Environ 55 pour cent des quelque 180 000 enfants orphelins de ce petit royaume montagneux, qui affiche le troisième taux d’infection au VIH le plus élevé au monde, ont perdu un, ou leur deux parents, à cause de l’épidémie.
« Il est bien connu que lorsque les gens sont atteints de cette maladie, la tendance est d’être dans le déni pendant un certain temps, et parallèlement, de dépenser beaucoup d’argent pour aller d’un guérisseur traditionnel, ou d’un médecin, à un autre », a dit Limakatso Chisepo, directeur du service des Affaires sociales. « Quand [les patients] finissent par mourir, les ressources de la famille sont épuisées ».
Aujourd’hui, l’aide est à portée de main pour les enfants « les plus nécessiteux parmi les nécessiteux », le gouvernement étant en train de lancer un programme de subvention pour les enfants, grâce à un financement de la Commission européenne et une assistance technique du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF.
Dans le cadre de la phase pilote, 1 250 foyers identifiés et désignés par leur communauté recevront en avril un premier versement trimestriel de 360 maloti (38 dollars). « Nous sommes convaincus que le montant [de la subvention], bien qu’il soit peu élevé, peut faire la différence dans la vie d’un enfant », a dit M. Chisepo à IRIN/PlusNews.
Mohemmad Farooq, spécialiste de la protection de l’enfant à l’UNICEF, qui a participé à l’élaboration du projet, a expliqué que la subvention n’avait pas la prétention de pouvoir combler tous des besoins d’un enfant.
« Il y a une crainte que les gens puissent devenir ‘accros’ aux subventions sociales et cessent de lutter de leur côté », a-t-il dit. Dans la mesure où le programme espère à terme atteindre quelque 60 000 enfants, le montant de la subvention doit aussi être réaliste pour faire en sorte que le gouvernement ait les moyens de prendre ensuite le relais et de continuer à la verser.
M. Farooq a dit que la décision de donner de l’argent, plutôt que des rations alimentaires ou autres formes de soutien, était fondée sur une large expérience montrant que les subventions en espèces donnaient aux ménages davantage de flexibilité. « Votre priorité peut être des médicaments ou des vêtements ; quand on offre aux gens un soutien en nature, ils le vendent souvent pour avoir de l’argent liquide, à un prix inférieur à ce qu’il vaut ».
Un projet pilote de transfert d’argent, mené par l’organisation caritative World vision en 2008, a fait l’expérience de donner à certains ménages des colis alimentaires, à d’autres l’équivalent en argent liquide, et à un troisième groupe une combinaison des deux. Jonathan Moyo, chargé des marchandises à World vision, a expliqué que les ménages recevant la combinaison étaient ceux qui avaient tiré le meilleur bénéfice de l’opération.
« L’inconvénient de ne donner que des espèces est que les gens les dépensent pour autre chose, comme les frais de scolarité et les funérailles, et au final, ils ont faim », a-t-il dit. « Il faut aussi vérifier s’il y a des marchés disponibles dans la zone et s’assurer que les gens ne doivent pas dépenser de l’argent pour parcourir de longues distances pour aller acheter de la nourriture ».
M. Chisepo a reconnu qu’il serait difficile de s’assurer que les ménages dépensaient vraiment l’argent pour les enfants, mais que des comités communautaires seraient mis en place pour vérifier le bien être des enfants et gérer les réclamations.
Les comités devront aussi déterminer quels ménages sont éligibles pour la subvention. « Dans ce pays, plus de 60 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté », a dit M. Farooq, « mais on ne peut peut-être couvrir que 25 pour cent de ceux qui sont éligibles, donc il fallait créer un mécanisme ».
En Afrique du Sud, pays voisin, où les subventions mensuelles pour les enfants ont été introduites il y a 10 ans, des études ont montré que les enfants de ménages pauvres qui recevaient une aide avaient davantage de chances d’être inscrits à l’école et avaient un meilleur accès à l’alimentation et les soins de santé.
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