalisées, ce qui ne contribue pas à les aider ou à aider leurs clients à se protéger contre le VIH ».



WONETHA s’est associée à d’autres membres de la société civile pour condamner les clauses discriminatoires de la Loi.



Petits progrès



Depuis sa fondation en 2008, WONETHA a négocié une trêve fragile entre les travailleurs du sexe et les forces de l’ordre de plusieurs villes. L’organisation a même réussi à convaincre l’Inspecteur général de la police de se pencher sur la question du harcèlement des travailleurs du sexe par les policiers.



« Nous offrons à nos membres des informations concernant l’usage du préservatif, nous envoyons des préservatifs à ceux qui travaillent en région rurale et nous négocions avec les propriétaires de bordels pour établir des normes minimales telles que l’usage obligatoire du préservatif et un tarif de référence pour les relations sexuelles », a ajouté Mme Kyomya. Les membres apprennent également à gérer leurs revenus.



Par l’intermédiaire d’Akina Mama wa Afrika, une ONG internationale qui œuvre en faveur de l’autonomisation des femmes, les membres de WONETHA apprennent à développer leurs compétences en matière de leadership et de défense d’idées afin de mieux formuler leurs besoins, et interagissent avec d’autres réseaux africains de travailleurs du sexe tels que le South Africa's Sex Worker Education and Advocacy Taskforce (SWEAT) et la Pan African Sex Worker Alliance (ASWA) pour tirer des leçons de leur expérience.



« Nous voulons nous faire entendre et que les gens nous respectent ; le travail du sexe est un métier comme les autres », a dit Mme Kyomya. « Nous aimerions être capables de manifester fièrement avec les membres des autres professions le jour de la Fête du Travail ».



kr/mw/gd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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