L’essai clinique appelé DART (Développement du traitement antirétroviral en Afrique), mené en Ouganda et au Zimbabwe par l'institut britannique Medical research council, et cofinancé par le Département britannique du développement international (DFID) et la Fondation Rockefeller, visait à déterminer si le suivi biologique conduisait à une amélioration significative des résultats des traitements ARV dans les pays à bas revenus.
Pour procéder à cet essai, 3 316 patients éligibles à un traitement ARV ont été recrutés et répartis en deux groupes de manière aléatoire. Pour le premier groupe, on effectuait une numération de CD4 – pour évaluer la résistance du système immunitaire - et des tests de toxicité tous les trois mois à compter du début du traitement ; pour le second groupe, on procédait aux mêmes analyses, mais les résultats n’étaient transmis aux médecins qu’en cas d’anomalie grave. Dans le cas contraire, les médecins s’appuyaient uniquement sur la surveillance clinique.
Au bout de cinq ans, 90 pour cent des patients du premier groupe étaient toujours en vie, contre 87 pour cent dans le second groupe ; 22 pour cent des patients du premier groupe avaient développé une nouvelle infection liée au sida, contre 28 pour cent dans le second groupe.
Sur le plan des effets secondaires du traitement, les deux groupes ne présentaient pas de différence. En outre, les autres différences entre les groupes n’apparaissaient pas avant la troisième année du traitement, ce qui a amené les chercheurs à conclure que la surveillance clinique seule pouvait suffire pendant les deux premières années de traitement.
Ces conclusions ont des implications importantes pour les pays où le nombre de patients pouvant recevoir des traitements ARV est limité non seulement par le coût des médicaments, mais aussi par le coût du suivi biologique, et où certains patients doivent parcourir de longues distances pour se rendre à des centres sanitaires offrant ce type de services.
« Grâce à l’étude DART, les gouvernements ont maintenant la preuve que les analyses biologiques de routine, qui coûtent cher, ne sont pas nécessaires pour que les traitements contre le VIH soient efficaces et sûrs », a commenté l’un des principaux responsables de l’étude, le Pr Peter Mugyenyi, du Joint Clinical Research Centre en Ouganda.
| « Cela pourrait faire une différence énorme pour les personnes vivant dans des régions reculées situées à plusieurs jours de marche de l’hôpital ou du laboratoire le plus proche » |
Une analyse des coûts a permis d’établir que l’on pourrait augmenter d’un tiers le nombre de patients efficacement traités contre le VIH en Afrique, si le suivi biologique, qui représente un coût élevé, n’était pas effectuée de manière routinière.
Cependant, les résultats de l’étude DART entrent en contradiction avec une étude menée récemment dans l’ouest du Kenya, qui a montré qu’il fallait augmenter, et non réduire, le suivi biologique, afin d’éviter que les patients doivent passer à des protocoles ARV de deuxième intention, plus onéreux, dans des cas où cela aurait pu être évité.
Commentant les conclusions de l’étude menée au Kenya dans la revue médicale britannique The Lancet, deux spécialistes du VIH ont déclaré que, dans un cadre de ressources limitées, « l’amélioration de l’accès à des analyses de laboratoire adaptées, tant pour le lancement que pour le suivi de [la thérapie ARV] » était un « besoin urgent ».
Un certain nombre d’intervenants de la Conférence de l’IAS se sont montrés critiques vis-à-vis de ce qu’ils perçoivent comme le signe d’un écart croissant entre les normes de traitement et de soin du VIH/SIDA dans les pays développés et celles appliquées dans les pays en développement. Cependant, le professeur Charles Gilks, de l’Imperial College de Londres, l’un des autres principaux responsables de l’étude DART, a répondu que « tant que l’accès universel [aux traitements] ne [pouvait] être garanti, la priorité [était] de permettre aux patients non traités d’accéder [aux ARV]. »
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