Isabella Omoto habite le district de Teso, dans l’ouest du Kenya. Son époux, avec lequel elle vivait depuis sept ans, l’a récemment forcée à se soumettre à un test de dépistage du VIH. Elle a été diagnostiquée séropositive.
« Quand je l’ai dit à mon mari, il s’est mis à me battre et m’a accusée de coucher avec d’autres hommes », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews depuis la maison de sa mère, où elle vit désormais. « Il a jeté mes affaires dehors et m’a dit de retourner chez ma mère avec tous nos enfants ».
« Il ne veut pas que je revienne parce qu’il me considère comme une prostituée », a-t-elle ajouté. « Aujourd’hui, il a une autre épouse et a hérité d’une deuxième – je ne veux pas interférer avec elles ».
Selon Nelson Andanje, coordonnateur du district de Teso pour le sida et les infections sexuellement transmises, les hommes de la région ont trop peur pour se soumettre eux-mêmes aux tests de dépistage. Ils obligent donc leurs épouses à s’y rendre à leur place pour connaître leur propre statut.
« Comme dans plusieurs autres régions, ce sont les femmes qui viennent faire les test de dépistage du VIH. On voit très peu d’hommes », a-t-il ajouté. « Les hommes croient que le diagnostic de leur femme s’applique aussi à eux ».
Une question de droits
En décembre 2009, Human Rights Watch (HRW) a évoqué la possibilité de violations des droits humains dans le cadre de la campagne nationale de dépistage.
« Le fait de forcer une femme à se soumettre à un test de dépistage et de décider en fonction du résultat si elle peut continuer à vivre dans le foyer conjugal constitue une grossière violation des droits humains. Et c’est plutôt ridicule quand on ne connaît même pas son propre statut », a dit M. Andanje.
Selon des statistiques du bureau du coordonnateur du district pour le sida, 10 838 femmes ont été testées au cours de l’année dernière. Seules 183 d’entre elles étaient accompagnées de leur mari. D’après l’enquête sur les indicateurs du sida, environ 45 pour cent des femmes ont été dépistées pour le VIH, contre seulement 25 pour cent des hommes.
« On peut attribuer le nombre plus élevé de femmes au dépistage prénatal du VIH, mais même dans ce cas, l’homme n’accompagne jamais son épouse comme il le devrait », a-t-il ajouté.
La prévalence du VIH dans le district de Teso est de 24 pour cent. Les autorités sanitaires ont découvert que, combinés à des croyances culturelles bien ancrées, la pratique de la polygamie et le droit de léguer son épouse à un autre homme constituaient des facteurs clé de la transmission du VIH.
« À cause de leurs croyances culturelles, les hommes estiment qu’il est indigne d’eux d’aller volontairement consulter et se soumettre à un test de dépistage et que les femmes sont les seules responsables de la transmission du VIH », a indiqué M. Andanje.
Couples discordants
« Beaucoup de gens ignorent l’existence de couples discordants », a-t-il ajouté.
Environ six pour cent des couples kényans – soit quelque 344 000 – sont discordants [c’est-à-dire que l’un des deux est séropositif et que l’autre est séronégatif], et seulement 22 pour cent des couples du pays connaissent le statut de leur partenaire sexuel.
Selon le plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA, « les normes sociales liées aux relations [homme-femme], les rôles sexuels/déséquilibres, la stigmatisation, la discrimination, la peur, la perception du risque et le nombre d’enfants désirés présentent des défis de taille pour la prévention ».
D’après M. Andanje, les autorités du district cherchent à sensibiliser la communauté à l’existence de couples discordants et à encourager les femmes à s’exprimer si elles sont forcées de se soumettre à un test de dépistage.
« Nous passons par les administrations locales pour atteindre les hommes et leur faire connaître les avantages d’un dépistage individuel. Nous voulons qu’ils soient conscients que leur couple est peut-être discordant », a-t-il dit. « Quand une femme ou un homme vient seul(e), il est difficile de savoir si son couple est discordant et, par conséquent, d’offrir les services adéquats ».
« Les hommes doivent prendre conscience qu’il n’y a rien de féminin ou de masculin dans le fait de se soumettre à un test de dépistage pour le VIH. Il s’agit simplement d’une question de santé », a-t-il ajouté.
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