Peter Otieno*, un jeune chauffeur de taxi de 25 ans vivant à Kisumu, la capitale de la province de Nyanza, dans l’ouest du Kenya, envisage de se faire circoncire. « J’ai entendu dire que la circoncision masculine permettait de réduire les risques d’être contaminé [au VIH] », a-t-il expliqué à IRIN/PlusNews. Son unique préoccupation est la réaction de ses amis. « Je sais que mes pairs se moqueront de moi », a-t-il regretté.
Les craintes de Peter Otieno ne sont pas infondées. En effet, Robert Ogol, un jeune trentenaire récemment marié, a raconté à IRIN/PlusNews qu’il s’était attiré les moqueries de ses amis, après avoir été circoncis.
Peter Otieno et Robert Ogol sont tous deux membres de la communauté ethnique Luo, de la province de Nyanza, où la circoncision n’est pas une coutume traditionnelle, mais une pratique qui a été introduite lorsqu’il a été proposé d’intégrer la circoncision masculine dans la stratégie de prévention du VIH/SIDA. Le gouvernement a prévu de lancer un programme de circoncision masculine à l’échelle nationale.
Le programme, qui devrait être lancé dans la province de Nyanza à la fin du mois de septembre, est déjà confronté à des problèmes. En effet, selon les media locaux, des membres du Conseil des aînés Luo, un organisme culturel consultatif qui exerce une forte influence, ont menacé de perturber le lancement du programme, à moins d’être consultés de manière adéquate.
La province de Nyanza affiche le taux de prévalence du VIH le plus élevé du pays – 15,3 pour cent – soulignant ainsi le besoin d’adopter des stratégies de prévention plus agressives.
Au mois d’août, le Premier ministre kényan Raila Odinga et le ministre de la Santé Peter Anyang' Nyong'o, tous deux membres de l’ethnie Luo, ont exhorté les chefs culturels à adopter la circoncision masculine, qui, selon les résultats de recherches, permet de réduire considérablement les risques de contamination au VIH chez l’homme.
Toutefois, le Conseil des aînés s’oppose à l’idée de promouvoir la circoncision masculine.
« Nous n’avons aucun problème avec la circoncision masculine... tant qu’elle est pratiquée sur la base du volontariat. Cependant, s’ils viennent à penser qu’ils peuvent incorporer de force une pratique étrangère dans notre communauté, alors, ils se trompent », a déclaré Riaga Ogallo, président du Conseil des aînés Luo.
En outre, il craint que l’accent mis sur la circoncision masculine n’encourage les jeunes hommes à avoir des rapports sexuels non protégés.
Le docteur Kawango Agot, chercheur au sein du projet commun des universités de Nairobi, d’Illinois et du Manitoba (UNIM), dans le cadre duquel des essais cliniques sur la circoncision masculine ont été effectués à Kisumu, a expliqué que les messages conflictuels diffusés par divers chefs pouvaient nuire aux objectifs du programme.
« Il est important d’indiquer aux populations que la circoncision masculine n’est qu’une des nombreuses initiatives visant à lutter contre la propagation du virus et que pour être efficace, elle doit être combinée à d’autres méthodes, telles que l’utilisation du préservatif et la fidélité », a-t-elle rappelé. « Sinon, nous pourrions nous retrouver face à une situation très dangereuse. »
Dickens Omondi, gestionnaire de projet auprès d’IMPACT-RADO, une ONG locale spécialisée dans la santé sexuelle et génésique, qui promeut la circoncision masculine dans la province de Nyanza, a déclaré que le plus important défi auquel son organisation était confrontée était de gérer les points de vue discordants relatifs à la circoncision.
Divers efforts sont fournis afin de préparer le lancement du programme national de circoncision masculine. Par exemple, IMPACT-RDO conçoit du matériel éducatif qui aidera les hommes et les parents de jeunes garçons à prendre des décisions éclairées en matière de circoncision ; UNIM et le gouvernement organisent des rencontres consultatives avec les chefs religieux, culturels et communautaires, des professionnels de la santé et des jeunes.
Avant la mise en œuvre du programme du gouvernement, Marie Stopes Kenya, une ONG spécialisée dans la santé de la reproduction, a mené un projet pilote, dans le cadre duquel plus de 3 000 circoncisions cliniques ont été effectuées dans la province de Nyanza, depuis le mois d’avril 2007.
*Un nom d’emprunt
ko/kr/ks/cd/ail
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