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Une crise sanitaire négligée dans les fermes

Anthony Namburete and son: Despondent about their future. IRIN

Le temps des récoltes est arrivé dans la province du Mashonaland central, dans le nord du Zimbabwe, mais dans la plupart des fermes de Bindura, chef-lieu de la province, il ne pousse rien d’autre que de l’herbe haute.



« Cette zone était le grenier de la région », a expliqué Zivei Kabungaidze, coordinateur provincial du Farm Orphan Support Trust (FOST), une organisation non-gouvernementale (ONG) locale d’aide aux orphelins et aux enfants vulnérables des communautés agricoles. « Seules cinq fermes sur 100, environ, cultivent encore à des fins commerciales ».



Seul un faible pourcentage d’ouvriers agricoles ont reçu des terrains : la plupart ont perdu leur emploi lorsque les exploitations agricoles commerciales qui appartenaient auparavant à des propriétaires blancs ont été réattribuées, dans le cadre du programme de réforme agraire accélérée lancé par le président Robert Mugabe en 2000.



Ceux qui sont restés dans ces fermes survivent principalement en travaillant à la pièce et en cherchant de l’or à la batée, mais le niveau de vie a chuté et les centres qui leur offraient des services sociaux de base, tels que les cliniques et les écoles agricoles, n’existent plus. « La vie est très difficile dans les communautés agricoles », a déclaré M. Kabungaidze, et le VIH/SIDA rend d’autant plus difficile la vie des enfants que soutient le FOST.



A la ferme d’Umzi, près de Bindura, d’anciens ouvriers agricoles et leurs familles cultivent, dans quelques petits champs, du maïs et des légumes qui rivalisent avec l’herbe haute ; mais le terrain de Maria Macuculi, lui, est complètement envahi par les mauvaises herbes.



Comme bon nombre d’anciens ouvriers agricoles qui se sont vu attribuer des terres, elle n’a pas les moyens de se procurer des semences et des engrais pour cultiver. Ces temps-ci, elle n’a pas non plus la force d’aller chercher de l’eau à la rivière, à environ un kilomètre de là.



Maria Macuculi, qui comme bon nombre d’anciens travailleurs agricoles est originaire du Mozambique, a appris qu’elle était séropositive après avoir perdu son mari, emporté par la tuberculose, il y a quatre ans. Depuis trois ans, elle reçoit des médicaments antirétroviraux (ARV) gratuits dans une clinique de Glendale, non loin de là, mais elle a souvent des difficultés à trouver de quoi manger, pour pouvoir prendre ses médicaments. « Parfois, je vais au lit sans manger ; dans ces cas-là, je ne prends pas mes ARV ».



Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) aide les ONG locales comme le FOST à soutenir les enfants vulnérables des fermes en couvrant leurs frais médicaux et leurs frais de scolarité, en assurant que des membres de la communauté formés leur rendent visite à domicile, et en dispensant des formations professionnelles aux enfants plus âgés ; mais en raison des violences politiques qui ont secoué le pays ces dernières années, les ONG et les bailleurs hésitent à s’aventurer dans les fermes réattribuées pour y distribuer une aide alimentaire ô combien nécessaire.



« Nous n’avons pas pu récolter de fonds pour fournir de la nourriture à nos patients soignés à domicile, et c’est difficile pour beaucoup d’entre eux de prendre leurs médicaments alors qu’ils n’ont pas un régime alimentaire équilibré », a expliqué Godfrey Magaramombe, directeur du Farm Community Trust of Zimbabwe, autre ONG financée par l’UNICEF.



Mercy Dimbi* vit à la ferme d’Umzi depuis que son père a commencé à y travailler, lorsqu’elle était enfant. Sa fille Esther*, neuf ans, et elle-même sont sous ARV depuis 2002, mais Esther souffre encore de maux de tête continuels et d’accès de grippe, et Mercy Dimbi a l’air affaiblie et sous-alimentée.


«Parfois, je vais au lit sans manger ; dans ces cas-là, je ne prends pas mes ARV»

Elle a suivi quelques-unes des formations du FOST sur le développement des moyens de subsistance, mais n’a pas la force de cultiver son champ ; alors, elle tricote des pull-overs pour ses voisins, en échange d’un peu de maïs, et envoie sa fille de 14 ans chercher du bois à vendre. Elle a trois enfants et un petit-fils, dont aucun n’est scolarisé.



Auparavant, dans le cadre d’un programme sanitaire national, ciblé sur le secteur agricole et dirigé par le ministère de la Santé et de l’Aide à l’enfance, les membres des communautés étaient formés à prodiguer les services de santé les plus élémentaires, mais les formations ont cessé lorsque le programme de réforme agraire a été lancé et la plupart des cliniques agricoles ont fermé.



« Bon nombre de gens n’ont pas les moyens d’emprunter les transports publics pour aller à l’hôpital », a expliqué M. Magaramombe ; l’organisme qu’il dirige fait partie des quelques ONG qui s’efforcent de combler cette lacune en formant leurs propres prestataires de santé communautaires.



Esther, qui habite également la ferme d’Umzi, est la deuxième épouse d’Antonio Fanuel, ancien travailleur agricole, atteint de tuberculose. Son mari a raconté qu’il avait effectué un test de dépistage du VIH, mais n’avait jamais pu en connaître les résultats car il n’avait pas les moyens de retourner à l’hôpital. Esther est trop maigre et souffre de douleurs à la poitrine, et son bébé de 18 mois a la diarrhée, mais elle n’a pas d’argent pour aller à l’hôpital effectuer des tests de dépistage de la tuberculose et du VIH.



« Le Programme pour la santé dans les fermes fait partie des services qui doivent être relancés, surtout après tout ce qui s’est passé pendant la réforme agraire », a estimé le docteur Henry Madzorera, membre du Mouvement pour le changement démocratique, ancien parti d’opposition, et ministre de la Santé au sein du nouveau gouvernement zimbabwéen d’union nationale.



A court terme, le ministère prévoit d’établir des cliniques mobiles et de mobiliser des travailleurs de la santé dans les villages pour assurer des services de santé de base aux communautés agricoles et les sensibiliser aux questions sanitaires, mais à terme, a expliqué M. Madzorera, « chaque village devra avoir une clinique dans un rayon de cinq kilomètres ».



*Noms d’emprunt



ks/he/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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