Le troisième Plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA, qui va de 2009/2010 à 2012/2013 et qui a été lancé dans la capitale, Nairobi, le 12 janvier, tend aussi à réduire la mortalité liée au sida de 25 pour cent.
« Nous ne pouvons pas atteindre nos objectifs si nous n’annulons pas les nouvelles sources d’infections par le VIH – ce qui implique de mettre les populations les plus à risque au centre de nos programmes sida et de nos stratégies de prévention », a dit Alloys Orago, directeur du Conseil national de lutte contre le sida.
Risque élevé
Au Kenya, les travailleurs du sexe hommes et femmes, les utilisateurs de drogues injectables, et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (MSM) sont considérés comme les principales populations les plus à risque.
Une étude datant de 2008 sur les modes de transmission a révélé que les travailleurs du sexe et leurs clients représentaient 14 pour cent des nouvelles infections par le VIH, et que les MSM et la population carcérale comptaient pour 15 pour cent des nouvelles infections. L’étude a également montré que les utilisateurs de drogues injectables constituaient 3,8 pour cent des nouvelles infections.
Lors du lancement du Plan, Michel Sidibé, directeur exécutif d’ONUSIDA, le Programme commun des Nations Unies sur le sida, a souligné dans un discours le paradoxe existant entre la volonté d’étendre les programmes sur le sida pour les populations les plus à risque et la criminalisation en même temps des activités qui les placent à un risque élevé de contracter et de transmettre le VIH.
La criminalisation est un obstacle
« La criminalisation rejette dans l’ombre les populations les plus à risque comme les travailleurs du sexe, les utilisateurs de drogues injectables et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes », a-t-il dit. « Il est difficile d’atteindre des groupes dont les actions sont considérées comme étant en désaccord avec la loi ».
Le travail sexuel, les actes homosexuels et l’utilisation de drogues illicites sont tous illégaux au Kenya et sont passibles de longues peines de prison.
« Une série de difficiles questions juridiques a surgi à la suite de tentatives d’établir des programmes [ciblant] plus directement les populations les plus à risque et d’étendre ces programmes », déclare le plan. « Les programmes fonctionnent avec tous ces groupes depuis de nombreuses années, mais avec des contraintes ».
Le manque de données sur ces groupes, leur marginalisation des services de santé officiels et l’intolérance sociale à leur égard constituent d’autres défis pour atteindre ces populations.
L’étude sur les Modes de transmission a recommandé qu’ « immédiatement et dans un délai à court terme, des moyens soient examinés pour améliorer et accélérer l’offre de services ; à long terme, examiner des changements de politiques et de lois qui criminalisent et discriminent des groupes ».
Le financement national, une priorité
Si le plan a été bien accueilli par de nombreux intervenants dans le secteur du VIH/SIDA, il existe des inquiétudes quant au fait que le Kenya demeure presque entièrement dépendant du financement extérieur pour ses programmes sur le sida. Le Kenya a besoin d’au moins 3,5 milliards de dollars pour mettre en œuvre avec succès ce nouveau plan.
« Nous demandons au gouvernement de mettre en place des mesures qui assureront que le financement pour le traitement du VIH soit généré localement, parce qu’il s’agit du seul moyen durable de s’assurer que les personnes qui ont besoin de traitement le recevront », a dit Nelson Otuoma, un représentant du National Empowerment Network of People Living with HIV/AIDS in Kenya. « Nous ne pouvons pas éternellement compter sur les donateurs. Qu’arrive-t-il quand les donateurs se retirent ? Nous proposons des taxes spécifiques pour générer de l’argent pour les traitements ».
Au Kenya, le taux national de prévalence est de 7,1 pour cent ; on estime que 166 000 Kenyans sont infectés par le VIH chaque année, dont 34 000 sont des enfants.
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