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Le gouvernement inclusif du Zimbabwe commence aujourd’hui à prendre conscience d’une réalité difficile : ceux qui peuvent accorder des fonds pour financer la reconstruction du pays ne sont pas disposés à le faire, et ceux qui souhaitent en accorder n’en ont tout simplement pas.
A la suite d’un accord politique négocié par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), Morgan Tsvangirai a pris ses fonctions de Premier ministre le 11 février 2009, et le président Robert Mugabe est resté au poste qu’il occupe depuis l’indépendance du Zimbabwe par rapport à la Grande-Bretagne, en 1980.
Si la SADC a salué cet accord comme un nouveau départ pour ce pays autrefois prospère, les principaux bailleurs du Zimbabwe – Etats-Unis et Union européenne - ont pour leur part adopté une approche attentiste, refusant, dans l’immédiat, de débloquer les fonds nécessaires à la reconstruction économique du pays.
Depuis le 11 février, le gouvernement du président américain Barack Obama a en effet refusé publiquement de lever les sanctions ciblées contre Robert Mugabe et l’élite de son parti, la ZANU-PF, une position partagée par l’Union européenne.
« Rien ne porte à croire, à ce stade, que le Zimbabwe obtiendra ces fonds, ô combien nécessaires, qui sont essentiels à son redressement économique », a déclaré à IRIN Tony Hawkins, professeur d’économie à Harare, la capitale.
Dans un rapport publié en 2008 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), il était estimé qu’environ cinq milliards de dollars américains seraient nécessaires pour relancer l’économie et tirer le pays du bourbier financier dans lequel il s’est enlisé.
En juillet 2008, le gouvernement zimbabwéen a cessé de calculer le taux d’inflation, qui avait atteint 231 millions pour cent ; les infrastructures se sont effondrées et sept millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, dépendent de l’aide alimentaire ; en outre, une épidémie de choléra a fait plus de 4 000 morts et plus de 90 000 personnes ont été infectées en à peine plus de six mois.
Une région dépendante des bailleurs
Le redressement économique dépend de l’octroi d’un plan d’aide substantiel, mais la mainmise de Robert Mugabe sur le pouvoir a dissuadé les gouvernements occidentaux de se manifester, et il incombe désormais à la SADC d’apporter au Zimbabwe une forme d’assistance financière.
La SADC s’est engagée à verser deux milliards de dollars américains pour la reconstruction du Zimbabwe, mais la question demeure : où trouvera-t-elle les fonds nécessaires ? L’organisme s’est réuni le 30 mars pour prendre une décision finale concernant le plan d’aide.
« Quand on voit les pays qui composent la SADC, il n’y a guère lieu de penser qu’ils sont en mesure de rassembler la somme nécessaire pour financer le redressement économique du Zimbabwe, même s’il ne fait aucun doute qu’ils ont la volonté politique de sauver le gouvernement inclusif », a estimé M. Hawkins.
« Les économies de la plupart de ces pays dépendent largement des fonds octroyés par les bailleurs et il leur serait impossible de prélever des fonds sur ce qui leur a été accordé ».
« La Zambie, le Mozambique et le Malawi appartiennent à cette catégorie, le PIB [produit intérieur brut] du Botswana diminue, l’Angola est touché par la [baisse] du cours du pétrole ; quant à l’Afrique du Sud, elle a ses propres problèmes économiques, et compte sur l’obtention de lignes de crédit auprès du secteur privé national », a ajouté M. Hawkins.
Tendai Biti, ministre des Finances du gouvernement d’union nationale et figure de proue du parti de Morgan Tsvangirai, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a récemment revu à la baisse son objectif en termes de revenus, pour cette année, le portant de 1,7 milliard à un milliard de dollars américains.
| « ...Quand on voit les pays qui composent la SADC, il n’y a guère lieu de penser qu’ils sont en mesure de rassembler la somme nécessaire pour financer le redressement économique du Zimbabwe, même s’il ne fait aucun doute qu’ils ont la volonté politique de sauver le gouvernement inclusif ... » |
« La vérité, c’est qu’à ce stade, aucun pays n’est prêt à nous soutenir directement, autrement que par l’octroi d’une aide humanitaire classique, par le biais du [PNUD] », a déclaré M. Biti.
A en croire M. Hawkins, le pays n’a « aucune chance », dans un avenir proche, d’obtenir de l’aide de la Banque africaine de développement, de la Banque mondiale, ni du Fonds monétaire international ; ce dernier, qui a récemment dépêché une délégation au Zimbabwe, a déclaré que le pays devrait d’abord payer sa dette avant qu’il ne puisse envisager de lui accorder une aide financière supplémentaire.
Les Etats-Unis, l’Union européenne et d’autres bailleurs potentiels, tels que le Japon, « estiment qu’il est trop tôt pour intervenir, à ce stade », selon M. Hawkins.
Robert Mugabe a récemment imploré les Etats-Unis et l’Union européenne de lever les sanctions prises contre lui-même et son parti, la ZANU-PF, au pouvoir, affirmant que celles-ci étaient responsables de l’effondrement économique du pays.
Robert Mugabe, un obstacle qui subsiste
L’Union européenne et les Etats-Unis soutiennent pour leur part que plusieurs décennies de mauvaise gouvernance, de corruption et d’un mépris total, de la part de la ZANU-PF de M. Mugabe, pour les principes de la démocratie sont à l’origine des difficultés auxquelles le pays se trouve confronté.
« Tant que Mugabe aura une influence visible au sein du gouvernement inclusif, il sera très difficile de convaincre l’Occident de mettre la main au portefeuille », a commenté M. Hawkins.
Pourtant, il a été annoncé dans le Sunday Mail, un organe de presse hebdomadaire zimbabwéen, financé par le gouvernement, que le pays « recevrait bientôt une multitude de partenaires coopérants ».
« A notre avis, [la levée des sanctions] s’effectuera progressivement, mais ce qui est intéressant, c’est qu’en tant que gouvernement inclusif, nous observons déjà un intérêt marqué chez bon nombre de coopérateurs qui souhaiteraient s’investir de nouveau, et qui souhaiteraient engager le dialogue », a déclaré au journal Priscilla Misihairambwi-Mushonga, ministre de la Coopération internationale au gouvernement d’union nationale, et membre du MDC.
Les entreprises locales du Zimbabwe ont été paralysées par le malaise économique, et les sociétés multinationales ne sont toujours pas disposées à investir car elles ne sont pas convaincues de la viabilité de l’environnement économique, selon M. Hawkins.
« Etant donné l’ampleur de la récession mondiale, rares sont les entreprises qui disposent de fonds importants en ce moment. Ajoutez à cela le pessimisme existant des investisseurs étrangers potentiels, qui considèrent le Zimbabwe comme une économie chère et inefficace, et vous verrez qu’il faudra un certain temps avant que quelque chose de tangible ne résulte de tout cela ».
Par ailleurs, depuis le 11 février, une nouvelle vague d’invasions illégales d’exploitations agricoles par les hauts représentants du gouvernement a également ébranlé la confiance des investisseurs étrangers en une garantie des droits de propriété privée.
Selon M. Hawkins, les perspectives de relèvement du pays ont été assombries, ces 10 dernières années, par l’absence d’aide financière. « Même si on ne s’attend pas à ce que la crise financière mondiale actuelle influe sur l’aide accordée à un pays, étant donné que les bailleurs débloquent l’aide jusque cinq ans à l’avance, cela fait longtemps que le Zimbabwe ne s’inscrit plus dans ce cycle ».
Dans son rapport publié en septembre 2008, le PNUD expliquait qu’il faudrait compter environ 12 ans pour que le Zimbabwe retrouve une situation économique semblable à celle de 1998 ; d’après M. Hawkins, toutefois, cette estimation reposait sur un taux de croissance de six pour cent.
Or, la récession mondiale influera sur la croissance économique du Zimbabwe (quand bien même le pays obtiendrait les fonds nécessaires pour relancer son économie), et la route vers le redressement économique n’en sera que plus longue.
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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions