Il est désormais illégal d’encourager l’utilisation des préservatifs dans l’Etat d’Anambra, dans le sud-est du Nigeria. Les autorités locales ont également interdit la promotion et la distribution de moyens contraceptifs, y compris les dispositifs intra-utérins et autres modes « non-naturels » de contrôle des naissances.
« Au lieu d’enseigner aux enfants comment utiliser un préservatif pour prendre du plaisir sexuel, on devrait leur enseigner l’abstinence totale », a dit Amobi Ilika, commissaire à la Santé de l’Etat d’Anambra, en annonçant ces mesures fin mars à Awka, la capitale de l’Etat. « L’utilisation des préservatifs a largement encouragé l’immoralité ».
De nombreux sociologues, de même que des groupes de soutien VIH/SIDA et d’organisations de planification familiale, se sont dits en désaccord avec cette décision.
« Je ne crois pas que cela soit un pas dans la bonne direction », a dit Alphonsus Ofodile, un analyste en affaires publiques. « Même si l’on interdit l’utilisation des préservatifs, les gens continueront à avoir des relations sexuelles. Donc pourquoi un gouvernement responsable veut-il dissuader des pratiques sexuelles plus sûres ? »
Quelque trois millions de personnes -3,9 pour cent de la population adulte- vivent avec le VIH au Nigeria, et environ 300 000 nouvelles infections ont été enregistrées en 2005, selon le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA.
Les préservatifs sont librement disponibles à travers tout le Nigeria, en partie parce que le gouvernement fédéral, en partenariat avec des organisations de santé familiale, a des programmes pour les distribuer et les vendre.
Ces programmes produisent également des messages de sensibilisation du public sur les radios locales et des panneaux d’affichage pour promouvoir l’utilisation des préservatifs.
De nombreux groupes religieux dans le pays soutiennent également l’utilisation du préservatif, après avoir reconnu que les messages exhortant les populations à l’abstinence avaient échoué à obtenir les résultats attendus.
La population de l’Etat d’Anambra n’a pas la réputation d’entretenir des croyances particulièrement fondamentalistes, mais certains analystes suggèrent que cette interdiction pourrait avoir été décidée pour plaire aux groupes évangélistes locaux.
Pour M. Ofodile, cette interdiction est simplement un moyen pour les autorités de l’Etat de « marquer une victoire politique peu coûteuse ». L’Etat d’Anambra a un passé d’instabilité politique et de violences, et se lance maintenant dans « une tentative désespérée pour restaurer la morale », a-t-il estimé.
Au-delà de rendre la promotion de la contraception illégale, le commissaire M. Ilika a aussi fustigé l’avortement. « L’avortement est le pire des crimes », a-t-il déclaré. « [Tous les foetus] doivent avoir le droit de vivre quelles que soient les circonstances qui ont mené à la grossesse, même le viol ».
Il a averti que les professionnels de la santé exerçant dans l’Etat devraient faire face au risque de poursuites s’ils étaient pris à pratiquer des avortements ou tout type d’activité ‘contre la vie’. « Le gouvernement de l’Etat retirera sa licence à tout personnel médical qui ignorera cette directive et tout hôpital sera fermé ».
Le commissaire n’a pas spécifié comment l’Etat sanctionnerait les boutiques et pharmacies surprises en train de vendre des préservatifs, ou les personnes surprises en train de les utiliser.
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