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Le travail du sexe, une activité dangereuse

[Pakistan] Women from Heera Mandi - tough lives behind the venner. Although claiming to be dancers, the vast majority work as commercial sex workers putting them at serious risk of contracting HIV. [Date picture taken: 01/31/2007]
(Tariq Saeed/IRIN)

Sur la route de Napier, le quartier chaud renommé de Karachi, le centre commercial et la principale ville du Pakistan, des milliers de femmes s’exposent régulièrement au risque de contracter le VIH ou d’autres infections sexuellement transmissibles (IST), en ayant des rapports sexuels non protégés pour à peine 50 roupies (0,60 dollar).



« Mon proxénète m’a rouée de coups, car j’avais refusé d’avoir des rapports non protégés », a confié Nazli, une travailleuse du sexe qui travaille dans une maison close, en relevant son t-shirt pour dévoiler un dos couvert d’hématomes. « Si j’exige d’avoir des rapports protégés, je perds des clients et si l'un d'entre eux se plaint auprès de mon proxénète, j’ai des ennuis ».



Bien qu’elle ait suivi les traces de sa mère et de sa grand-mère dans l’industrie du sexe, Nazli ignorait l’importance d’avoir des rapports protégés et souffre régulièrement d’IST.



« J’ai grandi dans cet environnement et je me demande ce que je ressentirais si je devais vivre sans la crainte de me faire battre ou d’être forcée [à avoir des rapports sexuels] », a-t-elle déclaré, alors qu’elle préparait le biberon d’un de ses deux enfants tout en recouvrant son visage d'une épaisse couche de maquillage.



Il y a deux ans, l’annonce du premier cas de séropositivité au sein des travailleuses du sexe de Karachi a semé la terreur dans les maisons closes de la ville. De nombreuses femmes ont commencé à tenter d’exiger l’usage du préservatif, mais la majorité des clients ont refusé.



Mirza Alim Baig, président du Gender and Reproductive Health Forum, une ONG locale, se dit fier d’avoir visité toutes les maisons closes du Pakistan, dans le cadre d’une mission visant à sensibiliser les travailleuses du sexe à la protection contre les IST et le VIH.



« Dans notre société, les femmes sont considérées comme des citoyens de deuxième catégorie et les travailleuses du sexe, quant à elles, sont encore plus mal vues. Les hommes en veulent pour leur argent et ce sont eux qui insistent pour avoir des rapports non protégés », a expliqué M. Baig, qui participe à la lutte contre le VIH/SIDA depuis 1995.



M. Baig gère un projet sur les travailleuses du sexe financé par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA). Ce projet vise à accroître la sensibilisation au VIH/SIDA par le biais d’un programme éducatif qui comprend des volets sur la santé, les IST et l’usage du préservatif.



« Autrefois, il s’agissait d’un travail ingrat, mais je suis ravi que les travailleuses du sexe disposent désormais des outils et des connaissances afin de mieux se protéger du VIH/SIDA, des IST et des hépatites », a poursuivi M. Baig.



« Chaque jour, nous distribuons gratuitement des centaines de préservatifs (fournis par l’UNFPA), dans l’espoir de sauver quelque part une vie », a-t-il estimé.



Pour accomplir son travail, M. Baig dépend d’une équipe de travailleurs communautaires qui se compose d’anciennes professionnelles du sexe et danseuses.



« Ces femmes savent ce qu’endurent les professionnelles du sexe et peuvent mieux les comprendre », a-t-il expliqué, en notant que la majorité des travailleuses du sexe n’avaient que peu ou pas de connaissances en matière de pratiques sexuelles sans risque.



« [Elles] finissent souvent par avoir des rapports sexuels avec des consommateurs de drogues injectables et des travailleurs sexuels bisexuels qui constituent déjà des groupes à haut risque », a-t-il rappelé.



Selon les résultats d’une étude menée par l’UNFPA en 2007, sur les 11 324 travailleuses du sexe que compte Karachi, 1 015 ont subi un test de dépistage du VIH et deux d’entre elles étaient séropositives.



« Nous ne sommes peut-être pas confrontés à un début d’épidémie au sein des travailleuses du sexe, mais il demeure que ces femmes sont vulnérables », a commenté M. Baig.



Nazli est assise en compagnie d’un éventuel client, qui se fait appeler Majid, et elle essaie de l’informer des risques d’IST et de VIH.



« Si je paie pour avoir des rapports sexuels, pourquoi devrais-je me protéger? Je pourrais à ce compte-là coucher avec ma femme », a-t-il répondu, en secouant la tête. « J’aurais dû aller à la mosquée plutôt qu’ici pour entendre un sermon. »



« Malheureusement, notre nation s’est fait endoctriner et pense que le fait d’être musulman nous protège du VIH », a déploré Nazli, qui redoute le jour où son test de dépistage se révèlera positif.



« Chaque nuit, je me dis ‘et si cette fois-ci était la bonne ?’ », a-t-elle dit. « Mais malgré cette crainte, je ne peux demander à l’homme qui est dans mon lit d’utiliser un préservatif, car je sais que mes enfants auront faim ».



sj/ks/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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