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L’opposition fait monter la pression

L’appel à la grève générale illimitée lancé par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le parti d’opposition, a été peu suivi le 15 avril, premier jour du mouvement de protestation.

La plupart des sociétés privées de transports en commun, qui s’étaient abstenues de faire circuler leurs véhicules, ont repris le cours normal de leurs activités en milieu de matinée, lorsqu’une bonne partie des commerces d’Harare, la capitale, ont ouvert leurs portes après avoir adopté une attitude de prudence.

« Je n’ai pas pu me mettre en costume par crainte des tracasseries des gens qui pourraient penser que je ne suis pas solidaire de leur mouvement », a indiqué à IRIN un consultant en relations publiques prénommé « John ».

« La vérité, c’est que je soutiens le mouvement de grève, mais mon patron étant un militant de la ZANU-PF, je crains qu’il n’exerce des représailles contre moi ». Environ la moitié de ses collègues avaient averti qu’ils ne pourraient pas se rendre au travail parce qu’il n’y avait pas de transport.

L’appel lancé par le MDC et invitant les vendeurs de rue à ne pas travailler était voué à l’échec dès le début, même si quelques jeunes ont obligé certains vendeurs à plier leurs étals.

« Je soutiens l’appel à la grève pour exiger la publication des résultats de l’élection présidentielle, car la situation est inquiétante ; mais avant tout, nous devons penser à nos estomacs »
« Je soutiens l’appel à la grève pour exiger la publication des résultats de l’élection présidentielle, car la situation est inquiétante ; mais avant tout, nous devons penser à nos estomacs. En tant que vendeuse ambulante et seul soutien de famille, je dois choisir entre continuer à parcourir les rues pour vendre mes vêtements d’occasion ou rester assise à la maison en signe de solidarité avec le MDC », a confié à IRIN Tariro Chiwewete, une femme célibataire de 40 ans, mère de trois enfants.

« Je pense que [le président] Mugabe et ses lieutenants savent que leur heure a sonné et qu’ils tentent juste de provoquer la population pour déclencher un mouvement de protestation de masse afin de trouver un motif pour se maintenir au pouvoir. Comment expliquer autrement leur refus de publier les résultats ? Cela prouve qu’ils ont été battus », a-t-elle poursuivi.

Quant au MDC, son attitude est plus catégorique face au refus du gouvernement de la ZANU-PF de M. Mugabe de publier les résultats de l’élection présidentielle du 29 mars.

Les Zimbabwéens doivent prendre en main leur destinée

La requête adressée à la Haute Cour de justice par le MDC pour contraindre la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) à publier les résultats des élections a été rejetée avec dépens, le 14 avril ; en réaction, le MDC s’est alors tourné vers ses bastions urbains et a appelé la population à entamer un mouvement de grève illimité.

« Plus de deux semaines après le 29 mars, la ZEC n’a toujours pas publié les résultats de l’élection présidentielle. Cette situation crée une impasse électorale car les millions de Zimbabwéens qui ont voté attendent patiemment les résultats », a déclaré le MDC, le 14 avril.
La déclaration du MDC soulignait également que le temps était venu pour les Zimbabwéens de prendre « en main leur destinée, puisque le régime de la ZANU-PF les prive de paix et de démocratie », et invitait les travailleurs, les hommes d’affaires et les vendeurs de rue à rester chez eux jusqu’à la publication par la ZEC des résultats du scrutin présidentiel.

Le MDC a par ailleurs réitéré que, selon les résultats affichés à l’extérieur de chaque bureau de vote, Morgan Tsvangirai, leader du parti, avait remporté les élections en obtenant plus de 50 pour cent des suffrages, la condition exigée pour être déclaré vainqueur. En conséquence, le parti a rejeté toute idée d’un deuxième tour.

La ZEC a publié les résultats des élections sénatoriales et législatives et, pour la première fois depuis l’indépendance du pays par rapport à la Grande-Bretagne, en 1980, la ZANU-PF, le parti au pouvoir, a perdu la majorité au Parlement.

Après la publication de ces résultats, la ZEC a secrètement transféré son siège à Harare et a expliqué que le retard était dû à la collecte et au dépouillement des bulletins de vote du scrutin présidentiel.

La Commission a par ailleurs répondu favorablement à une requête de la ZANU-PF exigeant le recomptage des bulletins de vote dans 23 circonscriptions électorales où, d’après le parti au pouvoir, des voix auraient été volées à M. Mugabe. Le recomptage aura lieu le 19 avril, malgré la décision de la Haute Cour de ne pas procéder à cette opération, selon la presse locale.

Les résultats des élections législatives publiés par la ZEC donnaient 96 sièges au MDC de M. Tsvangirai, contre 94 sièges à la ZANU-PF de M. Mugabe. La faction dissidente du MDC a obtenu neuf sièges alors que Jonathan Moyo, ancien ministre de l’Information de la ZANU-PF et candidat indépendant aux élections, en a obtenu un.

Le MDC a décrit le scrutin du 29 mars comme étant un référendum pour « la nourriture, l’emploi et un meilleur Zimbabwe », et a indiqué que « le régime de la ZANU-PF, encore sous le choc, ne veut pas admettre sa défaite et fait tout ce qui est en son pouvoir pour aller à l’encontre de la volonté du peuple zimbabwéen ».

Dans un communiqué publié à la suite de l’appel à la grève générale, la police, qui a interdit toute manifestation, a indiqué que « l’appel lancé par la faction du MDC de M. Tsvangirai visait à perturber la paix sociale » et qu’elle s’y opposerait « fermement en déployant les agents de la force publique, dont la mission est de faire respecter la loi et l’ordre sur toute l’étendue du territoire ».

La veille du déclenchement du mouvement de grève générale, des agents de police patrouillaient dans les banlieues de la capitale. Le jour J, ils sillonnaient les rues, vêtus de tenues anti-émeutes, à bord de véhicules de police, en chantant des chants révolutionnaires et en tapant sur les ailes de leurs véhicules à l’aide de matraques, une démonstration de force manifeste.

Les syndicats de travailleurs pourraient se joindre à la grève

Lovemore Matombo, président du Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), une fédération de travailleurs militante qui a également invité la ZEC à publier au plus vite les résultats du scrutin présidentiel, a prévenu que son organisation pourrait suivre le mot d’ordre de grève générale.

« Après toutes les stratégies courtoises, cette [grève générale] semble être l’option la plus radicale pour le MDC : la saisine de la Haute Cour, le recours à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et les pourparlers avec la ZEC, tout a échoué », a expliqué à IRIN M. Matombo.

« Le gouvernement pourrait profiter de l’apparente docilité de la population et tout proclamer en sa faveur ; mais viendra le temps où nous descendrons dans les rues et où nous leur montrerons qu’il ne faut pas nous prendre à la légère »
« Adopter une attitude militante est une stratégie payante dans les circonstances actuelles, et mon sentiment personnel est que le MDC a mis trop de temps pour se rendre compte qu’il devait utiliser de manière effective le vote urbain comme un élément de pression pour amener le gouvernement a reconnaître l’importance de la publication des résultats », a-t-il expliqué.

M. Matombo a par ailleurs indiqué que le retard dans la proclamation des résultats menait le pays vers « l’explosion sociale et le chaos », et a promis que le ZCTU « ne resterait pas assis à regarder, pendant que la situation politique se dégrade ».

« Le gouvernement pourrait profiter de l’apparente docilité de la population et tout proclamer en sa faveur ; mais viendra le temps où nous descendrons dans les rues et où nous leur montrerons qu’il ne faut pas nous prendre à la légère », a prévenu M. Matombo.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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