Poursuite des violences dans le district du Mont Elgon

Des meurtres sporadiques continuent d’avoir lieu dans le district du Mont Elgon (ouest), où un différend foncier avait déclenché une flambée de violence et provoqué un déplacement de population massif en 2006.

« Par moments, on enregistre au moins un meurtre par jour, ou un ou deux meurtres par semaine », a affirmé Hezborn Wekola, aide secouriste à la Société de la Croix-Rouge kényane (SCRK) dans l’Ouest du Kenya, le 19 février.

Une milice baptisée Sabaot Land Defense Forces (SLDF) serait derrière la plupart de ces meurtres. Le motif serait qu’elle chercherait à réparer certaines injustices commises lors de la répartition des terres dans le cadre du plan d’aménagement de Chebyuk.

Fin 2007, au moins 45 000 personnes avaient été déplacées par les conflits intercommunautaires qui opposaient principalement des clans rivaux de la communauté de Sabaot.

« Il y a trois jours, des miliciens supposés appartenir aux SLDF ont volé quelques têtes de bétail dans le district [voisin] de Bungoma Ouest, et certaines familles auraient également été menacées », a indiqué M. Wekola.

Selon lui, les personnes déplacées sont désespérées parce qu’elles ne peuvent plus tenir leurs petits commerces ou cultiver leurs champs.

À l’en croire, les déplacés ont demandé à être réinstallés dans d’autres régions si la sécurité ne pouvait pas être garantie dans leurs localités.

« Si cela continue, on ne parlera plus de combat pour la terre, mais de combat pour la survie », a-t-il affirmé.

Dans la localité de Chepkitale, les écoles sont encore fermées tandis que les affrontements se poursuivent dans la localité voisine d’Endebess, selon Sokwony Laikong, un enseignant de la région.

« Les enfants ayant réussi à l’examen d’entrée en sixième [collège], ne se sont pas présentés au collège », a dit M. Laikong.

Par ailleurs, certaines routes principales ont été fermées par les miliciens, de sorte que la population ne peut pas se rendre dans certaines villes commerciales importantes, telles que Chepkitale. Or, la plupart des habitants du district pratiquent l’agriculture de subsistance et tirent leurs revenus de la vente de fruits et légumes, de bétail ou de lait.

« Sans marché, ils n’ont pas de revenus et ne peuvent donc pas payer la scolarité des enfants », a déploré M. Laikong.

« Notre sécurité est à la merci des miliciens », a-t-il dit. Des miliciens qui semblent avoir exploité le redéploiement des forces de sécurité dans d’autres régions du pays pour faire face aux violences post-électorales, selon un habitant, attaqué par les miliciens, qui a eu la vie sauve grâce à l’intervention de la police.


Photo: Julius Mwelu/IRIN
Un manifestant brandissant une pancarte adressée à l'ancien Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, médiateur dans les pourparlers de paix au Kenya


« Actuellement, je vis dans un commissariat de police depuis que je suis séparé de mes trois enfants », a indiqué la victime, qui a requis l’anonymat.

Initiatives de paix

Malgré le climat d’insécurité, quelques organisations humanitaires, responsables politiques et religieux locaux, et même d’anciens miliciens, ont lancé des initiatives de paix dans le district du Mont Elgon.

Certains miliciens demandent qu’on leur fournisse des semences et des engrais pour recommencer à travailler dans leurs champs, a indiqué M. Wekola de la SCRK. Des jeunes ont également fait part de leur intérêt pour les activités sportives, a-t-il ajouté.

Parallèlement, les 15 571 personnes déplacées par les violences post-électorales dans l’Ouest du Kenya sont hébergées dans 15 camps.

Ces camps sont implantés dans les districts de Bungoma Est, Ouest et Nord, Teso, Mumias, Kwanza et Lugari. D’autres personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP), originaires principalement des villes frontalières de Malaba et Busia, ont été hébergées dans des camps de Tororo, en Ouganda, pays voisin.

En janvier, au plus fort de la crise post-électorale, il y avait 19 000 PDIP dans 19 camps de la région, selon M. Wekola.

Le déplacement de population a également pesé lourd sur les écoles, puisque les salles de classe de certains établissements primaires d’Endebess ont dû accueillir pas moins de 190 écoliers, a-t-il ajouté.

Les agences humanitaires présentes dans la région fournissent aux déplacés de la nourriture et des produits non-alimentaires et construisent également dans certains camps des écoles provisoires pour prendre en charge les nombreux écoliers qui y vivent.

Florence Makhanu, coordinatrice du Conseil national des églises kényanes pour la région ouest du pays, a expliqué que les PDIP bénéficiaient également d’un soutien psychosocial.

« Une réforme agraire s’impose pour corriger certaines injustices historiques », a dit Mme Makhanu.

Le district, abandonné pendant longtemps, n’a pas été doté des infrastructures nécessaires pour permettre à la population de diversifier ses moyens de subsistance et de réduire sa dépendance à la terre, une terre devenue plus rare en raison de la poussée démographique, a-t-elle fait remarquer.

« Le district du Mont Elgon est à l’image du pays. Si nous avions pris cela [la crise du Mont Elgon] comme exemple, peut-être que cela nous aurait aidé à résoudre la crise que traverse le pays actuellement », a-t-elle ajouté.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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