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UNGASS - Les femmes toujours vulnérables face au VIH

Women suffering from fistula wash their clothes together.

Sylvia Spring/IRIN
Women suffering from fistula wash their clothes together
Alors que les Etats d’Afrique de l’Ouest avaient reconnu en 2001 la grande vulnérabilité des femmes face à l’infection au VIH et la nécessité de leur accorder une attention particulière, rares sont ceux qui ont respecté leurs engagements de mieux les protéger. En 2005, selon le Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida), plus de trois jeunes âgés de 15 à 24 ans sur cinq vivant avec le VIH en Afrique subsaharienne étaient des femmes. Les femmes âgées de 15 à 24 ans sont trois fois plus susceptibles d’être infectées au VIH que les hommes du même âge. Une féminisation de l’épidémie qui avait déjà été soulignée dans la «Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA» prise lors de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGASS, en anglais) sur le VIH/SIDA, en 2001. Dans ce document, les 189 pays signataires avaient estimé que «les stratégies, politiques et programmes [de lutte contre le sida] devaient prendre en compte la dimension ‘genre’ de l’épidémie» et que «donner davantage de pouvoir aux femmes était essentiel pour réduire [leur] vulnérabilité [face à l’infection].» Cinq ans plus tard, le «fardeau du sida continue à s’alourdir de manière particulièrement critique pour les femmes et les filles», a reconnu Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations unies dans un rapport rédigé en prévision de la session de l’UNGASS consacrée au VIH/SIDA qui se déroule du 31 mai au 2 juin à New York, pour évaluer les progrès et les échecs enregistrés dans la lutte depuis la Déclaration d’engagement. Le manque d’information des femmes, l’absence de services de santé notamment dans le domaine de la santé sexuelle, le poids des traditions, l’incapacité de négocier des relations sexuelles protégées, les violences, la dépendance financière vis-à-vis de leur conjoint ou encore les mariages et les grossesses précoces font partie des nombreux facteurs cités par les acteurs de la lutte contre le sida pour expliquer cette féminisation de l’épidémie. Au Nigeria, seule une femme âgée entre 15 et 24 ans sur cinq sait comment se protéger de l’infection au VIH et rejette les idées fausses les plus répandues sur le VIH, selon le rapport d’évaluation des progrès accomplis par le Nigeria rédigé en prévision de l’UNGASS. Seules huit pour cent des Nigérianes déclarent utiliser régulièrement le préservatif et «quasiment aucune d’entre elles n’en utilisent avec leur mari ou leur partenaire habituel», a noté le professeur Babatunde Osotimehin, président du Comité national de lutte contre le sida (NACA), dans un entretien au quotidien américain New York Times. «Au Nigeria, nous sommes douloureusement conscients que les filles et les femmes ne peuvent pas négocier quand, où et avec qui elles ont des relations sexuelles», a-t-il dit. «Dans notre partie du monde, il est inacceptable pour une femme ou une fille de demander à son mari d’utiliser un préservatif.» Une absence de choix d’autant plus inquiétante que «pour de très nombreuses femmes et filles, le principal risque d’infection au VIH est le mariage», a souligné la coalition mondiale International women’s health society (IWHC). «Au Sénégal, au moins la moitié des femmes vivant avec le VIH ont un seul facteur de risque: elles vivent en union monogame». D’après l’Onusida, au moins un tiers des femmes vivant avec le VIH en Afrique subsaharienne sont des femmes mariées. La femme pas assez considérée comme une priorité En dépit de l’identification des facteurs de risques d’infection pour les femmes, la tendance à la féminisation de l’épidémie s’est pourtant confirmée au fil des ans parce que, contrairement aux engagements pris en 2001, «les politiques et les programmes développés pour donner davantage d’autonomie aux femmes et pour les protéger n’ont pas été considérés comme une priorité», a affirmé Adrienne Germain, présidente de l’IWHC. «Le droit à la santé sexuelle et reproductive est une priorité majeure négligée dans les politiques et l’allocation des ressource contre le VIH/SIDA», a déploré l’IWHC. «L’incapacité à protéger les droits des femmes et des filles, y compris leur droit à la santé et à vivre libre de toute pression ou violence sexuelle, a alimenté l’épidémie.» Un échec que les Nations unies et la plupart des pays participant à l’UNGASS ont reconnu dans leurs rapports d’évaluation. Or, «à moins que nous nous attaquions de manière urgente à cette tendance [à la féminisation de l’épidémie], nous échouerons à en finir avec ce fléau [du sida]», a dit M. Osotimehin. Mais selon lui, de plus en plus de pays ont pris conscience de cette menace et certains Etats, dont le Nigeria, ont commencé à mettre en place des programmes destinés spécifiquement aux femmes et aux filles pour les aider à se protéger de l’infection au VIH via des politiques adaptées aux exigences culturelles des pays. Par exemple, l’abstinence comme moyen de se prémunir de l’infection «est une stratégie majeure de prévention, mais elle ne peut pas être la seule», a affirmé M. Osotimehin, faisant référence à «la promotion enthousiaste» de ce moyen de prévention par les programmes de lutte contre le sida financés par les Etats-Unis. «Se focaliser sur l’abstinence supposerait que les jeunes [filles] peuvent choisir d’avoir des relations sexuelles», a-t-il dit. Pour tenter de répondre aux besoins de protection des femmes, les activistes de la lutte contre le sida tentent de plus en plus de promouvoir des moyens tels que les préservatifs féminins et les microbicides. Des moyens jusqu’à présent peu développés. Selon un rapport présenté lors d’une conférence sur le préservatif féminin à Baltimore aux Etats-Unis en 2005, moins de 0,5 pour cent des préservatifs vendus dans le monde sont des préservatifs féminins. Des scientifiques réunis récemment en Afrique du Sud dans le cadre de la conférence Microbicides 2006 ont par ailleurs estimé que ces produits, essentiellement présentés sous forme de gel à introduire dans le vagin avant le rapport sexuel, ne devraient pas être disponible sur le marché avant 2010. Quelques réussites à généraliser En dépit de l’échec des Etats ouest-africains à réduire la propagation du VIH/SIDA parmi les femmes, et notamment les jeunes, certains signes d’espoir ont été enregistrés dans ce domaine. D’après le rapport d’évaluation fourni par la Côte d’Ivoire en prévision de l’UNGASS, en 2004, 14 pour cent des jeunes de moins de 15 ans ont affirmé avoir déjà eu des relations sexuelles contre 27 pour cent en 2002, ce qui « pourrait s’expliquer par l’effet positif de l’intensification de la prévention au sein de la population jeune». De même, près de 64 pour cent des Ivoiriennes âgées de 15 à 24 ans ont dit avoir utilisé un préservatif lors de rapports sexuels avec un partenaire occasionnel, contre 45 pour cent en 2002. Au Burkina Faso, le taux de prévalence du VIH parmi les jeunes femmes enceintes en milieu urbain a baissé, a pour sa part constaté l’Onusida. D’autre part, l’accélération de l’accès aux traitements antirétroviraux, aujourd’hui distribués à 1,3 million de personnes dans les pays en développement, selon l’Onusida, a également profité aux femmes -mais elles sont toujours moins de 10 pour cent en Afrique subsaharienne à avoir accès aux services de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant. Pour que les quelques succès enregistrés dans la lutte contre la propagation du VIH/SIDA parmi les femmes se généralisent et aient un réel impact sur l’épidémie, plusieurs organisations de défense des droits des femmes ont exhorté les pays membres de l’UNGASS à faire preuve de davantage d’engagement politique pour tenir leurs promesses de mieux protéger ces populations vulnérables. Des voeux qui pourraient être en partie exaucés dans le cadre de la Déclaration d’engagement qui doit être signée à l’issue de cette session de l’UNGASS, selon l’IWHC: la proposition de texte soumise à l’approbation des pays membres «met un accent assez fort sur les femmes et les filles», s’est réjoui l’organisation.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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