LAGOS
Refuser de soigner des patients séropositifs et les orienter vers d’autres structures sanitaires n’est pas une mesure discriminatoire mais un problème de manque de moyens, ont affirmé les responsables d’un hôpital public de Lagos accusé de renvoyer les patients infectés au VIH.
«Compte tenu de nos connaissances et de nos moyens, nous ne pouvons pas sauver la vie des malades [infectés au VIH], nous préférons les envoyer là où ils seront correctement soignés mais peu de gens comprennent cela», a plaidé le docteur Ngozi Nwosu, directrice du centre médical fédéral (CMF) Ebute-Metta de Lagos, la plus grande ville portuaire du sud du Nigeria.
Le docteur Nwosu répondait aux accusations formulées notamment par des membres du corps médical du centre, selon lesquelles un patient dépisté positif au VIH au cours des examens effectués lors de l’admission à l’hôpital se voyait systématiquement refuser certains soins, comme les actes chirurgicaux, et ce quelle que soit l’urgence de la situation.
Les responsables du CMF ont entre autres cité le manque de médicaments antirétroviraux (ARV) pour justifier le renvoi des patients séropositifs vers d’autres établissements.
Depuis janvier 2006, le gouvernement nigérian fournit gratuitement des ARV aux patients séropositifs inscrits dans le programme gouvernemental de distribution de ces médicaments contre le sida. Le CMF ne fait pas partie des centres habilités à distribuer ces ARV.
«Certains centres sont habilités [à distribuer les ARV], d’autres pas, tous les hôpitaux ne peuvent pas prodiguer des soins aux malades séropositifs», a dit le docteur Ganisa, responsable du laboratoire du CMF. «A l’heure actuelle, nous ne faisons qu’examiner les patients avant de les envoyer vers les centres habilités.»
Le docteur Nwosu a affirmé qu’en dépit du manque de moyens et de médicaments, le CMF Ebute-Metta faisait «tout son possible» pour soigner les patients, quel que soit leur statut sérologique.
«Lorsque les patients atteints du sida arrivent à l’hôpital, nous nous occupons d’eux, nous les soignons», a-t-elle insisté. «Nous ne savons pas où [le gouvernement] achète les ARV, nous n’en avons pas en stock, mais nous parvenons à soigner les patients qui souffrent entre autres de diarrhées et de vomissements».
«Nous n’aimons pas renvoyer les patients séropositifs, mais lorsqu’un patient est envoyé vers un autre hôpital, c’est que le médecin ne se sent pas capable de le soigner», a-t-elle poursuivi. «Vous ne pouvez pas obliger un médecin à faire quelque chose qu’il ne se sent pas capable d’accomplir, surtout lorsque le malade peut être soigné correctement dans un autre établissement ».
Une version que des témoins et membres du corps médical du centre, ayant requis l’anonymat, ont démentie.
L’un de ces témoins a cité le cas d’un patient hospitalisé récemment pour une occlusion intestinale aiguë nécessitant une intervention chirurgicale urgente. Le test de dépistage du VIH effectué avant l’opération s’étant révélé positif, les responsables du centre ont alors demandé au chirurgien qui s’apprêtait à l’opérer de ne pas le faire.
Le patient a été renvoyé sans explication vers un établissement privé, selon ce témoin, qui a affirmé que le médecin était pourtant disposé à opérer. Démuni et incapable de payer cet acte chirurgical qui peut coûter jusqu’à 150 000 Nairas (1 160 dollars) dans une structure privée, le patient a été contraint de renoncer à l’opération en dépit de la gravité de son état et à rentrer chez lui dans le nord du pays.
Selon un membre du corps médical du CMF de Lagos, le cas de ce patient n’est pas rare et le refus d’opérer une personne séropositive ferait même partie de la politique de l’établissement, «une injustice» qui doit être porté à la connaissance des autorités sanitaires responsables des structures fédérales, a estimé ce travailleur de la santé.
Le docteur Nwosu et le docteur Ganisa ont une nouvelle fois nié ces accusations, estimant que tant que le centre n’était pas équipé pour prendre en charge les personnes séropositives, il était justifié, dans l’intérêt même des patients, de les orienter vers des structures compétentes.
«Pourquoi maintenir que les patients doivent être opérés à tout prix [quand on n’en a pas les moyens]?», s’est insurgé le docteur Nwosu. «Et si le résultat était mauvais? Les gens sauront vous accuser, ils vous traîneront devant le Conseil médical et dentaire et le comité disciplinaire vous jugera».
Pour remédier à cette situation, le docteur Ganisa a dit espérer que le CMF Ebute-Metta serait habilité à distribuer des ARV avant la fin de l’année et qu’il serait régulièrement approvisionné pour lui permettre de prendre en charge les personnes infectées au VIH.
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