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Chroniqueuse, activiste, «positive et fière»

[Nigeria] Rolake Odetoyinbo, a 35 year-old lady living with HIV, writes a column titled In Moments Like This- Living with HIV in the Sunday Punch newspapers, Nigeria's largest circulating weekly, and runs a Television version every Saturday on the nationa Lekan Otufodunrin/IRIN
Vous pensez que je n’ai pas de désir sexuel ? s’interroge Rolake Odetoyinbo à la télévision.

Pour les lecteurs du Sunday Punch et les téléspectateurs du réseau NTA, Rolake Odetoyinbo est loin d’être une inconnue. Sa chronique et son émission «Dans des moments comme ça – Vivre avec le VIH» ont fait de cette jeune femme séropositive une figure médiatique de la lutte contre l’épidémie au Nigeria.

Chaque dimanche depuis trois ans dans les pages de l’hebdomadaire le plus largement diffusé dans le pays, Mme Odetoyinbo se fait l’avocate, la plume ou le porte-parole des quelque quatre millions de personnes vivant avec le VIH au Nigeria.

Depuis près d’un an, elle anime également chaque samedi sur le réseau national des télévisions de la NTA (Nigeria Television Authority) la version télévisée de cette chronique, diffusée dans les 36 Etats de ce pays de 126 millions d’habitants.

Mme Odoteyinbo n’est pas la seule à écrire des articles et à animer des émissions sur le VIH/SIDA au Nigeria, mais elle est la seule à le faire en étant elle-même infectée au VIH, une différence qui a eu l’impact qu’elle escomptait, et même davantage, a-t-elle reconnu.

«Dès la parution des premières chroniques, j’ai été débordée par le courrier des lecteurs», a-t-elle dit à PlusNews lors d’un entretien à Lagos. «Ils arrivaient par torrent et j’ai dû payer pour augmenter la capacité de réception de ma boîte email».

Le lancement des programmes télévisés a encore accru ce phénomène. En quelques mois d’existence, l’émission a reçu quelque 7 000 réponses, incluant les emails, les appels téléphoniques, les lettres et toutes sortes de demandes de renseignements, a-t-elle raconté.

«Le retour a été incroyablement élevé pour un nouveau programme, avec des gens qui disaient des choses comme ‘il existe un traitement contre le sida, venez pour le prendre’, ‘nous apprenons quelque chose de nouveau’, ‘pouvez-vous avoir le sida et être aussi grosse que vous l’êtes?’, et même des demandes en mariage!», s’est amusée cette nouvelle célibataire de 35 ans, divorcée en 2003 après sept ans de mariage, pour ‘différentes raisons, pas toutes liées au sida’.

Dans un pays où la stigmatisation liée au virus contraint la majorité des personnes infectées au VIH à vivre dans l’ombre, Mme Odetoyinbo, n’a pas caché sa satisfaction de voir que ses interventions médiatiques provoquaient une prise de conscience et créaient une demande d’information sur le dépistage ou les traitements.

Des rêves ambitieux

Sa chronique et son émission télévisée ne représentent qu’une partie des multiples actions de plaidoyer dans lesquelles cette femme dynamique est impliquée pour tenter de «démystifier» le VIH/SIDA et d’informer les personnes infectées sur les possibilités de traitement.

Coordinatrice nationale du Mouvement d’action pour les traitements (Tam) au Nigeria, membre du Comité directeur et coordinatrice pour l’Afrique de l’Ouest anglophone du Mouvement panafricain d’action pour les traitements (Patam), Mme Odetoyinbo est également fondatrice et directrice de projet de l’organisation non-gouvernementale Action positive pour l’accès aux traitements (Pata).

Après trois années comme «avocate et activiste free-lance», cette diplômée d’arts dramatiques de l’Université Obafemi Awolowo d’Ile-Ife, dans le sud-ouest du Nigeria, a expliqué avoir fondé le Pata pour s’assurer que «chaque individu a accès à l’information sur les traitements et que n’importe qui peut avoir accès à des traitements abordables, de qualité, [respectant] l’éthique et les valeurs humaines».

Un an après sa création, son organisation a été à de nombreuses reprises saluée pour son activisme mais Mme Odetoyinbo a dit être très loin des objectifs qu’elle s’était fixée.

Elle date sa décision de s’engager dans la lutte contre le sida à l’été 2002 et la Conférence internationale sur le sida de Barcelone d’où elle était rentrée «positive, et fière».

«J’avais des rêves ambitieux, et beaucoup de ce que je voulais voir, je ne l’ai pas encore vu», a-t-elle dit. «Je rêve d’un Nigeria où tous les gouvernements locaux feraient de l’éducation et du plaidoyer pour les traitements. Il y a des gens qui parlent de prévention, pas de traitement comme je le voudrais».

L’un des principaux projets en cours du Pata est le ‘Projet Frontières’ (FP). Ce projet, financé par la Fondation Ford, cible les personnes vivant avec le VIH qui, parce qu’appartenant aux classes moyennes et aisées de la société nigériane, n’ont pas d’endroit où aller pour être soutenues.

Selon Rolake Odetoyinbo, de nombreux programmes de prévention, de soutien et de traitements du VIH se concentrent sur les personnes des classes défavorisées, ce qui donne l’impression que le sida est une «maladie de pauvres». Cela a conduit les Nigérians à oublier que l’épidémie affecte toutes les couches de la société.

De huit personnes en mars 2004, le nombre de membres du FP est passé à 32 à Lagos. Il y en a beaucoup d’autres à travers tout le pays, a affirmé Mme Odetoyinbo.

«Ma motivation était que je voulais voir des gens comme moi, des gens qui sont éduqués et qui ont des emplois intéressants. J’en avais marre de l’image du VIH associée à la pauvreté», a-t-elle dit.

Selon Mme Odetoyinbo, ce projet a permis de «créer un espace pour les travailleurs de la classe moyenne qui, au-delà de l’argent pour acheter les traitements, souhaitaient surtout avoir un endroit où rencontrer des gens comme eux».

«Ils appartiennent à une génération qui assume la charge de leurs parents âgés, de leurs propres enfants, de leur conjoint et de l’éducation de leurs frères et soeurs», a-t-elle expliqué. «Ces personnes sont tellement importantes que si le sida les emporte, la famille entière risque de basculer dans la pauvreté».

Un vrai partenariat avec les personnes séropositives

Dépistée positive au VIH il y a sept ans, Mme Odetoyinbo a admis que son statut l’avait aidée à atteindre la reconnaissance qu’elle a aujourd’hui.

«Celui qui porte la chaussure sait où elle serre le plus», a-t-elle dit. «J’ai connu des périodes où j’étais vraiment mal, où je n’avais aucun accès à l’information, où je voulais vraiment faire plus mais je ne pouvais pas parce que je ne voulais pas risquer [de révéler mon statut]».

«Je sais le genre de message que les personnes séropositives veulent entendre», a affirmé celle qui reconnaît avoir eu besoin de deux années après son test de dépistage pour rencontrer un conseiller.

Dans le cadre de son émission télévisée, elle donne régulièrement la parole à une personne séropositive ou à un membre d’un groupe de soutien pour discuter des problèmes qui suscitent l’inquiétude des personnes infectées par le virus.

Mme Odetoyinbo a estimé que pour assurer le succès des différentes campagnes de lutte contre le sida, il était nécessaire d’impliquer davantage et de manière plus constructive les personnes vivant avec le VIH, que ce soit dans la conception des programmes que dans leur mise en oeuvre.

«Il ne suffit pas de nous inviter, moi ou d’autres personnes infectées, pour venir et parler dans le cadre de ces programmes. Nous devons être impliqués dans la planification et dans l’exécution», a-t-elle dit. «Ce que nous voulons c’est un réel partenariat, pas des frais de transport pour venir parler».

«Nous souhaitons un processus qui renforce les personnes vivant avec le VIH, ce qui implique de partager le pouvoir avec ces personnes et non pas de les utiliser», a-t-elle ajouté.

Mme Odetoyinbo a dit avoir beaucoup appris depuis qu’elle s’est lancée dans la lutte, et particulièrement au cours de la dernière année, avec la création de son organisation.

«C’était très excitant, [peu à peu] je me calme, je deviens plus mature», a-t-elle estimé. «Je réalise petit à petit qu’au delà d’être une activiste, je dois apprendre à gérer une organisation et qu’il ne s’agit plus de moi seulement».


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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