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Il est "impossible" de se déplacer autour de Bunia

Alors que des combats éclataient de nouveau mardi à Bunia, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), des responsables humanitaires ont soutenu qu’il était pratiquement "impossible" de se déplacer autour de la ville et ce, bien que la Mission de l’ONU dans ce pays, la MONUC, soit censée contrôler les fournitures humanitaires limitées encore disponibles.

Les travailleurs humanitaires, tout comme des milliers d’habitants de Bunia, ont cherché refuge dans l’enceinte de la MONUC à Bunia.

Les dirigeants des organisations humanitaires ayant évacué Bunia durant le week-end, se sont réunis dans la ville de Goma, à l’est de la RDC, dans un effort pour regrouper les informations recueillies, afin de déterminer les gestes qui devraient ou non être posés dans de telles conditions d’insécurité.

"Vous devez tenir compte des feux croisés où que vous alliez. Aucune des milices n’est capable de contrôler ses troupes. Les provisions humanitaires et les travailleurs humanitaires sont constamment à risque, et la MONUC ne peut pas procurer une sécurité suffisante pour permettre d’accéder aux populations civiles", a déclaré un représentant d’une organisation humanitaire. "La MONUC est à peine capable de protéger l’aéroport et ses propres bases".

Même si des fournitures expédiées par l'Office humanitaire de la Communauté européenne et diverses ONG ont atteint Bunia au cours des derniers jours, le trafic aérien vers cette ville en proie à des affrontements dépend des autorisations de sécurité accordées via une radio VHF par les forces de la MONUC contrôlant l’aéroport, qui déterminent s’il est sécuritaire d’envoyer un vol contenant du fret ou du personnel.

Toutefois, le fait que la MONUC ne contrôle que l’aéroport, et non sa périphérie, rend tous les avions vulnérables aux attaques provenant du sol.

Mardi, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a envoyé de Goma vers Bunia deux avions pleins de fournitures d’urgence, pour aider les victimes de la reprise des combats. Même si l’importance des déplacements de populations n’est pas encore connue, cette agence onusienne a dit craindre que des "centaines de milliers" de personnes, surtout des enfants et des femmes, soit en train de fuir la violence "et la faim qu’elle engendre dans son sillage".

Selon des sources locales, après qu’un mouvement rebelle de l’ethnie Hema, l’Union des patriotes congolais (UPC), ait pris le contrôle de Bunia, lundi, plusieurs Hema qui avaient trouvé refuge dans l’enceinte de l’ONU sont retournés chez eux, pour être remplacés dans cette enceinte par d’autres groupes ethniques qui, eux, craignent l’UPC.

L’UNICEF a expédié des trousses de médicaments, récipients pour l’eau, matériels de perfusion intraveineuse pour les blessés, tentes, toiles de plastique, sachets de sels de réhydratation orale, bidons, ainsi que des produits de purification de l’eau.

En plus des préoccupations touchant la protection des civils, l’eau et les installations sanitaires, de même que la sécurité alimentaire, déjà mentionnées lundi par les secouristes, les agences humanitaires ont attiré l’attention sur le fait que l’insuffisance des soins médicaux représentait de plus en plus une urgence. En outre, on ne sait toujours pas ce qui est advenu du personnel médical local, qui a été forcé de fuir les combats.

Mentionnant les nombreux cas de patients blessés décédés sur des tables d’opération, faute de personnel qualifié et de fournitures médicales, ils ont discuté de la pertinence d’installer un hôpital de campagne dans l’un des rares sites relativement sécuritaires de Bunia, comme l’enceinte de la MONUC, ou dans un centre médical susceptible d’être rapidement réhabilité et sécurisé, ou éventuellement à l’aéroport. Ils ont souligné que de telles installations se devaient d’être situées en territoire "ethniquement neutre", pour que les individus de tous les groupes ethniques n’aient pas peur d’y requérir des traitements médicaux.

Des milliers de civils auraient fui Bunia dans diverses directions, même si l’on ne peut avancer de chiffres précis à cet égard. Dans un communiqué rendu public mardi par World Vision International, un membre de l’ONG Uganda Emergency Response et de l’équipe de soutien du groupe Disaster Mitigation, Wycliff Kyamanywa, a estimé à 20 000 environ le nombre des réfugiés congolais ayant traversé la frontière pour se rendre dans le district de Bundibugyo, en Ouganda.

Des sources locales ont révélé que certaines familles de Bunia, craignant l’UPC, avaient entrepris de se rendre à pied jusqu’à Beni, à 200 kilomètres. Toutefois, certains auraient été forcés de rebrousser chemin en se butant à un barrage érigé par l’UPC dans le village de Chaï, à 12 km de Bunia. Ces sources ont aussi soutenu qu’une zone du sud de Bunia avait été désertée parce que tous les habitants avaient décidé de gagner Beni à pied.

Des rumeurs persistantes, dont les organisations humanitaires ont pris connaissance à Goma, prétendent que des personnes déplacées à l’intérieur du pays ont été empêchées de fuir la région par des factions armées qui tentent de les prendre en otages. En outre, des factions armées leur auraient interdit l’entrée à d’autres régions, parce qu’elles craignent que le conflit ne déborde sur leur propre territoire.

Par ailleurs, la possibilité que les milices Hema repoussent l’offensive Lendu lancée mardi suscite une nouvelle série de craintes, alors que des travailleurs humanitaires croient possible une implosion de l’alliance trouble entre deux leaders rebelles Hema rivaux, Thomas Lubanga et le chef Kawa Mandro Panga.

Les nouvelles concernant l’envoi possible, dans les prochains jours, par la France et l’Afrique du Sud, d’une force conjointe d’intervention rapide, a été accueillie par les organisations d’aide humanitaire avec un optimisme prudent, tandis que les chefs des milices Hema et le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et auquel ils sont alliés, ont déjà prévenu qu’ils considéreraient de telles forces comme "ennemies".


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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