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Des médecins brusques, des patients privés de soins

Taking a rapid HIV test during a mass testing drive at a market in the Ugandan capital, Kampala, on 21 November 2008
(Glenna Gordon/IRIN)

En Ouganda, selon les résultats d’une nouvelle étude menée par une organisation non gouvernementale (ONG) locale, Réseau ougandais sur le droit, l'éthique et le VIH/SIDA (UGANET), les mauvais comportements adoptés par les travailleurs sanitaires à l’égard des personnes séropositives auraient des répercussions négatives et dissuaderaient ces dernières de suivre un traitement.



Dans le cadre de l’enquête de référence, intitulée VIH/SIDA et violations des droits humains en Ouganda, l’ONG s’est intéressée à 600 personnes dans cinq districts du pays et a conclu que des médecins et infirmières rudes et inaccessibles intimidaient les patients séropositifs, au point que ces derniers étaient trop craintifs pour s’enquérir de la prise correcte des médicaments, par exemple.



« Certains travailleurs sanitaires disent ne pas vouloir gaspiller leurs médicaments pour traiter un corps mort, ils nous accusent d’apporter la maladie », a confié une personne interrogée dans le cas de l’étude, dans le district de Pallisa, dans l’est du pays. « Une fois, j’ai pleuré lorsqu’un travailleur sanitaire m’a montré du doigt [en disant] que je ne pourrais pas survivre même si je recevais des ARV ».



Une patiente infectée par la tuberculose s’est plainte de s’être vue brutalement enjoindre d’attendre sa consultation le plus loin possible des personnels sanitaires, par crainte qu’elle ne les infecte.



« Il a été démontré de manière explicite et continue que des personnes séropositives étaient victimes de discrimination de la part de certains professionnels de la santé, alors qu’elles devraient recevoir des soins et des traitements les plus minutieux, compte tenu de la situation dans laquelle elles vivent », a estimé Musiime Michael Koima, assistant de programme auprès d’UGANET.



Le rapport a indiqué que l’accès au traitement était également entravé par l’importante distance qui séparait le domicile des patients des unités de santé, par les fréquentes pénuries de médicaments et par l’attente nécessaire avant d'obtenir des médicaments. Certains patients attendent jusqu’à huit heures afin de renouveler leur ordonnance d’ARV et selon eux, les travailleurs de la santé arrivent souvent en retard au travail.



Stigmatisation



D’après une récente étude menée par le Centre international de recherche sur les femmes (ICRW en anglais), le secteur de la santé est l’un des milieux où les personnes vivant avec le VIH et celles soupçonnées de l’être sont confrontées à un niveau élevé de stigmatisation et de discrimination.



« Les études ont démontré que la stigmatisation liée au VIH dans un tel contexte était pernicieuse et s’accompagnait de conséquences pouvant être dangereuses pour la santé physique et mentale des patients », ont indiqué les auteurs.



« La stigmatisation et la discrimination, à la fois vécues et perçues, réduisent le recours aux services de prévention, dont les programmes visant à la réduire la transmission du virus de la mère à l’enfant, le dépistage du VIH et les services de conseils, ainsi que les soins et le traitement », ont-ils précisé.



L’étude de l’ICRW a recommandé les mesures suivantes : sensibiliser davantage les travailleurs sanitaires au problème de la stigmatisation et aux bénéfices liés à la réduction du phénomène ; lutter contre les peurs et les idées fausses des professionnels de la santé en matière de transmission du VIH ; s’assurer que ces derniers disposent de l’information, des fournitures et du matériel nécessaires pour travailler conformément aux mesures de sécurité universelles ; lutter contre la transmission du VIH en milieu de travail (usage de gants lors d’interventions invasives, conteneurs pour le matériel médical tranchant et désinfectant pour les mains) ; mise en œuvre de politiques spécifiques liées au traitement des patients porteurs du VIH.



« En sensibilisant [les professionnels de la santé] aux droits des personnes séropositives, à l’éthique et aux droits humains en général, la relation travailleur sanitaire-patient s’améliorera », a jugé Musiime Michael Koima d’UGANET. « Un dialogue doit s’installer entre les deux parties ».



Selon Zainabu Akol, responsable des programmes de lutte contre le VIH au sein du ministère de la Santé, tous les programmes de formation sur le VIH dispensés par le gouvernement comprennent des cours sur la stigmatisation et la discrimination.



« Quelques professionnels de la santé continuent de porter des jugements à l’encontre des patients séropositifs, ce qui est mauvais d’un point de vue moral et éthique », a-t-elle poursuivi.



Ce n’est pas la première fois que des travailleurs de la santé sont accusés de discrimination à l’encontre de personnes séropositives en Ouganda. En 2006, une ONG locale, Foundation for Human Rights Initiative, avait en effet publié un rapport faisant état d’allégations selon lesquelles des infirmières et des sages-femmes dans la maternité du plus important établissement du pays, l’hôpital Mulago, abusaient verbalement les femmes enceintes et refusaient de leur prodiguer des soins en raison de leur statut sérologique.



en/kr/cb/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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