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Des solutions créatives face à la crise du financement

Manila - Children living in a sprawling dumpsite in Manila collect water. A funding crunch due to the global financial crisis means less money used by NGOs and welfare groups for anti-poor projects in the Philippines, officials say Jason Gutierrez/IRIN
Children living in a sprawling dump site in Manila collect water
Alors que des pays donateurs annoncent des coupes dans l’aide au développement dues à la crise financière mondiale, sur le terrain, les bénéficiaires sont soumis à une pression accrue pour produire des résultats, selon ce qu’ont rapporté certains responsables.

Selon Jane Walker, une travailleuse humanitaire britannique à la tête d’une fondation d’aide aux enfants et aux familles qui vivent de ce qu’ils trouvent dans les vastes décharges de Manille, une baisse des fonds accordés pourrait retarder ses projets, notamment l’ouverture d’un bâtiment scolaire, prévue cette année.

Même si le gouvernement britannique ne lui a pas refusé le financement demandé, Mme Walker a récemment noté « une baisse significative des contributions ».

Surnommée l’« ange des dépotoirs », Mme Walker, 45 ans, était directrice d’édition à Londres avant de fonder la Philippine Christian Foundation. Depuis une dizaine d’année, ses projets autour de la décharge publique de Smokey Mountain, dans le quartier de Tondo, le long de la baie de Manille, ont reçu un financement officiel ainsi que des dons de certaines entreprises.

Mme Walker a permis à des dizaines d’enfants d’acquérir une éducation de niveau primaire et cherché à mettre sur pied des projets de développement de moyens de subsistance pour leurs parents.

« Nous avons perdu environ 25 pour cent de nos revenus et ressources. Notre défi, c’est de continuer à offrir les mêmes services malgré la récession qui affecte le monde entier », a dit Mme Walker à IRIN. « Je crois cependant que les catastrophes peuvent avoir un aspect positif lorsqu’on veut bien leur chercher des solutions créatives. »

Tandis que la crise s’aggrave en Asie, où vivent les deux tiers des pauvres de la planète, Mme Walker s’attend à ce que les entreprises soient de plus en plus nombreuses à amputer les budgets consacrés aux projets de responsabilité sociale.

Afin d’augmenter les ressources de la fondation, elle a mis sur pied un projet de gestion de déchets dans le cadre duquel de grandes entreprises de Manille payent pour que son organisation collecte leurs débris et déchets, et les recyclent ou revendent ensuite pour en tirer un petit profit.

« La crise nous oblige à réfléchir à toutes sortes de nouvelles manières de lever des fonds parce qu’il n’est plus aussi facile qu’avant d’obtenir des financements », a dit Mme Walker. « En ce sens, c’est peut-être positif ».

Children crowd under a tarpaulin tent at an evacuation camp in the village of Libungan Toretta, southern Philippines. Tens of thousands remain in evacuation camps across the southern island of Mindanao, nine months after an all-out war erupted between gov 200905250923310870
Photo: Jason Gutierrez/IRIN
L’Asie du Sud compte trois fois plus d’enfants sous-alimentés que l’Afrique subsaharienne
Un contrôle plus strict

Selon Koos Richelle, directeur général du Bureau de coopération EuropeAid – le principal organisme humanitaire de la Commission européenne – les pays riches ne vont pas cesser d’accorder des aides, mais risquent de s’impliquer plus activement afin de vérifier si les fonds alloués produisent ou non les résultats souhaités.

L’Europe des 27 (UE) s’engage à poursuivre le versement d’aides, dit-il, mais les bénéficiaires seront désormais traités comme des « partenaires » et devront apporter certaines améliorations essentielles pour tendre vers les buts des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

« Nous ne sommes pas une machine à imprimer des billets de banque et nous n’avons pas d’argent à jeter par les fenêtres. Nous souhaitons contribuer à la qualité de vie dans un pays, mais si nous avons l’impression que c’est impossible, il n’y a pas de raison pour que nous continuions de coopérer », a-t-il dit à IRIN lors d’une rencontre Asie-Europe qui s’est tenue récemment à Manille pour aborder le problème des déficits de financement.

Les gouvernements « doivent être très attentifs et surveiller ce qui se passe afin de s’assurer qu’il y a assez d’argent disponible », a-t-il ajouté.

Avant la crise, les pays riches se contentaient de donner sans préciser les résultats qu’ils attendaient, a-t-il poursuivi. Mais, lorsque les pays occidentaux ont commencé à souffrir de problèmes financiers, l’attitude a changé : ils exigent maintenant que leurs partenaires obtiennent des « résultats tangibles ». Ils demandent « plus de transparence et veulent savoir ce que feront les gouvernements avec cet appui budgétaire ».

« Je considère la coopération au développement moderne non pas comme un continuum de complexes postcoloniaux, ou comme de la charité, mais plutôt comme un contrat », a indiqué M. Richelle.

« Comme dans n’importe quel contrat, si vous ne donnez pas ce qu’on attend de vous, le client n’est pas obligé de payer. C’est une approche plus pratique de la coopération au développement. »

Des progrès du côté de la pauvreté

Selon Arjun Thapan, directeur de la branche Asie du Sud-Est de la Banque asiatique pour le développement, basée à Manille, des progrès ont été réalisés dans la région en matière d’atténuation de la pauvreté, même si, au cours des 20 dernières années, la croissance rapide a également entraîné des disparités de revenus et des dégradations de l’environnement – qui pourraient se voir aggravées par la crise actuelle.

Dans cette région, même avant la crise, plus de 900 millions de personnes vivaient avec moins de 1,25 dollar par jour, a-t-il souligné.

Pour M. Thapan, investir dans des projets liés aux OMD est essentiel pour atteindre les objectifs de développement à long terme. Les pays devraient se concentrer sur cette mission et ne pas s’en laisser distraire.

Il a fait remarquer que l’Asie du Sud comptait trois fois plus d’enfants sous-alimentés que l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine à elles deux. D’autre part, plus d’un milliard d’individus n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates, ce qui entraîne un taux élevé de mortalité dû à la diarrhée.

« Il faut impérativement protéger les dépenses consacrées au développement social. Les gouvernements doivent prendre fermement les choses en main », a-t-il prévenu.

jg/ds/mw/gd/ail
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