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« Je leur ai dit que j’étais séropositive… Ils m’ont quand même violée »

Jane, 37, was diagnosed with HIV in 2000. She was gang-raped by five men during the post-election violence that rocked Kenya at the end of 2007/start of 2008 Edgar Mwakaba/IRIN
Il y a un an, le président kényan Mwai Kibaki et son rival de l’époque dans la course à la présidentielle, Raila Odinga, signaient un accord pour la création d'un gouvernement d’union nationale, mettant ainsi fin à deux mois de violences post-électorales durant lesquelles plus de 1 000 personnes ont été tuées. Les effets de cette violence se font toujours sentir.

Jane, une commerçante de Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, la capitale, a été violée par cinq hommes deux jours après l’élection. La vie était déjà très difficile – son mari l’avait rejetée, elle et leurs enfants, hors de la maison neuf ans plus tôt, lorsqu’elle avait été dépistée positive au VIH. Jane a raconté à IRIN/PlusNews que lorsqu’elle était seule et qu’elle se remémorait le viol, son esprit était « toujours torturé ».

« Il était environ 19 heures. Les violences avaient déjà éclaté et mes voisins avaient fui, mais j’étais faible et je n’avais nulle part où aller, donc je me suis dit que si je m’enfermais chez moi et que je ne faisais pas de bruit, les gens penseraient que la maison était vide.

« Les hommes sont arrivés et j’ai entendu l’un d’entre eux dire ‘je pense qu’il y a quelqu’un dans cette maison’. Ils ont défoncé la porte et ils sont entrés. Quand j’ai vu qu’ils allaient me violer, je leur ai dit que j’étais séropositive.

« Ils ne m’ont pas crue – ils ont dit que j’avais l’air en trop bonne santé. Je leur ai même montré mes ARV [antirétroviraux] mais ils m’ont violée quand même. Ils étaient cinq.

« Ils m’ont violée devant mes deux plus jeunes enfants, âgés de trois et sept ans… Les enfants criaient pendant que ça se passait. Mes aînés, âgés de 14 et 16 ans, étaient chez ma sœur à Kayole [un autre quartier pauvre de Nairobi], donc eux au moins n’ont pas vu cela. Après, mes plus jeunes enfants n’arrêtaient pas de demander ce qui s’était passé, mais je leur ai simplement dit d’oublier, que j’allais bien.

« Juste après le viol, je suis allée à l’hôpital et on m’a soignée. Je priais pour ne pas avoir contracté d’IST [infection sexuellement transmissible], et heureusement, on ne m’en a dépistée aucune.

« J’ai ressenti de très fortes douleurs abdominales pendant près d’un an après le viol… Les hommes m’ont abîmée avec leur force. Ce n’est que récemment que j’ai recommencé à me sentir normale.

« J’ai porté plainte à la police et ils ont dit qu’ils allaient suivre l’affaire, mais ils n’ont rien fait. Je ne connaissais pas les hommes qui m’ont violée, donc c’était un dossier difficile, mais je ne pense pas que la police ait beaucoup fait. Ils ont dit qu’ils viendraient chez moi pour enquêter, mais ils ne l’ont jamais fait. Cela n’a servi à rien d’aller les voir.

« Je suis membre d’un groupe de soutien pour les femmes vivant avec le VIH et [les membres du groupe] m’ont aidée, en m’écoutant quand j’avais besoin de parler du viol. Mon conseiller m’a aussi beaucoup aidée.

« J’essaye de continuer à vivre, à vendre du poisson fumé et à travailler à mi-temps comme aide à domicile, mais c’est dur. Les produits alimentaires, et tout le reste, sont très chers, et je dois en plus m’assurer que mes enfants vont à l’école.

« J’en voulais beaucoup aux hommes qui m’ont violée – ils ont voulu me montrer qu’ils étaient des durs, et maintenant ils sont peut-être séropositifs. J’étais aussi en colère contre la police. Maintenant, j’ai appris à tous les oublier, mais parfois, quand je suis seule, mon esprit est toujours torturé ».

kr/kn/he/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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