Le 23 août, dans les régions montagneuses de Chittagong et de Rangamati, au Bangladesh, un léger tremblement de terre de magnitude 3.0 sur l’échelle de Richter a fait craindre un tremblement de terre plus violent et suscité des préoccupations au sujet du degré de préparation du pays.
La secousse, dont l’épicentre se trouvait pourtant à environ 40 kilomètres de Chittagong, deuxième ville du Bangladesh, n’a fait aucune victime. Elle est survenue moins d’un mois après le tremblement de terre de magnitude 5.6 qui a secoué Dhaka, la capitale, ainsi que d’autres régions de ce pays pauvre, le 26 juillet.
Le 20 mars, deux secousses légères avaient également été ressenties à Dhaka et dans trois régions du nord-est. Et le 7 novembre 2007, un tremblement de terre de magnitude 6.0 avait secoué la région sud-est. L’épicentre se situait à Roninpara, à environ 70 kilomètres de Chittagong, et le tremblement de terre avait provoqué l’ouverture d’une faille dans les collines des régions de Chittagong et de Khagrachari.
Compte tenu des dernières secousses, l’on s’inquiète à l’idée que le Bangladesh, l’un des pays les plus densément peuplés et le septième pays le plus peuplé du monde (plus de 150 millions d’habitants), puisse être prochainement secoué par un tremblement de terre plus violent.
En raison de sa situation géographique, le Bangladesh est en effet considéré comme extrêmement exposé aux tremblements de terre, selon les experts.
Appel à une meilleure préparation
Le 31 mars 2008, une table ronde a été organisée par le Réseau des activités d’information, d’intervention et de préparation aux catastrophes (NIRAPAD), une organisation non-gouvernementale (ONG) nationale, en association avec l’Agence américaine d’aide au développement international (USAID) et CARE Bangladesh.
Il a été conclu, à l’issue de cette table ronde, que la perte de vies et de biens pourrait être considérablement réduite si le gouvernement prenait les mesures nécessaires en termes de préparation et de gestion des catastrophes.
Photo: Shamsuddin Ahmed/IRIN ![]() |
| Une étudiante de la cité universitaire de Dhaka examine les dégâts causés par le tremblement de terre de 5.6 sur l'échelle de Richter, qui a frappé la capitale et ses environs le 26 juillet |
Mme Hafiz Afmed a suggéré d’intégrer la sensibilisation et la préparation aux catastrophes dans les manuels scolaires et universitaires, et de former les équipes de secouristes des Sociétés bangladaises de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
« Du fait de l’urbanisation sauvage, de la surpopulation, de la mauvaise construction des structures, du manque de coordination entre les institutions concernées, de l’insuffisance des outils de rétablissement et de la sensibilisation insuffisante des populations, le pays est extrêmement exposé », a indiqué A.S.M. Maksoud Kamal, expert de la préparation aux tremblements de terre et aux tsunamis au Programme de gestion globale des catastrophes (CDMP), rattaché au ministère de l’Alimentation et de la gestion des catastrophes.
Syed Humayun Akhtar, professeur de géologie à l’université de Dhaka, a convenu que les tremblements de terre légers survenus récemment pourraient annoncer une secousse plus violente.
Les registres montrent que le « Gar » (hautes terres) de Madhupur, à la lisière de Dhaka, et les « Haors » (vastes basses terres) de Sylhet ont été créés par un tremblement de terre violent, survenu en 1762. Le cours de la Tista (fleuve) a dévié suite au tremblement de terre de 1787 ; dans les montagnes Khasi, quelque 75 000 kilomètres carrés de terres (aujourd’hui l’Etat de Meghalaya, en Inde) ont également été détruits par un tremblement de terre, en 1891 ; et en 1896, le cours du Brahmapoutre (fleuve) a été dévié par un violent tremblement de terre.
Manque de direction
Pour les experts, les efforts gouvernementaux de préparation aux tremblements de terre accusent un manque manifeste de direction.
Selon une étude menée par la Bangladesh earthquake society, un puissant tremblement de terre risquerait de détruire, dans la seule ville de Dhaka, 28 pour cent des bâtiments et des structures.
« La période relativement longue de “répit” en termes d’activités sismiques importantes, et l’attention particulière portée à d’autres catastrophes, telles que les cyclones ou les inondations, ont conduit à négliger la préparation aux tremblements de terre, la plus destructrice de toutes les catastrophes naturelles », pouvait-on lire dans un communiqué de l’organisation, le 4 août.
En outre, selon Sirajul Islam, urbaniste principal à la Dhaka City Corporation (DCC), le code national de la construction, qui date de 1993, a été remis à jour en 2006, mais aucun ministère ni aucun service n’a été assigné à sa mise en œuvre.
À en croire Aboul Kalam de l’université d’ingénierie et de technologie du Bangladesh, les codes de construction ne sont souvent pas respectés : « la plupart des bâtiments des plus grandes villes ne sont pas construits dans le respect des codes de construction », a-t-il affirmé.
Le Service des travaux publics (STP) a cessé de travailler à la préparation des tremblements de terre, a également indiqué Aboul Kalam, qui a appelé le gouvernement à transformer le STP en une institution habilitée à ordonner la démolition et la reconstruction des bâtiments.
Service incendie
Un représentant du Département des services incendie, qui s’exprimait pendant la table ronde de mars, a déclaré que tous les efforts seraient vains si des équipements modernes n’étaient pas disponibles pour pouvoir assurer la gestion des catastrophes.
Le 24 juin 2008, au cours d’un autre séminaire, Motiur Rahman, directeur des services incendie et de la défense civile, a déclaré, sans indiquer de date, que 62 000 bénévoles seraient formés à intervenir en cas de tremblements de terre et autres catastrophes naturelles.
Stefan Frowein, ambassadeur de la Commission européenne au Bangladesh, a également indiqué que ce programme de formation était en préparation depuis quelques années, et que le tremblement de terre du 12 mai, à Sichuan, en Chine, avait constitué un rappel opportun de l’importance d’une bonne préparation.
« Nous voulons faire en sorte que les services incendie soient plus alertes, plus aptes à intervenir. Nous sommes en train de les équiper à la manière moderne », a-t-il assuré.
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