« Quand tu entends des gens faire des plaisanteries sur le VIH, sans se soucier de savoir si quelqu’un dans le groupe ne vit pas avec [le virus], cela te donne l’impression que tu n’es pas à ta place et te [donne envie de te] retirer pour t’isoler. On te tue sans le savoir », a dit William Kisia*, un étudiant séropositif de 22 ans.
« Ces jeunes gens utilisent ces mots – pas forcément pour créer de la stigmatisation envers leurs camarades, mais pour faciliter la conversation entre eux – mais la stigmatisation se créé pendant ce processus, sans que les gens qui sont à l’origine de ces mots en aient conscience », a dit le docteur Maurine Olel, coordinateur de l’unité de lutte contre le sida de l’université de Maseno.
« Nous travaillons avec les clubs d’étudiants, les représentants des étudiants et d’autres partenaires pour nous assurer que les jeunes sont… attentifs à leurs camarades qui pourraient vivre avec le VIH », a-t-il ajouté. « Quand on instaure la stigmatisation, les efforts menés pour lutter contre le VIH deviennent difficiles à mettre en œuvre ».
Parmi les termes d’argot en langage kiswahili, utilisés couramment par les étudiants pour se référer au VIH, figurent des mots comme ‘mdudu’, petite bestiole ; ‘huyu jamaa anatuacha’, qui signifie ‘ce gars est en train de nous quitter’ ; ‘ogopa’, la peur, un terme utilisé par les jeunes hommes pour décrire une femme séropositive ; ‘huyo jamaa amekanyaga live wire’, ‘ce gars a marché sur un fil sous tension’, pour décrire quelqu’un qui a été infecté au VIH suite à des relations sexuelles non protégées.
« Les gens à qui vous parlez d’une personne qui vit avec le VIH, en utilisant ce type de langage, peuvent aussi être séropositifs, et vous pourriez les blesser sans même le savoir. Nous devons cesser d’utiliser ce langage humiliant pour décrire les autres », a plaidé Evelyn Wanderi, qui a participé récemment à un atelier sur le langage stigmatisant.
« Imaginez que vous êtes séropositif et que vous entendez quelqu’un faire une plaisanterie selon laquelle le VIH est un cadavre ambulant ; ça vous détruit, émotionnellement et physiquement – ça détruit votre esprit », a-t-elle dit. « Ceux qui connaissent leur statut et souhaitent en parler ouvertement ne le feront jamais, [tandis que] ceux qui ne le connaissent pas feront tout pour ne pas le découvrir – c’est le meilleur moyen de perdre la bataille contre le VIH ».
Rosemary Wambui, psychologue et conseillère auprès de l’unité sida de l’université, a noté que « les étudiants sont généralement conscients du VIH, mais il est important de lutter contre la stigmatisation… et ce qui la provoque, y compris le langage, parce que cela mène au silence et au déni qui sont de gros obstacles à la lutte contre le sida ».
Le ministère de la Santé et la Commission pour l’enseignement supérieur ont établi un partenariat avec Choose life Africa, une organisation non gouvernementale qui travaille dans la lutte contre le sida auprès des étudiants, dans le cadre d’un programme qui a aussi permis de former quelque 4 000 pairs éducateurs. Plusieurs universités, y compris celle de Maseno, dispensent maintenant des cours obligatoires sur le VIH que tous les étudiants doivent suivre, condition exigée pour être diplômé.
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