Aujourd’hui encore, de nombreux Nigérians séropositifs perdent leur emploi ou s’en voient refuser un du fait de leur séropositivité. Pour certains activistes, la politique nationale adoptée il y a plus de deux ans pour protéger les personnes séropositives de la stigmatisation et de la discrimination sur le lieu de travail est presque sans effet.
« Cette politique n’est pas efficace du tout ; la plupart des sociétés font juste semblant de l’appliquer, pour la forme », a déploré Josephine Odikpo, directrice exécutive du Centre pour les droits et le développement, dans la ville portuaire de Lagos.
« Il y a beaucoup de cas de discrimination contre les personnes [séro]positives dans le milieu professionnel. [Les personnes vivant avec le VIH/SIDA] se voient refuser un emploi dans la plupart des entreprises ; quant à celles qui ont été embauchées avant de connaître leur statut sérologique, elles finissent par être limogées ou, quand elles ne le sont pas, n’ont pas toujours le droit d’avoir accès à un traitement ».
Mme Odikpo s’occupe du cas d’un homme récemment débauché d’une société où il travaillait depuis plus de 21 ans et qui a été limogé dix jours après avoir commencé son nouveau travail, pour s’être révélé séropositif à la suite d’un test de dépistage.
Jusqu’ici, les efforts entrepris dans le but de le faire réintégrer ont été infructueux, malgré l’intervention du Comité national de lutte contre le sida (NACA), qui a déclaré que la société avait mal agi en licenciant la personne affectée.
« L’entreprise, qui bénéficie d’une subvention de la Banque mondiale, est censée appliquer la politique sur les lieux de travail. Or elle a refusé de réintégrer mon client qui, pour l’instant, préfère ne pas être nommé ; il craint en effet qu’en révélant son statut sérologique, il ne s’expose à davantage de stigmatisation et de discrimination », a précisé Mme Odikpo.
« C’est une injustice flagrante, à laquelle nous devons nous opposer si l’on veut récolter les fruits des efforts que nous fournissons en vue de lutter contre la stigmatisation et la discrimination à l’encontre des personnes [séro]positives, et d’encourager ces personnes à vivre ouvertement et positivement », a-t-elle déclaré à IRIN/PlusNews.
Selon Mme Odikpo, les cas de ce type sont légion. Celui de Georgina Ahmamefule, licenciée par ses anciens employeurs parce qu’elle était séropositive, est sans doute l’un des plus remarquables. Sept ans plus tard, l’affaire n’est toujours pas résolue ; la plaignante a même essuyé un revers majeur en 2000, lorsque Caroline Olufawo, la présidente du tribunal, lui a interdit l’accès à la salle d’audience de crainte qu’elle ne contamine d’autres personnes.
Bede Ezefule, directeur de programmes au Centre pour le droit à la santé, l’organisation qui a déposé la plainte de Mme Ahmamefule devant la Cour, a confirmé que l’affaire n’avait pas encore été entendue, en raison de plusieurs reports et de plusieurs changements de juges. M. Ezefule a exhorté les juges à ne pas priver les personnes [séro]positives de leurs droits.
« Je refuse de croire qu’en tant que Nigériane, je ne peux pas obtenir justice dans mon pays. Je ne crois pas qu’il me soit impossible d’être soulagée de l’injustice qui m’a été faite. Il ne s’agit pas de moi, mais des autres personnes qui vivent avec le VIH/SIDA, et qui souffrent encore de stigmatisation et de discrimination », a déclaré Mme Ahmamefule, il y a deux ans, en allusion aux retards qui la frustraient.
Inquiète à l’idée que l’attitude des juges ne stigmatise davantage les personnes [séro]positives, l’Agence de contrôle du sida de l’Etat de Lagos (LSACA) a récemment organisé un atelier de sensibilisation pour les éduquer.
Selon Ronke Bello, le responsable des relations publiques de l’agence, il est arrivé que, par ignorance du VIH/SIDA, des magistrats refusent de juger certaines affaires, impliquant des personnes vivant avec le virus.
« Nous espérons qu’aujourd’hui, grâce à cet atelier de sensibilisation, les magistrats savent ce qu’il en est et ne stigmatiseront plus les personnes [séro]positives. Ces personnes, comme toutes autres, ont le droit de jouir de leurs droits fondamentaux, et on ne devrait pas leur interdire d’obtenir justice simplement du fait de leur statut », a déclaré M. Bello.
Biodun Adetoro est le coordinateur du projet SmartWork au Nigeria ; ce projet, mis en place par l’Académie pour le développement éducatif, vise à encourager diverses organisations à appliquer les politiques VIH/SIDA sur les lieux de travail.
Pour M. Adetoro, le gouvernement est aussi en grande partie responsable de l’application défaillante de la politique VIH/SIDA sur les lieux de travail.
Beaucoup d’entreprises ne sont pas au courant de cette politique et, contrairement au gouvernement fédéral, de nombreuses autorités locales et étatiques ne se préoccupent pas de l’adopter ni de la faire appliquer.
Pour ne rien arranger, cette politique nationale ne fait pas encore l’objet d’un décret d’application. Néanmoins, selon M. Adetoro, il devrait tout de même y avoir un moyen de faire appliquer la politique sur les lieux de travail.
« Nous ne sommes pas obligés d’attendre que l’Assemblée nationale vote une loi à ce sujet. Dans ce pays, beaucoup de choses se font sans loi, et cela n’empêche pas le gouvernement de s’assurer que les politiques et les prononciations soient appliquées par les organisations ».
A en croire Olusina Falana, secrétaire exécutive de la Coalition des professionnels du Nigeria contre le sida, cette politique ne sera efficace que lorsqu’elle aura fait l’objet d’une loi, dans le cadre du projet de loi anti-discrimination.
« Tant que nous n’aurons pas d’instrument juridique pour soutenir les diverses politiques sur les lieux de travail […] ces documents resteront simplement un cadre, sans doute insuffisant pour justifier des poursuites contre une entreprise qui aurait limogé une personne [séro]positive du fait de son statut », a déploré Mme Falana.
Les responsables du NACA, qui n’avaient pas réussi à faire adopter leur projet de loi anti-discrimination au cours du mandat de la dernière Assemblée nationale, prévoient de représenter le projet devant la nouvelle Assemblée.
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