La Société des femmes contre le sida en Afrique, la Swaa, a lancé un appel pressant aux Nations Unies et aux gouvernements en faveur de la protection des femmes et de la sauvegarde de leurs droits fondamentaux lors des luttes politiques et des guerres civiles, considérées comme des facteurs déterminants à leur vulnérabilité face à l'infection au VIH/SIDA.
Des centaines de milliers de femmes ont été victimes de violences sexuelles ces dernières années lors des conflits en Afrique, et un grand nombre de ces femmes ont été infectées au VIH/SIDA, a rappelé Gifty Baka, directrice exécutive de la Swaa-international, dans le communiqué intitulé ‘Conflit, femmes et IST/VIH/SIDA [Infections sexuellement transmissibles/VIH/SIDA]’.
«Durant les périodes de conflit ou de post-conflit, la vulnérabilité des femmes au VIH/SIDA devient disproportionnée, en raison de la disparition de l’ordre et de la loi» et de la multiplication «des cas d’abus sexuels par des personnels militaires», a dit Baka.
Créée en 1988 pour renforcer la capacité des femmes africaines à faire barrage à la propagation de l’épidémie, la Swaa compte aujourd’hui quelque 40 000 membres dans 40 pays du continent.
«Les femmes et les filles sont souvent utilisées comme des armes de guerre, et sont systématiquement victimes d’abus sexuels», a déploré Baka, citant les cas des conflits en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d'Ivoire, au Rwanda, en RDC, au Burundi ou au Soudan.
«La guerre et les violences sexuelles qui y sont liées découlent sur des grossesses non désirées et des enfants sans père, infectés au VIH/SIDA, souvent à travers la transmission mère-enfant», a rappelé le communiqué.
Selon Baka, des services de dépistage du VIH, de conseil, de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant ainsi que d’information sur les moyens de prévention et l’accès aux traitements antirétroviraux doivent être mis en place partout où ils sont accessibles aux déplacés, aux réfugiés et aux victimes de violences.
«Un pays se relèvera d’autant plus efficacement d’une guerre que ses femmes sont saines de corps et d’esprit pour contribuer de leur mieux au développement national», a t-elle ajouté.
Dans un rapport paru en mars et cité par la Swaa, l'organisation internationale de défense des droits de l'homme Human Rights Watch s’est inquiétée du sort des dizaines de milliers de femmes et de fillettes victimes de viols pendant la guerre en RDC entre 1998 et 2003.
Une inquiétude partagée par d’autres organisations, comme le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), qui a estimé qu’en raison du taux élevé d'infection au VIH parmi les soldats, près d'un tiers des personnes violées lors du conflit en RDC pourrait avoir été infecté par le virus.
«En Afrique subsaharienne, le visage du sida est de plus en plus celui d'une femme, et celui d'une femme jeune», a dit en novembre Pamela Shifman, chargée de la protection des enfants pour l’Unicef.
En avril 2004, l'organisation internationale de défense des droits de l'homme Amnesty International a publié un rapport intitulé ‘Vouées à la mort, les victimes de viols atteintes par le VIH/SIDA’, sur le cas des victimes de viols, tortures ou mutilations sexuelles lors du génocide de 1994 au Rwanda.
Au moins 250 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles. Parmi les survivantes, celles qui ont été infectées au VIH/SIDA continuent de souffrir de traumatismes et de la stigmatisation liée au virus, tandis que très peu d’auteurs de ces violences ont été jugés, a déploré Amnesty dans son rapport.
L’organisation internationale des droits de l’homme a aussi évoqué les nombreuses femmes forcées à rejoindre les groupes armés, qui ont été victimes de viols ou d'autres formes de violences sexuelles pendant les 14 ans de guerre civile au Liberia, et même après la signature des accords de paix en 2003.
Dans son rapport 2005, Amnesty International signale que près de 75 pour cent des femmes et jeunes filles de plus de 18 ans qui se sont présentées au programme de désarmement, démobilisation, réhabilitation et réintégration (DDRR) au Liberia, ont déclaré avoir été victimes d'une forme de violence sexuelle.
Autre cas évoqué par la Swaa dans son communiqué, celui de la Sierra Leone, ravagée par une décennie de guerre civile jusqu’en 2001.
Selon une étude publiée en 2002 par l'organisation américaine ‘Médecins pour les droits de l'homme’ en collaboration avec la mission des Nations Unies en Sierra Leone (Unamsil), et citée par la Swaa, «le taux de prévalence des violences sexuelles en dix ans de conflit est équivalent au taux de violence sexuelle de toute une vie en période de paix».
Malgré ces constats, a souligné la Swaa en s’appuyant sur les conclusions d’une enquête du Programme des Nations Unies pour le développement, aucune action spécifique ne vise les victimes d’abus sexuels potentiellement infectées au VIH/SIDA lors de la mise en place des programmes d’aide d’urgence en période de conflit et de post-conflit.
Pour remédier à cela, la Swaa «appelle le Conseil de sécurité des Nations Unies, les gouvernements et les partenaires internationaux [..] à faire de la protection des femmes, des fillettes et des enfants l’action centrale des programmes d’intervention en période de conflit et de post-conflit», a dit Baka dans le communiqué.
«Plus que tout, les auteurs des violences sexuelles commises pendant les conflits doivent être traduits en justice pour dissuader d’autres [personnes de se livrer à ces actes]», a conclu la Swaa.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions
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