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Les réfugiés du camp de Dukwi ne sont pas à l’abri du VIH/SIDA

[Botswana] The Dukwi camp in northeastern Botswana has more than 3,000 refugees.
The Dukwi camp in northeastern Botswana has more than 3,000 refugees (UNHCR/Geographic Information and Mapping Unit)

Créé il y a une trentaine d’années pour accueillir les personnes réfugiées de la région, le vaste camp de Dukwi abrite 3 000 personnes, qui vont et viennent hors de cet assemblage de petits bâtiments de briques, de cases et de cabanes, construit au hasard dans la brousse, au nord du pays.

Bien qu’isolés le long de la frontière qui longe le Zimbabwe, les habitants du camp peuvent trouver un travail à l’extérieur, se mêler à la population et parfois même se marier avec les habitants des villages alentours.

Vistor Moukweloi et son amie ont fui la bande de Caprivi, dans le nord-est de la Namibie il y a huit ans. Cinq ans après, en 2003, elle meurt des suites d’une «diarrhée», selon M. Moukweloi qui, depuis, est tombé malade alors qu’il travaillait en dehors du camp.

Pourtant, en tant que personne réfugiée, il n’a pas accès au traitement antirétroviral (ARV) offert, depuis quatre ans, aux seuls citoyens botswanais - 37 pour cent d’entre eux sont infectés.

Le Botswana est le seul pays d’Afrique australe à refuser l’accès au programme national de traitement contre le sida aux personnes réfugiées, contrairement à l’Afrique du Sud, à la Zambie, et plus récemment, à la Namibie.

Ailleurs, les personnes réfugiées bénéficient officieusement d’ARV, qui permettent de prolonger l’espérance de vie des personnes vivant avec le sida. Mais même si le Botswana choisit cette voie, cela risque d’être trop tard pour les habitants de Dukwi.

Selon Eric Letshwiti, coordinateur du programme de soins à domicile de la Croix-Rouge botswanaise, au moins 23 personnes sont mortes de maladies liées au sida l’année dernière.

«Un grand nombre de réfugiés travaillent à l’extérieur du camp. Lorsqu’ils sont extrêmement malades, leurs employeurs les ‘déversent’ ici, mais il est trop tard pour pouvoir faire quelque chose», a-t-il affirmé.

Ainsi, lorsque Vistor Moukweloi est retourné dans le camp, au début de l’année, il se trouvait dans une situation désespérée : «Je ne comprenais rien, je voulais juste que l’on me transfère en Zone 10 [le nom donné au cimetière du camp].»

Au mois de mars dernier, 13 réfugiés ont pu bénéficier d’un traitement grâce au soutien de l’évêque Frank Atese Nubuasah de Francistown, la capitale, et à un programme de traitement ARV qu’il coordonne au nom de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe.

Ce programme apporte de l’aide aux personnes qui ne présentent pas les critères permettant de bénéficier du programme national de traitement, sans nationalité botswanaise ou papier d’identité.

Vistor Moukweloi est l’un des cinq habitants du camp à avoir commencé un traitement. Huit autres recevront des ARV lorsque leur taux de CD4, qui mesure la force du système immunitaire, passera sous le seuil des 200.

Selon Boitumelo Segwabanyane, coordinatrice de projet auprès de la Croix-Rouge à Dukwi, la stigmatisation qui entoure le VIH/SIDA est si importante que les réfugiés, même s’ils savent pouvoir bénéficier d’un traitement ARV, sont réticents à l’idée de subir un test de dépistage.

«Les mythes autour du sida sont toujours là», a-t-elle déclaré, et ce malgré le programme d’information et de sensibilisation mis en place l’année dernière dans le camp.

La sorcellerie est toujours évoquée pour expliquer l’apparition d’un cas de sida, comme l’utilisation du préservatif, et la médecine traditionnelle est considérée comme recours fiable pour les malades. De telles idées dissuadent les réfugiés à se rendre à la clinique du camp.

En outre, les différentes langues et cultures qui cohabitent au sein du camp entravent les efforts de sensibilisation et d’information. «Nous disposons certes d’intreprètes, mais parfois nous avons besoin d’une conversation seul à seul avec le patient et cela est difficile», a expliqué Eric Letshwiti.

Les fonds débloqués dans le cadre du Plan d’urgence du président George Bush contre le sida (Pepfar) vont permettre de mobiliser les communautés du camps et de diffuser des messages de prévention qui prennent en compte les spécificités culturelles et la langue des réfugiés.

En attendant, «il est difficile de s’adresser à ces communautés, et particulièrement aux Somaliens : ils ne participent pas aux programmes de sensibilisation car dans leur culture, la sexualité est un sujet tabou», a rappelé Boitumelo Segwabanyane.

Des difficultés à croire à l'existence du sida

Juweria Daud, l’un des rares réfugiés somaliens à avoir volontairement participé à la formation sur le VIH dispensée par la Croix-Rouge, a expliqué que «la plupart des Somaliens ne croient pas en l’existence du VIH/SIDA».

«Ceux qui y croient pensent que l’on ne peut être contaminé que si l’on s’adonne à des ‘relations sexuelles illégales’. Seules les femmes enceintes subissent un test de dépistage du VIH/SIDA et elles ont peur de révéler leur statut sérologique à leur mari», a-t-il raconté.

Selon les chiffres avancés par la clinique du camp, seuls 11 réfugiés se sont rendus au service de conseil et de dépistage volontaire depuis le début de l’année. Une centaine de personnes ont subi un test de dépistage dans le cadre de la politique de dépistage systématique du VIH, un test que les patients peuvent refuser de faire.

Le personnel de la clinique n’a pas révélé le nombre de réfugiés séropositifs, mais Boitumelo Segwabanyane a indiqué que le programme de l’évêque Frank Atese Nubuasah ne suffirait pas à fournir des ARV à l’ensemble des réfugiés séropositifs.

«Nous les avons juste répertoriés et nous espérons que de nouvelles solutions vont se présenter [pour pouvoir les prendre en charge]», a-t-elle ajouté.

Pour le moment, les femmes enceintes séropositives n’ont pas accès aux médicaments afin de prévenir la transmission du virus à l’enfant. Suite à des restrictions budgétaires, en 2004, le gouvernement a arrêté de distribuer des ARV aux femmes réfugiées et le personnel de la clinique du camp et de la Croix-Rouge ne peuvent qu’informer sur les dangers de l’allaitement et distribuer du lait de substitution.

Selon Laurie Bruns, coordinatrice régionale du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour le VIH/SIDA, le programme de l’évêque Frank Atese Nubuasah «est une solution fantastique à court terme», mais un changement de politique est nécessaire afin que les réfugiés puissent avoir droit à un traitement ARV.

En outre, elle a indiqué que les craintes du gouvernement n’étaient plus justifiées dans la mesure où la majorité des pays voisins ont mis en place des programmes de traitement : le Botswana redoutait qu’en proposant gratuitement des ARV aux demandeurs d’asile, leur nombre allait s’accroître.

De plus, compte tenu du nombre relativement faible de personnes séropositives qui vivent dans le camp, elle doute que le gouvernement doive dépenser des sommes d’argent considérables.

Les réfugiés séropositifs dont le pays d’origine dispose d’un programme de traitement peuvent également opter pour le rapatriement volontaire. Mais cette démarche est trop longue pour les patients très malades, et certains ne veulent pas être rapatriés dans un pays qu’ils associent toujours aux conflits et à la persécution.

Vistor Moukweloi est soulagé de ne pas avoir eu à prendre une telle décision. A la grande surprise de ceux qui ne sont pas habitués à voir des gens se rétablir d’une maladie qu’ils n’osent même pas nommer, son état de santé s’est rapidement amélioré depuis le début du traitement.

«Les gens sont surpris de voir que je vais si bien», a-t-il dit en souriant. «Avant ils me conseillaient de conserver ma farine de maïs pour mon enterrement.»


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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