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La culture mise au défi dans les campagnes anti-VIH

A billboard in Kampala, Uganda, promoting faithfulness
(Zoe Flood/IRIN)

Réunies autour d’un verre de vin dans un bar de Kampala, la capitale ougandaise, deux jeunes femmes se livrent à une discussion animée au sujet de Tim*, le mari de leur amie Becky*. La maîtresse de Tim est enceinte et savoir si Becky doit ou non quitter son mari alimente le débat. 



« Becky savait à quoi s’attendre en l’épousant ; elle ne devrait pas être surprise », a dit l’une des deux femmes.



« Mais pas du tout. Qu’il l’ait trompée est une chose, mais qu’il n’utilise pas de préservatifs montre qu'il se fiche complètement de Becky… La suite, c'est qu'elle pourrait apprendre qu’elle est séropositive », a rétorqué l’autre.



Alors que les deux amies étaient divisées sur la décision de Becky, toutes deux ont reconnu que la fidélité n’était pas une qualité qu’une femme pouvait trouver chez les hommes de leur société.



Des partenaires multiples



Depuis les années 1980, les campagnes de prévention du VIH en Ouganda se sont fortement concentrées sur la fidélité à un partenaire sexuel unique ; l’abstinence et l’usage du préservatif ayant été les deux autres principaux éléments des campagnes.



Cependant, il y a eu certaines discussions sur le rôle joué par les « partenaires multiples concomitants » dans la propagation de l’épidémie de VIH/SIDA en Afrique. Les résultats d’une étude menée en 2009 ont mis en évidence des « preuves limitées » selon lesquelles les partenaires multiples concomitants avaient alimenté l’épidémie en Afrique, mais pour bon nombre d’Ougandais, le principal problème posé par les campagnes qui encouragent à avoir des rapports sexuels avec un partenaire unique est qu’elles tentent de changer des traditions vieilles de plusieurs centaines d’années.



La polygynie est sur le déclin en Ouganda, mais selon les statistiques, 28 pour cent des femmes se trouvent dans une union polygyne. Les hommes qui n’ont qu’une seule épouse auraient souvent au moins une relation extra-conjugale à long terme avec une maîtresse.



« C’est notre culture. Je viens d’une famille polygame et bien que je n’aie qu’une femme pour l’instant, qui peut dire que je n’en aurai pas une autre un jour ? », s’est interrogé Philip Wanyama, un chauffeur de taxi de Kampala. « Je ne vois pas pourquoi quelqu’un devrait m’empêcher de faire cela. »



Des campagnes condescendantes ?



D’après Sylvia Tamale, professeur à l’Université Makerere, sociologue et féministe, le problème est le suivant : les pays africains ont adopté une attitude « paternaliste » à l’égard de leur culture.









« Nous avons naïvement adopté le cadre ‘des pratiques culturelles à risque’, qui est à la fois raciste, moralisateur et paternaliste »

« Nous avons naïvement adopté le cadre ‘des pratiques culturelles à risque’, qui est à la fois raciste, moralisateur et paternaliste », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews. « [Ce cadre] est devenu la principale ressource des défenseurs de la santé publique et des décisionnaires, entraînant ainsi deux décennies de prévention confuse aux résultats limités.



« Il est maintenant clair que ces démarches insensibles qui prônent la suppression des pratiques culturelles et sexuelles ne déboucheront sur aucun résultat tangible », a-t-elle poursuivi. « La clé n’est pas de lutter contre la culture et l’identité des peuples, mais de sensibiliser davantage les personnes aux pratiques sexuelles plus sûres… des études ont prouvé que les cultures étaient suffisamment souples pour s’adapter face à de nouvelles menaces, comme celles posées par le VIH. »



Une épidémie changeante, de nouvelles initiatives



Toutefois, selon James Kigozi, porte-parole de la Commission ougandaise de lutte contre le sida, compte tenu de la nature de l’épidémie de VIH qui ravage le pays - le VIH se propage plus rapidement au sein des relations stables et de longue durée -, des mesures drastiques s’imposent.



« Nous n’hésitons en aucun cas à dire aux gens d’abandonner leurs pratiques culturelles qui les mettent en danger face au VIH », a-t-il expliqué à IRIN/PlusNews. « Face à une épidémie changeante, de nouvelles initiatives s’imposent. »



Il a dit qu’une nouvelle campagne nationale intitulée « One Love » (Un amour) qui encourageait sans détour les personnes à abandonner leurs relations extra-conjugales et à « se retirer du réseau sexuel » avait eu d’importantes répercussions en termes de sensibilisation au risque VIH au sein des relations de longue durée.



« Pour la première fois depuis de nombreuses années, nos partenaires et des établissements d’enseignement supérieur nous indiquent que le public écoute les messages de prévention et en tient compte… ce qui ne fut pas le cas lors des nombreuses autres campagnes de prévention », a-t-il précisé.
















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Une démarche modérée




Daudi Ochieng, responsable des communications auprès du Uganda Health Marketing Group (UHMG), qui mène la campagne « One Love », a reconnu qu’essayer de faire la promotion de la fidélité dans une culture où avoir des partenaires multiples concomitants est monnaie courante relève du défi.



« C’est la raison pour laquelle nous faisons également la promotion de l’usage du préservatif. Si une personne ne peut se contenter d’avoir un seul partenaire, nous l’encourageons alors à utiliser un préservatif », a-t-il expliqué. « Mais il est difficile de diffuser les deux messages à la fois... le public se demande si nous prônons la fidélité ou l’usage du préservatif ».



« Nous ne pouvons changer en un jour une culture qui a mis des centaines d’années à se construire. Plus tôt nous réaliserons ceci, mieux ce sera. Il est donc important d’offrir aux personnes toutes les solutions possibles afin qu’elles se protègent », a-t-il conclu.



* Un nom d’emprunt



kr/ks/mw/cd/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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