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La campagne sur les « plats d’accompagnement » fait réagir

Love in a time of AIDS.
The idea that women will be able to use microbicide gels without their partner's knowledge, may not be realistic (IRIN)

Une campagne nationale visant à encourager la fidélité sexuelle en Ouganda a réussi un tour de force auquel peu de campagnes sont parvenues récemment : faire parler les habitants.



La campagne « Un seul amour », d’une durée de neuf mois, est dans la deuxième de ses trois phases, qui présente, dans des publicités à la télévision et à la radio, un jeune enfant déplorant la pauvreté de sa famille depuis que son père est décédé du sida pour avoir « mangé des plats d’accompagnement » (un euphémisme désignant les relations sexuelles hors mariage)



« Cet élément de la campagne a été très controversé, surtout pour avoir mis en scène des enfants. Les gens ne semblent pas à l’aise avec ça, mais ils doivent reconnaître ce qu’ils font à leurs enfants, à leurs familles », a dit Daudi Ochieng, responsable de la communication du Uganda Health Marketing Group (UHMG), qui mène cette campagne en collaboration avec le gouvernement.



L’intention de la deuxième phase est de montrer les effets de l’infidélité sur les foyers, non seulement à propos de la santé, mais aussi de la vie des êtres qui leur sont les plus chers. La première phase, qui s’est terminée en février, présentait au public la notion de réseaux sexuels par le biais de théâtres forums dans les communautés rurales, et de panneaux d’affichage et de publicités télévisées et radiophoniques dans les villes. Elle incitait les habitants à « quitter le réseau sexuel ».



Selon M. Ochieng, les campagnes de prévention n’ont pas réussi à aborder la question des Ougandais mariés et en concubinage, le groupe de personnes qui a le plus de risque de contracter le VIH.



« L’objectif de la campagne est d’augmenter la monogamie sérielle chez les couples mariés. Il y avait un fossé entre les messages en faveur des unions monogames stables et les relations de couple instables au sein desquelles les préservatifs ne sont pas toujours utilisés », a-t-il dit. « L’abstinence et les préservatifs ne représentent pas une solution réaliste pour les couples ».



Outre les moyens de communication traditionnels, la campagne a également eu recours à la téléphonie mobile et réseau social en ligne Facebook pour attirer l’attention des plus jeunes appartenant à un milieu socio-économique plus élevé.



Les moyens de communication de nouvelle génération



« Facebook est l’un des moyens de communication qui se développent le plus rapidement et l’UHMG devait cibler les groupes qui en font partie… Les jeunes sont tellement vulnérables aux ‘papas sucre’ [sugar daddies] que avons recommandé de les cibler », a dit Patrick Oyulu, conseiller-médias à qui l’UHMG a confié l’ouverture et la médiation d’un groupe sur Facebook. « Facebook n’est que l’un des outils, nous prévoyons d’élargir notre action à tous les réseaux sociaux en ligne ».









« Avez-vous observé les rues et les banlieues de Kampala de nuit et vu l’ampleur de la prostitution... Les gens savent quoi faire, mais ils refusent de tenir compte des conseils qui leur sont donnés »

« Les réactions ont été impressionnantes, avec 6 000 membres inscrits en seulement trois semaines. Les interactions portent sur leurs expériences, cherchent à partager des solutions et leur principal objectif est de joindre les actes aux paroles », a-t-il ajouté. « Changer de comportement n’est pas facile, mais la prise de conscience est déjà un plus. Notre intention n’est pas de montrer du doigt, mais d’être prévenants ».



Les thèmes discutés sur le groupe de Facebook vont de la question « que répondre lorsque ton partenaire ne veut pas utiliser de préservatif » aux aveux des membres qui admettent que « certaines choses sont plus faciles à dire qu’à faire ; il faut reconnaître que le sexe est agréable et que les humains changent fréquemment de partenaires sexuels ».



Les messages d’Un seul amour ont également été envoyés par SMS et courriers électroniques aux abonnés de forfaits de téléphones portables. « La campagne a su tirer parti de l’association des moyens de communication traditionnels et modernes », a dit Simon Kaheru, directeur de la convergence commerciale pour SMS Media, qui a envoyé les messages. « Lors de la journée internationale de lutte contre le sida [2009], SMS Media a envoyé la vidéo par courrier électronique pour qu’elle soit visionnée plus d’un million de fois ».



La campagne a ouvert les yeux à de nombreuses personnes. « À vrai dire, la campagne a modifié mon point de vue à 100 pour cent », a dit Jonathan Kurinda, expert en technologies de l’information. « Lorsque l’on a bien compris la notion de réseau, on n’a plus d’autre choix que de trouver un partenaire et, après avoir passé un test ensemble, lui rester fidèle ».



Un impact réel ?



« La publicité me terrorise. À chaque fois que je la regarde, je me jure de ne pas prendre de plats d’accompagnement », a dit Vincent Kisakye. « Ça me fait beaucoup réfléchir ».



Pourtant, d’autres ne sont pas sûrs que cela change les comportements sexuels. « Les résultats sont inexistants. Avez-vous observé les rues et les banlieues de Kampala de nuit et vu l’ampleur de la prostitution, ou même dans les universités ? » a demandé David Mubiru, qui travaille dans un hôtel de la capitale. « Les gens savent quoi faire, mais ils refusent de tenir compte des conseils qui leur sont donnés ».



Selon l’UHMG, la campagne a été efficace, au moins pour informer les gens des risques que comporte l’infidélité. Leur étude révèle que la prise de conscience est passée de 10 pour cent avant la campagne à 53 pour cent actuellement.



« Nous menons ces campagnes pour inciter à un changement de comportement, mais au bout du compte, il s’agit d’un problème personnel », a dit à IRIN James Kigozi, agent de communications pour la Commission ougandaise sur le sida. « Ces campagnes sont bonnes, car elles donnent des informations, mais la décision de changer reste personnelle ».



La troisième phase de la campagne sera orientée sur la réduction des risques de contracter le VIH en incitant chacun à profiter au maximum de sa relation actuelle ou à utiliser un préservatif lors de chaque rapport sexuel à risque.



en/kr/mw/gd/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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