L’Etat de Benue, dans le centre-est du Nigeria, détient le record peu convoité du taux de prévalence du VIH le plus élevé du pays. D’après une étude menée en 2005, 10 pour cent de ses 2,8 millions d’habitants vivent avec le virus.
Dans cet Etat, qui constituait autrefois le grenier agricole du Nigeria, de nombreuses communautés rurales ont cessé de cultiver, les jeunes générations ayant migré vers les villes.
Le résultat des taux élevés de pauvreté et de chômage ont entraîné l’augmentation des comportements à risque, tels que l’abus d’alcool ou les jeunes femmes négociant des relations sexuelles contre de la nourriture et d’autres biens de première nécessité.
Les faibles niveaux de connaissances sur l’épidémie de VIH, particulièrement dans les zones rurales, ont certainement aussi un rôle à jouer pour expliquer le fort taux de prévalence du VIH dans l’Etat.
Les autorités locales ont fait des déclarations sur leur engagement à réduire la propagation du virus, mais d’après les groupes de soutien aux personnes vivant avec le VIH, ces déclarations n’ont pas été concrétisées par des actions.
Les coordinateurs de groupes de soutien couvrant quatre zones gouvernementales locales de Benue ont expliqué à IRIN que les comités d’action locale contre le sida (LACA), mis en place par les conseils gouvernementaux locaux pour mettre en oeuvre les programmes de lutte contre le sida élaborés au niveau de l’Etat et de la fédération du Nigeria, avaient enregistré peu de succès, particulièrement dans les zones rurales.
« Nous ne recevons aucun soutien de leur part [des comités]. Nous savons qu’ils existent mais ils ne nous invitent presque jamais, quoi qu’ils fassent », a noté Thomas Kaseve du groupe de soutien Devine, qui aide ses 336 membres à se nourrir et à se déplacer.
Sans cette aide, rendue possible grâce à une subvention d’une organisation non gouvernementale internationale, M. Kaseve a estimé que la situation des personnes séropositives dans cette région serait bien pire. « La profonde pauvreté parmi les membres [du groupe] a été un obstacle pour se rendre à l’hôpital et accéder aux services médicaux ».
Les personnes qui démarrent un traitement antirétroviral (ARV) via le programme de distribution du gouvernement fédéral nigérian sont censées être vues par un médecin, mais d’après M. Kaseve, la pénurie de médecins à l’hôpital local a rendu l’accès aux traitements pour les membres de son groupe encore plus problématique.
En principe, les LACA sont financés par les conseils locaux, mais ces derniers sont peu nombreux à allouer une ligne budgétaire pour les programmes de lutte contre le sida, ce qui oblige les LACA a devoir compter sur les bailleurs de fonds internationaux pour financer leurs projets, largement concentrés dans les zones urbaines.
Plusieurs responsables de LACA, qui n’ont pas souhaité être cités nommément, ont dit à IRIN/PlusNews que leurs organismes devaient se contenter d’agir en fonction des ressources, ces dernières étant en outre rarement disponibles.
« Nous avons rencontré les membres du LACA, nous avons discuté avec eux, leur avons exposé nos plans et ce que nous avions en place sur le terrain. Nous n’avons eu aucune réponse positive de leur part », a regretté Joseph Ameh, d’un autre groupe de soutien mis en place par l’Eglise catholique à Benue.
« L’Eglise nous a tendu la main pour venir et parler des questions liées au VIH/SIDA. A part l’Eglise et le Réseau des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Nigeria [NEPWHAN], nous n’avons aucun autre soutien ici ».
M. Ameh a estimé qu’il y avait un réel besoin d’étendre leurs programmes à trois autres zones de l’Etat qui manquaient actuellement de programmes de soutien aux personnes vivant avec le VIH.
« Une rencontre avec les responsables communautaires [a été organisée] et ils nous ont tous tendu la main pour venir travailler avec eux », a-t-il dit.
Les responsables du conseil local n’ont pas répondu aux doléances des groupes de soutien, mais le gouvernement de l’Etat s’est longuement exprimé sur sa détermination à inverser le taux élevé de prévalence du VIH à Benue.
« Le taux de prévalence de 10 pour cent que nous avons à Benue est inacceptable, parce que n’importe quelle société avec un taux de prévalence de cinq pour cent est [déjà] en état d’urgence », a dit Dooshima Suswam, la femme du gouverneur de l’Etat.
Grace Wende, la coordinatrice des programmes de lutte contre le sida de Benue, a exhorté les responsables de la mise en oeuvre des programmes contre l’épidémie à faire preuve de davantage d’engagement et de diligence pour atteindre les populations cibles.
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